Travail des enfants : Les vendeurs sur les routes de Blida, où quand l’innocence est confrontée aux conditions sociales difficiles

De nombreux enfants se présentent comme vendeurs ambulants de produits en tous genres, alimentaires surtout, au niveau des places publiques, bords de routes et autoroutes de la wilaya de Blida, alors que certains sont des receveurs dans des véhicules de transport public, au moment où les statistiques officielles de la wilaya affirment l’absence de l’emploi d’enfants, tant au niveau d’entreprises économiques que d’autres secteurs d’activités.

A l’occasion de la célébration de la Journée mondiale de la lutte contre  le travail des enfants (12 juin), une tournée de l’APS à travers les  artères principales et de routes, a permis de faire le constat de la  présence de dizaines d’enfants, notamment sur le tronçon de l’autoroute  Est-Ouest traversant la wilaya, proposant à la vente divers produit  alimentaires (entre pain, gâteaux, fruits et légumes), et exposant parfois  ces enfants à des phénomènes de société, comme le kidnapping, les  agressions, la violence verbale et physique, quand ce ne sont pas les  accidents de la route.
Ce travail informel des enfants est fortement décrié par des passants, qui  estiment que leur place devrait être, à ces moments de la journée, dans les  écoles, les centres de formation et les espaces de détente et de loisirs. Pour le directeur local de l’Action sociale, Lhadj Bouchoucha, les parents  sont les premiers mis en cause dans l’exposition des enfants à ces risques,  au motif de la pauvreté et de l’absence de revenus, en dépit des  alternatives offertes par l’Etat, a-t-il assuré, citant notamment le projet  de la famille productrice initié par la Chambre d’artisanat et des métiers,  outre les différents dispositifs d’emploi et d’aide au lancement de  micro-projets, entre autres.
Le même responsable a souligné l’existence, à cet effet, de lois  rigoureuses, à l’instar de la loi du travail N9011 datée du 21 avril 1990,  qui sanctionne l’exploitation des enfants pour réaliser un gain matériel,  estimant, en outre, que la lutte contre ce phénomène doit se faire à  travers la fédération des efforts entre la société civile et les autorités  publiques. Cet objectif (lutte contre le travail des enfants) est soutenu par la mise  à disposition des citoyens de deux numéros verts, le 1527, relevant de la  direction de l’action sociale et englobant toutes les préoccupations liées  à l’enfance, la femme , les handicapés et les familles nécessiteuses, et le  1111, relevant des services de la surette nationale et de l’instance  nationale déléguée à la protection de l’enfance, créée dans le cadre de la  Loi 1511 relative aux droits de l’enfant. Lhadj Bouchoucha, qui considère le travail des enfants comme une privation  de leur droits à la scolarité et à profiter de leur enfance, a appelé les  associations, la société civile, au même titre que le citoyen, à  s’organiser et à veiller, de concert avec les autorités locales, en vue de  les protéger de ces pratiques illégales, comme il est de rigueur dans les  pays développés, où des éducateurs sont désignés au niveau des quartiers. Au titre des efforts consentis dans la lutte contre ce phénomène à Blida,  il a assuré que les sections de l’Action sociale suivent de près la  situation au niveau de l’ensemble des communes dans la wilaya , et que  toute dénonciation ou signalement d’un cas de travail d’enfant est suivi  par une visite chez sa famille, en vue de voir la possibilité de la  soutenir financièrement s’il s’avère qu’elle est dans le besoin.
Des mesures répressives sont prises, par un juge de mineurs, dans certains  cas, si la famille de l’enfant concerné refuse qu’il arrête de travailler  notamment, a-t-il fait savoir. Néanmoins, le directeur de l’Action sociale n’a pas démenti l’existence du  phénomène au niveau des autoroutes, des marchés, et des artères  principales, tout en imputant la cause aux parents. Interrogé sur l’exploitation des enfants dans la mendicité, le même  responsable a déclaré qu’il s’agit en général d’enfants de nationalités  africaines, présents en petit nombre dans les rues, en dépit d’une  vingtaine d’opérations de rapatriement dont ils ont fait l’objet, au titre  de conventions bilatérales signées avec leurs pays respectifs.
D’autres enfants (utilisés dans la mendicité) sont des petits syriens, à  propos desquels la «direction de l’action sociale n’a aucune prérogative  pour intervenir», a-t-il assuré. S’agissant des enfants algériens s’adonnant à cette activité, M.  Bouchoucha, qui a fait part d’efforts consentis par l’Etat dans le domaine,  dont les «fruits ne sont pas encore palpables», a signalé des instructions  récentes de la part des autorités locales, en vue de «lutter contre ce  phénomène à la racine», notamment au niveau des mosquées, ou la mendicité  des femmes et des enfants a pris d’importantes proportions. Une cellule a été installée et toute personne se consacrant à cette  activité sera traduite en justice, a-t-il encore informé, non sans  souligner les efforts consentis par les autorités publiques en direction de  cette catégorie sociale, tant à l’échelle de la cellule familiale, qu’à  travers les foyers pour enfance et les centres de protection des mineurs,  dont l’encadrement est assuré par des sociologues et autres psychologues.

Absence «officielle» du travail des enfants

Les statistiques officielles de la wilaya de Blida affirment l’absence de  l’emploi d’enfants, tant au niveau d’entreprises économiques que d’autres  secteurs d’activités. Ce constat est confirmé par la chargée du service  d’évaluation et de synthèse auprès de l’Inspection locale du travail,  Bouhenache Soria, qui assure que «depuis 2015, aucun PV d’infraction à la  législation en vigueur n’a été délivré par ses services, au titre des  inspections de routine effectuées par les agents de l’Inspection au sein de  différentes entreprises. Il a ajouté que la dernière enquête, réalisée dans le domaine, couvre la  période allant du 18 mars au 8 avril de l’année en cours.
L’enquête en  question a englobé 97 visites d’inspection ayant ciblé 349 employeurs  privés dans différents domaines (agriculture, transport, bâtiment,  services), «le secteur public étant non concerné, car appliquant la loi à  la lettre» a-t-elle dit, suite à quoi il a été constaté «zéro infraction à  la loi en vigueur», selon la responsable. Pour Melle Bouhenache, ce «bilan positif» est le résultat d’une prise de  conscience acquise par les patrons et les employeurs, suite aux actions de  sensibilisation initiées par divers organismes dans le domaine. Il n’en demeure pas moins que l’enfant est l’unique victime à déplorer  entre la négligence de certains parents dans le seul souci est le gain  matériel, et l’ignorance d’une société, dont chaque membre se croit non  concerné, tant qu’il ne s’agit pas de son propre enfant.


Source : ouestribune-dz

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