Document. Un rapport de l’ambassade Suisse à Alger le souligne : “L’Algérie est dans une situation très préoccupante”

Depuis 2014, l’Algérie fait face à une crise pétrolière qui ne s’allège pas en 2016 où le pays a dû puiser dans ses réserves de change et dans son Fond de Régulation des recettes (FRR), un fond spécial créé en 2000 dans le but de gérer les excédents budgétaires liés aux exportations d’hydrocarbures.

Afin de minimiser les risques, l’Etat algérien mise sur un nouveau modèle de croissance qui vise à préserver les équilibres financiers et diversifier l’économie du pays pour atténuer la dépendance vis-à-vis du pétrole. Le programme de ce nouveau modèle de croissance dont la première phase s’étendra sur la période 2016-2019 et aura pour objectif de favoriser
18 filières industrielles et d’amorcer la relance et l’intégration des industries ainsi que
la création d’emplois.

Le pays tente également de développer l’investissement privé afin de le substituer aux investissements publics et étrangers. L’Algérie est une économie extravertie où le commerce extérieur représente 58% du PIB. Les importations ont diminué en 2016 à un rythme moins élevé que celui des exportations bien que l’Etat algérien tente depuis 2015 de piloter la diminution des importations et de réduire sa vulnérabilité aux coûts des importations de produits industriels.

La lutte contre l’informel représente pour ce pays un défi de taille et
affecte divers aspects de l’économie algérienne. En effet, la spéculation au sein du
marché immobilier, le marché parallèle des devises, le travail au noir, la vente de
détail non déclarée etc. engendre un manque à gagner important pour l’Algérie,
souvent estimé par les experts à plus de 40% du PIB actuel.

Les principaux partenaires commerciaux de l’Algérie sont l’Union européenne, les
pays de l’ALENA (Accord de Libre Échange Nord-Américain réunissant les ÉtatsUnis,
le Mexique et le Canada) et la Chine.

L’Algérie importe essentiellement des biens d’équipement, des produits alimentaires et des biens de consommation. Le pays exporte presque exclusivement du pétrole, du gaz et des produits dérivés. Les clients principaux des exportations de l’Algérie sont les pays de l’Union européenne et la Corée du Sud, qui importent principalement du pétrole et du gaz. En outre, l’Algérie tente de renforcer ses relations commerciales avec les pays d’Afrique
subsaharienne.

L’Algérie compte une trentaine d’entreprises suisses sur tout son territoire. Malgré un
potentiel indéniable. Le pays est desservi par une perception d’insécurité excessive
(pas d’attentat à Alger depuis 2007) héritée de la décennie noire. Une bureaucratie
très lourde, la corruption bien présente ainsi que la règle du 49%/51% rendent
l’Algérie peu attractive pour des investisseurs suisses.

 Problèmes et enjeux économiques

Sur le plan économique, la chute des prix du pétrole sur le marché international
affectée plus en plus nettement la situation financière du pays. Il faut noter que les
exportations d’hydrocarbures représentent 93% du total des exportations algériennes.
La balance commerciale de l’Algérie a enregistré un déficit de USD 17,84 Mrd durant
l’année 2016, contre un déficit d’USD 17,03 Mrd en 2015, soit une augmentation de
déficit de 4,5%. Elles demeurent très en dessous du potentiel réel du pays. Le niveau
des exportations d’hydrocarbures a enregistré une baisse passant de USD 27,1 Mrd
en 2016 à USD 32,69 Mrd en 2015 (-17,12%).

Les exportations hors hydrocarbures ont également baissé, passant de USD 2,063 Mrd en 2016 à USD 2,582 Mrd en 2015 (-20,1%). Le solde de la balance des paiements de l’année 2016 affiche un déficit de USD 26,31 Mrd contre USD -27,29 Mrd en 2015.

La croissance économique a été maintenue en 2016, avec une légère baisse
s’établissant à 3,3% contre 3,7% en 2015. L’inflation a augmenté à 6,4%, due à la dépréciation de la monnaie nationale par rapport au dollar et la réduction des
subventions sur l’énergie et l’essence. Les réserves de change ont atteint USD 114,1
Mrd en fin décembre 2016 contre USD 143 Mrd en 2015. Le taux de chômage a
atteint 10,5% en septembre 2016 avec une hausse ayant affecté plus les femmes et
les diplômés de l’enseignement supérieur. De grandes disparités existent entre les
conditions de vie des citadins et des ruraux.

La situation économique de l’Algérie est préoccupante. Pour contrer la réduction des
recettes pétrolières, le gouvernement a annoncé en juillet un nouveau modèle de
croissance économique dont les trois phases d’exécution s’étaleront sur la période
2016-2030. Il vise à opérer une diversification, notamment des exportations, en
même temps qu’une refonte du cadre budgétaire de l’État.

Pour y parvenir, ce document prévoit une série de réformes structurelles profondes, tant sur le plan de la fiscalité, de la politique de subvention et la modernisation de l’administration.

A l’horizon 2019 les objectifs sont : une amélioration des recettes de la fiscalité
ordinaire de sorte qu’elle puisse couvrir, l’essentiel des dépenses de fonctionnement,
une réduction sensible du déficit du Trésor à la même échéance et une mobilisation
de ressources additionnelles nécessaires sur le marché financier interne.
La « formalisation » du secteur de l’informel représente pour ce pays un défi de taille.
Il affecte divers aspects de l’économie algérienne.

En effet, la spéculation au sein du marché immobilier, le marché parallèle des devises, le travail au noir, la vente de détail non déclarée etc. engendre un manque à gagner important pour l’Algérie, souvent estimé par les experts à plus de 40% du PIB actuel, voire 60% pour d’autres.

Le gouvernement algérien est conscient de l’ampleur de ce phénomène et tente de
mettre en place des mesures, à ce stade sans grand succès tant le marché informel
est profondément ancré dans l’économie du pays.

Enfin, il faut tenir compte également de la croissance démographique en Algérie, en
augmentation L’année 2016 a été marquée par l’enregistrement de 1,067 Mio de
naissances vivantes auprès des services de l’état civil, soit une moyenne de l’ordre
de 2.900 naissances vivantes par jour. En outre, l’année 2016 a été marquée par un
recul significatif dans le volume des décès enregistrés comparativement à 2015, en
effet, 180.000 décès ont été enregistrés auprès des bureaux de l’état civil, soit 3.000
Ambassade de Suisse / ALGER Rapport économique 2016 édition 2017 décès en moins par rapport à 2015. Ainsi, la population résidente totale en Algérie a atteint 41,3 Mio d’habitants en 2016 contre 40,4 Mio en 2015.

L’Algérie est un pays jeune ou la moyenne d’âge est de 27 ans et où le taux de
chômage se monte à 10,5%. Il existe une agence nationale de soutien à l’emploi des
jeunes (ANSEJ). L’ANSEJ est chargée de la mise en œuvre d’un dispositif de soutien
à la création d’activité pour les personnes âgées de moins de 40 ans. Elle gère un
fonds de crédit, accordant des prêts à taux d’intérêt nul, complémentaires de prêts
bancaires. Des commissions composées de représentants des banques et des
institutions accordent les prêts après examen des dossiers des promoteurs.

Pour la période 2014-2016, 167 476 emplois ont été générés par les projets financés, soit 20% du total des emplois créés par l’ANSEJ depuis sa création. La durabilité des emplois
créés et l’efficacité réelle de ce mécanisme pour l’emploi des jeunes est cependant
discuté.

L’Algérie a fait de gros progrès en termes de développement humain durant les
quinze dernières années. Selon le dernier rapport du PNUD (Programme des
Nations Unies pour le Développement), l’Algérie est classée en 2015 à la 83ème place
sur 188 pays sur l’indice de développement humain (IDH). L’espérance de vie à la
naissance est de 75 ans. La durée de scolarisation a atteint une moyenne de 14,4
années. Le PNB par habitant est d’USD 13.533 avec une moyenne de revenu d’USD
4.022 pour les femmes et USD 22.962 pour les hommes. Le pays figure parmi les
cinq pays africains ayant un niveau de développement élevé et se classe à la
première place au niveau du Maghreb.

Principaux secteurs d’activité en Algérie

Malgré la chute des cours du pétrole, la croissance de l’économie algérienne s’est poursuivie en 2016 en affichant une croissance à 3,3%, soit un taux pratiquement
similaire à celui de 2015 qui est de 3,7%. Cette solide croissance a tenu à la reprise
de la production d’hydrocarbures qui a augmenté de 3,6% en 2016 en comparaison
avec 0,4% en 2015. L’activité économique s’est ralentie en dehors de ce secteur, et
le taux de croissance du reste de l’économie est tombé de 7% en 2015 à 3,9% en
2016, essentiellement en raison du ralentissement observé dans les secteurs de
l’agriculture, de l’eau et d’autres industries. Cette croissance soutenue a résulté en
partie d’un processus harmonieux de rééquilibrage des finances publiques, qui a
permis de ramener le déficit budgétaire de 16,2% du PIB en 2015 à 12,2% du PIB
en 2016.

En septembre 2016, sur proposition du Ministre algérien de l’Energie Noureddine
Boutarfa, les pays de l’OPEP sont parvenus à un accord pour la réduction de leur
production de pétrole, afin de soutenir des prix affaiblis par une offre excédentaire. Il
s’agissait de la plus importante réduction depuis celle décidée après la chute des
cours de pétrole durant la crise 2008.

L’Algérie est le premier producteur africain de gaz et le troisième producteur de pétrole derrière le Nigéria et l’Angola. Subissant la crise des prix des hydrocarbures,
l’Algérie n’a pu en exporter qu’à hauteur d’USD 27,1 Mrd en 2016. Le gouvernement
continue d’investir dans ce secteur notamment par le biais de la société nationale de
production de pétrole et de gaz (Sonatrach). Sonatrach a fait en 2016 trente-deux
découvertes de pétrole et de gaz, soit dix de plus qu’en 2015. Ce résultat est favorisé
par un investissement de 70% des ressources de l’entreprise dans la recherche et
l’exploitation d’hydrocarbures.

Outre l’exploration de pétrole et de gaz, les investissements de Sonatrach sont également consacrés à l’augmentation de la production, au développement des gisements, à la liquéfaction du gaz, au raffinage, au développement des produits pétroliers et gaziers et à l’exploration de nouveaux marchés.

Le groupe pétrolier a conclu en 2016 la signature de deux contrats avec
d’une part une société espagnole, qui porte sur l’élaboration des études d’Ingénierie
de base et la Mission « PMC » pour le management, le suivi de l’ensemble des
étapes pour la procuration des équipements et matériels, et la construction pour les
Projets d’Hydrocraquages du Fuel-oil et de Traitement des excédents de Naphta de
la raffinerie de Skikda, en vue de maximisation en carburants aux spécifications
qualitatives.

D’autre part, elle a conclu un contrat avec une entreprise française, qui
consiste en la réalisation d’études d’engineering de type FEED du projet MTBE et
l’assistance de Sonatrach dans l’analyse des offres techniques soumissionnaires,
dans le cadre de la sélection d’un contractant pour la réalisation du complexe
METHYL TERT-BUTYL ETHER « MTBE », qui sera implanté au sein de la zone
industrielle d’Arzew.

Des secteurs économiques qualifiés de prioritaires par le gouvernement algérien,
représentent aujourd’hui des domaines d’investissements prometteurs, en premier
lieu, l’industrie agro-alimentaire (IAA) qui connait un développement remarquable
depuis une quinzaine d’années et les perspectives de croissance sont encore plus
importantes pour le futur, compte tenu de l’importance de la demande algérienne et
des possibilités d’exportations dans certains secteurs.

Un programme de développement des IAA est en cours, afin d’en accroître le nombre et de les mettre à niveau du modèle alimentaire. Les IAA ont une grande importance parce qu’elles visent à assurer la sécurité alimentaire du pays, mais aussi parce que l’agriculture et les IAA emploient près de 23% de la population active et contribuent pour 12% au
PIB de l’Algérie (dont 2% pour les IAA). Elles représentent environ 17 000
entreprises et génèrent plus de 140 000 emplois. Mais le secteur exporte très peu,
malgré le potentiel pour certains produits. Pour y arriver, l’industrie doit continuer à
se développer, à se moderniser et à améliorer ses standards.

En Algérie, le secteur des transports, qui comprend le réseau routier, le réseau
ferroviaire, le transport aérien, maritime et urbain connaît une véritable mutation. Un
grand nombre de projets ont été réalisées ou sont en phase de réalisation, afin de
rendre ce secteur plus performant et plus efficace dans sa contribution dans le
développement économique du pays. Le programme quinquennal 2015- 2019 prévoit
le dédoublement des voies ferrées sur l’ensemble de la nouvelle autoroute nord,
l’électrification progressive du réseau, la réalisation de nouvelles gares et du port
commercial de la région centre, ainsi que la réalisation d’extensions de nouvelles
lignes de métro. La construction du nouvel aéroport d’Alger entamé fin 2014 et
réalisée sur 73 hectares sera achevée en 2018.

Le secteur de l’industrie pharmaceutique est estimé à 3,3 Mrd d’euros à fin 2016,
l’approvisionnement en médicaments en Algérie était assuré par 314 opérateurs
privés, 150 grossistes-distributeurs et 9.600 officines de pharmacie. Les pouvoirs
publics essaient de maîtriser les dépenses en médicaments notamment à travers la
promotion d’une industrie pharmaceutique locale. La part de marché de la
production locale de médicaments a été multipliée par cinq durant les cinq
dernières années alors que celle des importations (produits finis et en vrac) par les
opérateurs privés a diminué de 14,5% sur la même période.

Durant les trois dernières années, l’Algérie a enregistré l’inscription de plus de 140 nouveaux projets d’investissements dans le domaine pharmaceutique avec une moyenne de trois à quatre unités de fabrication qui voient le jour annuellement.

La consommation de  produits pharmaceutiques est stimulée par le système de santé algérien, qui offre une large couverture et la gratuité des soins. Le gouvernement a également mis en place une carte à puce individuelle qui permet de bénéficier du tiers payant dans un vaste réseau de pharmacie affiliées.

En termes d’énergies renouvelables, le gouvernement continue à suivre son
programme national. Celui-ci vise à installer une capacité de 22 000 mégawatts, ainsi
que l’économie de 9% d’énergie à l’horizon 2030. Bien que les objectifs fixés par le
gouvernement soient ambitieux, ils semblent atteignables dans des délais plus larges
compte tenu des efforts consentis par l’Algérie dans ce domaine et dans le cas où ils
perdurent. Cette année a été distinguée par l’accélération des réalisations des
centrales photovoltaïques par l’entreprise SKTM, filiale Sonelgaz (Société nationale
de l’électricité et du gaz, qui est une compagnie chargée de la production, du
transport et de la distribution de l’électricité et du gaz en Algérie) dans les hauts
plateaux et dans le sud, et ce pour achever le programme de 343 MW solaire
photovoltaïque début de l’année 2017.

Dans le rapport de 2016 du “Climate Change Performance Index”, l’Algérie s’est
classée à la 40ème place. Le déploiement des deux programmes des énergies
renouvelables et de l’efficacité énergétique permettrait à l’Algérie de gagner
davantage de places dans ce classement. Connaissant une importante croissance
de consommation interne d’énergie, dans un contexte d’effondrement des prix des
hydrocarbures, l’Algérie a tout intérêt à redynamiser son secteur des énergies
renouvelables qui présente un potentiel indéniable. Ainsi, la consommation
croissante d’énergie interne n’impactera pas les volumes des exportations
d’hydrocarbures.

Il est aussi intéressant de noter que le marché de l’internet a évolué ces dernières
années en Algérie. Dans les années 2000, une connexion internet était possible
principalement dans les nombreux cybercafés qui étaient implantés un peu partout
dans le pays. Depuis, les choses ont évolué et de plus en plus de citoyens accèdent
à internet à partir de chez eux ou de leurs téléphones mobiles. En 2016, le nombre
d’abonnés souscrits à internet fixe et mobile a atteint 29,539 millions d’abonnés
contre 18,947 millions en 2015, soit une augmentation de 10,592 millions d’abonnés.
Cette situation s’explique principalement par la migration des abonnés GSM vers les
réseaux 3G et 4G. La pénétration d’internet dans le pays s’élève à 71,17% contre
45,99% en 2015, soit une augmentation de plus de 25% en une année.

Prévision à moyen terme

Afin de pallier à la mauvaise situation financière du pays et dans le but de maitriser la
sortie des devises, le gouvernement met en place des réformes sectorielles à l’image
de l’instauration de système de licences d’importation. L’Algérie affiche clairement
une volonté de diminuer la facture des importations. Cependant, le défi le plus
important auquel doit faire face le pays et qui devrait représenter la priorité demeure
la diversification de son tissu économique dans le but de sortir de sa dépendance
aux hydrocarbures. La mise en place de réformes efficaces et équitables du système
social largement développé est également prioritaire mais très difficile à réaliser en
raison des résistances sociales.

La chute vertigineuse des prix du pétrole a grevé les finances publiques de l’Algérie.
Les indicateurs économiques du pays sont tous négatifs. En effet, les réserves de
devises (or non compris) dans lesquelles puise le gouvernement algérien subi une
forte contraction passant d’USD 144 Mrd fin 2015 à USD 114 Mrd à fin 2016. Le
Fond de Réserve et de Régulation (FRR), un fond spécial qui a été créé en 2000,
dont le but est de gérer les excédents budgétaires liés aux exportations
d’hydrocarbures, a lui aussi subi d’importants prélèvements durant l’année 2016 et
ce afin de couvrir le déficit budgétaire de l’Etat. D’après le ministre des finances
algérien, le pays va puiser en 2017 ce qui reste dans ce fond.

Source : Ambassade de Suisse à Alger 


Source : Algerie-part

Algerie-part