Des augmentations de 50 millions si le parlement adopte la nouvelle taxe : Un curieux marché de l’automobile où l’État et le citoyen sont les deux perdants

En raison des prix des voitures produites localement qui coûtent plus cher que dans les pays d’origine, le gouvernement a décidé récemment de réinstaurer une TVA (19 %) sur les activités des assembleurs algériens. Cela risque de rendre le prix du véhicule local encore plus cher.

Si le parlement adopte cette nouvelle taxe, les augmentations seraient de l’ordre de plus de 50 millions de centimes de dinars, préviennent des experts et observateurs. L’annulation de l’exemption de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), décidé en 2016 sur une période d’exonération totale de 5 ans, est ainsi un coup dur pour les entreprises d’assemblage automobile. Des experts financiers et en économie ainsi que des membres dans le gouvernement et le parlement estiment aujourd’hui que le gouvernement a commis une grosse erreur en décidant de revenir brusquement sur la décision de l’exonération de la TVA. Par contre, l’exonération de la TVA semble en réalité n’avoir profité ni à la trésorerie publique ni au citoyen. Des soupçons et des doutes ont émergé depuis des mois. Selon des experts, les quatre constructeurs automobiles agréés par l’État auraient menti et auraient intégré la valeur de la TVA, malgré les exonérations, dans les prix de vente et les ont empoché à titre de marge supplémentaire. Pendant ce temps, les assembleurs automobiles subissent une pression croissante, accusés de réaliser de grosses marges bénéficiaires sur le dos de la Trésorerie et les poches des citoyens. Dans les motifs de la réinstauration de la TVA, la commission de Finances à l’APN se défendait par le fait que les licences d’importation soient gelées et que la production nationale en voitures soit complètement suffisante pour répondre à la demande. Mais, Toufik Torche, le président de la commission des finances et du Budget à l‘APN a été plus explicite sur les vrais motifs. Selon lui, « le marché de l’automobile ne profite actuellement ni aux citoyens ni à l’État», soulignant que «le ministre du Commerce a été très favorable à l’instauration de cette taxe». «Soyons francs, le marché de l’automobile en Algérie n’obéit à aucune règle. Les constructeurs imposent leurs lois», a-t-il déclaré lundi au site d’information TSA. Depuis le début du mois de Ramadhan, les algériens sont quotidiennement assaillis par des publicités en prime-time dans la télévision où on annonce des réductions importantes sur les véhicules Hyundai du concessionnaire CIMA Motors dans le luxueux show-room de Réghaïa. Propriété du richissime et homme d’affaire, Mohiédine Tahkout, cette surface de vente s’étalant sur 36 000 mètres carrés inaugurée en mai dernier ouvre ses portes pendant tout le Ramadhan dans les soirées. Les visiteurs y trouveront même un espace de jeu pour enfants et un restaurant. « Trouver-vous normal la décision d’une marque montée localement de décréter une baisse allant jusqu’à 500 000 DA pendant le Ramadhan ? Je n’ai pas besoin de prouver que même avec cette baisse, le constructeur préserve une bonne marge de bénéfices», s’emporte Torche. Avec leur arrivée sur le marché, les prix exorbitants des voitures assemblées localement ont suscité une vive polémique chez les consommateurs qui n’arrive pas à comprendre cette cherté. En mars dernier, le ministère de l’Industrie a publié les prix de sortie d’usine des voitures produites par les 4 investisseurs dans ce domaine (Renault production Algérie RAP, Tahkout manufacturing company TMC, Sovac production et SPA Glovis). El-Houari Tigharsi, député FLN et membre de la commission de finances et du budget de l’APN, trouve quand-même que les prix restent «imaginaire» car imposé par le seul fait de monopole. «Les prix appliqué aujourd’hui ne sont pas réels. Un prix réel est le prix pratiqué à l’international, c’est-à-dire un prix proche en comparaison avec les prix en Europe et ailleurs. Les prix pratiqués par les usines de montage en Algérie sont même imaginaires, car pour arriver à un prix réel, il faut qu’il y ait une concurrence. Malheureusement pour nous, le jeu est fermé», a expliqué le député au Courrier d’Algérie. Le même responsable estime que ce fait est dû à «un certain laisser-aller de la part des ministères du Commerce et de l’Industrie qui, normalement, doivent mener un travail commun sur ce dossier». «Nous avons constaté ces faits – cherté excessive des prix de véhicules locales – et nous avons interpellé en urgence le ministre de l’Industrie afin qu’il accélère la préparation de cahier de charges, seul susceptible de nous définir le prix de revient réel et non pas celui déclaré par ces soi-disant industriels», a-t-il ajouté. «Mais, venir comme ça, fermer le marché et fixer un prix de revient à sa guise en s’accaparant la moitié du prix comme bénéfices nets, cela n’est pas normal», indique-t-il également. Pour ce député de la majorité parlementaire, «Un investissement doit générer des revenus conséquents pour la trésorerie de l’État. Or, faire un investissement pour voler de l’argent, prendre des crédits bancaires et des avantages fiscaux et parafiscaux, cela n’est pas une industrie. C’est du pur monopole de marché», a-t-il argué. Ce député a précisé par ailleurs que lors de la rencontre avec le ministre des Finances, la majorité des membres de la commission ont exprimé leur refus à la réinstauration de la TVA, car de telle taxe «n’est ni dans l’intérêt du citoyen encore moins de l’industrie». Selon les experts en automobile, la TVA en fonction de sa valeur ajoutée est la différence entre la valeur finale des biens et services (prix de vente) et la valeur des biens et services utilisés dans le processus de fabrication. Cependant, «quand un investissement est soutenu par l’État, il faut qu’il soit accompagné par un cahier des charges bien précis», estime Mansour Messaoudène, président du Club économique algérien et membre du Conseil national consultatif pour la promotion des PME/PMI. «Je n’ai pas encore toutes les données, mais je sais que les assembleurs automobile bénéficient de très grands bénéfices. Chose que nous avons pu constater récemment. Quand on décide brusquement des réductions de 40 à 50 millions de centimes sur le prix de la voiture, sans qu’il y ait des soldes, cela veut dire que ces investisseurs gagnent beaucoup avec des gains dépassant même les 40 % c’est la preuve qu’on a un surplus de bénéfices », a-t-il expliqué. Selon Messaoudène, l’augmentation surprise de la TVA sur les investisseurs automobile alors qu’ils devraient initialement bénéficier de 5 ans de période d’exonération – à partir de 2014- aurait un impacte négatif sur «l’économie du pays et la confiance du climat d’affaire». «Le consommateur qui a une épargne aujourd’hui pour acheter une voiture de 100 millions de centimes serait surpris par cette augmentation brusque de TVA à 19%, c’est-à-dire il lui est demandé d’en rajouter 19 millions. Par contre pour un autre qui voulait acheter une voiture estimée auparavant à 200 millions, il lui faut en rajouter 38 millions. D’où est-ce qu’il pourrait amasser toute cette somme en un laps de temps. La décision de relever la TVA intervient en une semaine ou mois, mais le consommateur, il lui faut une année ou deux pour amasser le surplus d’augmentation des prix», explique le même expert.
Hamid Mecheri


Source : lecourrier-dalgerie

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