19 MARS 1962 – 19 MARS 2018Accords d’Evian: le long processus

19 MARS 1962 - 19 MARS 2018Accords d'Evian: le long processusLes négociateurs algériens à Evian

Que s’est-il passé avant le 18 mars 1962? Comment la France coloniale est-elle arrivée à accepter de négocier avec les «rebelles» du FLN?

Pendant 11 jours, Krim Belkacem, chef de la délégation algérienne, Rédha Malek, Tayeb Boulahrouf, M’hamed Yazid, Saâd Dahlab, Mohamed-Seddik Benyahia, pour ne citer que ceux là, ont séjourné à l’hôtel du Parc de la ville d’Evian. La ville des Alpes françaises, désignée pour être le siège de la conférence entre les représentants du gouvernement français et ceux du FLN pour négocier un accord mettant fin à la guerre de libération engagée depuis le 1er novembre 1954 en Algérie. Au bout de cette réunion-marathon, les accords d’Evian ont été signés, le 18 mars 1962. Du côté français par trois ministres: Louis Joxe, Robert Buron et Jean de Broglie, et par le vice-président du GPRA Krim Belkacem, du côté algérien. Le lendemain, le cessez-le-feu a été annoncé. A la commémoration de cette date historique qui marque la fin de la guerre d’Algérie, s’est associée, pour la première fois, un président français, à savoir François Hollande en 2016. Une présence qui a fait polémique. Car, en France, cette date ravive la «guerre des mémoires». En fait que s’est-il passé avant le 18 mars 1962? Comment la France coloniale est-elle arrivée à accepter de négocier avec les «rebelles» du FLN? A l’éclatement de la guerre de libération, le Premier ministre de l’époque, Pierre Mendès France, son ministre de l’Intérieur, François Mitterrand, affirmaient que l’Algérie était la France et que «ces mouvements» ne relevaient que de simples opérations de police. Seuls, alors, une aile opposante dans le Parti socialiste revendiquait le droit du peuple algérien à disposer de lui-même. En fait, sous la IVe République, il ne pouvait y avoir réellement de négociations. Malgré cela, avec leur arrivée au pouvoir, les socialistes ont tenté de mener des négociations secrètes. C’est le président du Conseil, Gy Molley qui va avancer une solution médiane résumée par le triptyque: cessez-le-feu, élections, négociation même si c’est ce même Guy Mollet qui a choisi de donner un gage aux ultras de la colonisation en nommant Robert Lacoste (connu pour sa pratique de la torture durant la guerre de libération) à la tête du gouvernement général à la place du général Catroux. Durant l’année 1956, Guy Mollet va tenter un rapprochement avec les dirigeants du FLN en ouvrant le dialogue au Caire ou encore les rencontres à l’île de Brioni et à Rome. Cependant, les positions algérienne et celle défendue par les envoyés non officiels de Guy Mollet se situaient aux antipodes. D’ailleurs, la réponse du chef de la délégation française qui avait rencontré Lamine Debaghine à Belgrade, a résumé les limites des institutions de la IVe République à aller vers une véritable négociation. «Aucun gouvernement français ne peut prononcer le mot indépendance concernant l’Algérie, sans être immédiatement renversé», avait rétorqué Pierre Herbault à Lamine Debaghine.
De ces rencontres, il ne peut être retenu qu’une seule chose: grâce au déclenchement de la guerre de libération, le dialogue était enfin amorcé. Le détournent de l’avion des dirigeants de la délégation extérieure algérienne se rendant à Tunis pour assister à la conférence intermaghrébine et l’arrestation des chefs historiques ont renvoyé la négociation sine die. Les contacts vont toutefois reprendre: fin 1956, en juillet et août 1957, au printemps 1958, mais une fois de plus ils seront coupés avec la chute de la IVe République et le retour du général de Gaulle au pouvoir. Pour plusieurs raisons, en particulier l’internationalisation de la question algérienne, De Gaulle va fléchir par petites étapes sa politique. Arrivé au pouvoir pour sauver «l’Algérie française», il commence par admettre le 16 septembre 1959 le principe de l’autodétermination pour l’Algérie. Le 14 juin 1960, il parle de «l’Algérie algérienne» tout en démarrant des pourparlers avec le FLN. Il organise le référendum sur le principe de l’autodétermination de l’Algérie en 1961 et accélère les négociations d’Evian après les multiples manifestations en France qui avaient montré l’échec de la politique colonialiste et attisé les actes d’horreur des partisans du colonialisme à Paris. L’annonce des accords d’Evian avait provoqué la surprise. Pour les partisans de l’Algérie française, De Gaulle a délibérément livré l’Algérie clé en main au FLN.
Il a capitulé par une perpétuelle improvisation et un opportunisme sans principes. L’incompréhension est justifiée par les nombreux serments téméraires qui ont été faits par De Gaulle à sa prise du pouvoir. «Jamais le drapeau du FLN ne flottera sur Alger»; «je ne livrerai pas l’Algérie au FLN, à cette clique de gens qui n’existent pas et qui sont incapables de se gouverner» avait déclaré De Gaulle. Ce dernier avait cependant sous-estimé la ténacité d’un peuple à arracher son indépendance.
De Gaulle n’a pas livré l’Algérie au FLN. Il y a été forcé. Il a le mérite d’avoir voulu sauver les chances de la France en remplaçant la domination par l’influence, d’éviter le gaspillage de ses forces en de vains efforts. Il espérait aboutir à une solution médiane entre l’indépendance et l’intégration.
C’est bien lui qui avait déclaré «L’Algérie sera d’autant plus unie à la France qu’elle sera plus libre. Plus les Algériens seront libres, plus ils seront unis à la France». Il voulait d’une indépendance dans une interdépendance. C’était sans compter sur les dirigeants du FLN qui ont accaparé d’une main de fer l’indépendance de l’Algérie et qui célèbrent jusqu’à aujourd’hui, chaque 19 Mars, «la fête de la Victoire».


Source : lexpressiondz.com

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