ACQUIS, FORCES ET FAIBLESSES DU HIRAK APRÈS 10 VENDREDIS DE MANIFESTATIONSLes chemins escarpés de la IIème République

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ACQUIS, FORCES ET FAIBLESSES DU HIRAK APRÈS 10 VENDREDIS DE MANIFESTATIONSLes chemins escarpés de la IIème RépubliqueLe siège de la Présidence

Pour que l’arbitrage de l’armée ne soit pas perçu comme une soumission politique, il faut lui ajouter un adjuvant intellectuel. Que faire dans ces moments d’incertitude, sinon solliciter l’élite du pays?

Un seul postulat, un seul slogan. Pour la première fois dans l’histoire de l’Algérie indépendante, les citoyens partagent l’unanimité d’une revendication strictement politique: «Iruhu gaâ!» (Ils vont tous dégager). Mais le «dégagisme» n’a jamais été un programme politique. Après 10 vendredis de manifestations grandioses, pacifiques et sans répit, l’expectative commence à succéder à la liesse et l’inquiétude des lendemains entame la patience des populations. «Où allons-nous?» s’interroge-t-on. Cette question cruciale est soutenue par d’autres interrogations sur cet impressionnant mouvement qui n’arrive toujours pas à sécréter des leaders capables de lui donner une perspective. Qui doit guider ce mouvement après cette action d’éclat ayant libéré les esprits et les énergies? Le Hirak est-il à ce point démuni de réels représentants faisant l’unanimité après deux mois d’existence? Est-il incapable d’extraire en son sein les figures jeunes pour le représenter et de négocier une transition pacifique? Interrogations légitimes, car il s’agit de briser le statu quo mortel et éviter que le pays ne sombre dans une nouvelle anarchie. Requêtes également légitimes car le mouvement doit impérativement quitter ce statut de l’anonymat qui le prête aux convoitises, aux dérives et aux transactions occultes. Tous les acteurs politiques sont unanimes à dire qu’une phase de transition est inévitable. Le vrai souci n’est pas de savoir si cette transition sera longue ou courte, mais d’abord de la réussir. Tout empressement nous expose au risque de reproduire les mêmes erreurs, mais qui seront cette fois-ci fatales. Cela d’une part, d’autre part, une transition suppose la rencontre de deux interlocuteurs autour d’une même table pour négocier les termes de la passation du pouvoir. Ils décideront des modalités de substituer à la classe dirigeante actuelle, une élite nouvelle. Or, le Hirak n’a pas encore «enfanté» des figures susceptibles de le représenter et de conduire les «négociations» avec le pouvoir. Ce défaut de représentation constitue un sérieux handicap. Dans son splendide anonymat il a engrangé de très grandes victoires inconcevables jusqu’au 22 février. Comme ce mouvement s’est inventé ses propres moyens de lutte pacifique, il va falloir maintenant inventer, comme chaque révolution de par le monde, ses propres mécanismes de transition.
Le peuple veut un changement radical du régime. Il y a sur le terrain une multitude de propositions de sortie de crise. Depuis ces deux dernières semaines, il s’est dégagé un semblant d’unanimité au sujet d’une piste que développent de nombreux partis et personnalités accordant, sans complexe, à l’institution militaire, un rôle dans cette transition. Ali Benflis lui confère un rôle d’accompagnateur et de facilitateur. De son côté, le sociologue Addi Lahouari estime que c’est à l’état-major de proposer des solutions qui satisfont aux revendications. «L’état-major devrait prendre contact avec des personnalités crédibles de la société civile pour négocier trois ou quatre noms pour former une instance présidentielle qui dirigera la transition.»
Mais pour que l’arbitrage de l’armée ne soit pas perçu comme une soumission politique, il faut lui ajouter un adjuvant intellectuel. Que faire en effet, dans ces moments d’incertitude, sinon solliciter l’élite du pays? Si le Hirak a brisé le mur de la peur, a déblayé le terrain, il appartient désormais à l’élite d’éclairer les chemins escarpés de la IIe République. Il appartient à cette même élite de réinventer un système politique moderne, performant et adapté aux réalités nationales. Toute société donne naissance à des leaders. «Dans les années 1950, nous étions 9 millions, nous étions une société rurale à 80%, nous n’avions presque pas d’étudiants. Nous avons donné naissance à des hommes d’Etat qui ont dirigé la révolution. Aujourd’hui, nous sommes 40 millions, nous avons 1,5 million d’étudiants. Des Ben M’hidi, des Krim Belkacem et des Hamou Boutlélis, il y en a des milliers», explique Addi Lahouari.

Source : lexpressiondz.com

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