Tribune. Femmes algériennes : la servilité comme mode d’emploi ou la négation et la haine de soi

Cette photo de jeune femme, publiée suite à la réaction d’un groupe de femmes qui ont décidé de courir, en soutien à la jeune Ryma agressée samedi dernier parce qu’elle faisait du jogging en plein ramadan, a été largement partagée sur les réseaux sociaux et a suscité beaucoup de commentaires de rejet ou de soutien. Cette photo est signifiante à plus d’un titre. Interrogeons-la dans sa forme et dans son fond !
Tribune. Femmes algériennes : la servilité comme mode d’emploi ou la négation et la haine de soi
Qu’y voit-on ? 
On y voit une jeune fille brandissant une pancarte sur laquelle est écrit : « Ma place est là où le veulent le prophète et mon mari, vive la cuisine ».
D’elle, on ne voit que ses mains qui tiennent la pancarte qui cache son visage.
Tout son corps est recouvert par un double vêtement : une longue djellaba bleu sombre dont les manches sont serrés par des cordelettes pour empêcher les avant-bras d’être à découvert, recouverte elle-même par une étoffe blanche qui va de la tête jusqu’au-dessous du ventre. Son visage est caché par la pancarte dont le texte mélange le français et l’arabe. Le premier et le dernier mot sont curieusement « blasti », ma place, et « alcousina », la cuisine, du français arabisé.
La photo est prise devant une porte fermée (armoire ?) comme pour souligner et accentuer volontairement l’acceptation d’enfermement. La petite ouverture sur le côté droit de la photo ne nous dit pas s’il s’agit d’une cuisine mais on suppose que c’est le cas sauf si le photographe a mal cadré le sujet.
Que nous dit-elle ?
Cette femme n’a ni identité ni existence propre qu’elle a délibérément accepté d’effacer et de réduire à rien puisque le plus important ce n’est pas elle mais la place qui lui est assignée par des hommes, affirmée et revendiquée par le slogan sans appel de la pancarte. Sa place et son rôle dans la société sont réduits ainsi à un espace confiné qui est la cuisine qu’elle n’a pas choisie mais qui lui est imposée. Son être pensant et agissant est réduit à rien. C’est l’expression la plus aboutie de la haine et de la négation de soi. C’est l’acceptation d’être réduite à une machine à fabriquer de la nourriture pour l’homme. La référence au prophète qui a condamné et interdit l’enterrement vivant des petites filles, largement pratiqué dans l’Arabie anté-islamique, et dont Khadidja, la première épouse et la première musulmane, était la patronne avant de devenir la femme à l’âge de 40 ans alors que lui n’en avait que 25 et qu’il n’a jamais enfermé dans une cuisine, montre non seulement une ignorance crasse de l’histoire de l’islam et de la personnalité de Mohamed et de ses femmes, avant et après l’islam, mais une insulte pour le prophète qui, de plus, est mis sur un pied d’égalité avec l’époux.
Voilà ce que l’idéologie réactionnaire et anachronique de l’islamisme, en général, et du salafisme, en particulier, a fait comme dégât dans les têtes de générations de jeunes femmes nourries au biberon de la servilité et de la haine de soi, à l’école, à la mosquée, dans les télévisions, les journaux, les livres jaunes. Quelles femmes allons-nous laisser à l’Algérie de demain ? Quelles femmes Hassiba ? Quelles femmes Djamila ? Quelle femme Malika ? Quelles femmes Annie ? Quelles femmes Jacqueline ?
Par Lazhari Labter, écrivain et poète 


Source : Algerie-part

Algerie-part