Arrêtés vendredi dernier à Alger : 16 militants écroués

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Les 16 manifestants interpellés lors de la marche du 19e vendredi pour «port de drapeau amazigh» ont été placés, hier, sous mandat de dépôt par le juge d’instruction près le tribunal de Sidi M’hamed (Alger). Les manifestants en garde à vue dans différents commissariats de la capitale ont comparu, le matin, devant le procureur avant d’être déférés auprès du juge d’instruction.

Ils sont accusés d’«atteinte à l’unité nationale», au titre de l’article 79 du code pénal. Parmi les prévenus, figure un ressortissant de nationalité jordanienne, arrêté pour «port de l’emblème amazigh». Les détenus et leurs familles considèrent que le chef d’inculpation retenu par les juges «n’est pas applicable» à leurs actes. «J’ai parlé avec la sœur d’un prévenu. Elle m’a dit que ce n’est pas la prison qui l’a fait pleurer, mais qu’on l’accuse d’atteinte à l’unité nationale, c’est pire. Moi aussi je suis sous le choc. Ils étaient seize aujourd’hui, dont une jeune femme.

Et demain, il y en aura d’autres qui comparaîtront parce qu’ils portaient des pin’s», s’offusque MeAouicha Bakhti, membre du collectif de la cinquantaine d’avocats qui s’étaient constitués le matin. Les prévenus ne sont pas tous arrêtés pour détention de l’emblème berbère. «Il y en avait qui vendaient des drapeaux. Il a dit (au juge) qu’il est orphelin, qu’il prend en charge ses frères et qu’il n’avait rien à voir et qu’il ne savait pas ce qu’il lui arrivait (…) c’est juste un petit revendeur de drapeaux», signale Me Bakhti. «J’ai pris connaissance du cas d’un prévenu qui avait une pancarte sur laquelle était écrit un slogan : ‘‘Libérez le détenus’’. Les prévenus sont pour la plupart jeunes, beaucoup sont diplômés, il y a un ingénieur, un chef de département… J’estime qu’il y a un projet pour régénérer le régime. Le pouvoir ne s’embarrasse pas de droit ou de Constitution pour poursuivre injustement des personnes innocentes. C’est d’une gravité incommensurable», dénonce Fetta Sadat, députée du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD).

Une élue APW de ce parti, Samira Messouci, a été parmi les personnes mises sous mandat de dépôt pour avoir brandi un drapeau amazigh devant le siège régional de ce parti à Alger (Didouche Mourad, voir El Watan, dimanche 29 juin 2019). «Samira est très courageuse. Je précise aussi qu’il y avait parmi les prévenus M. Harfouche, le frère d’un élu RCD à l’APW de Tizi Ouzou…», relève la députée. Un rassemblement de solidarité avec les détenus auquel avaient pris part le président du RCD, Mohcine Belabbas, et la présidente de l’Union pour le changement et le progrès (UCP), Zoubida Assoul, a été tenu, durant la journée d’hier, devant le tribunal de Sidi M’hamed.

«Présentée pour le port d’un pin’s»

«On est là aux côtés des militants de la démocratie, du RCD ou des autres militants qui participent aux marches. C’est une injustice, c’est illégal ce qui leur arrive. Le régime est habitué à de telles pratiques. Il use de la force contre des citoyens jeunes et pacifiques, qui n’ont fait qu’exprimer un point de vue ou porter l’emblème amazigh… Le pouvoir doit savoir que rien n’arrêtera les Algériens. C’est le peuple qui choisira ses représentants», tranche M. Belabbas, dénonçant un régime qui «donne des ordres» aux institutions civiles. Evoquant le cas de la militante RCD de Tizi Ouzou, il estime que c’est «honteux» d’arrêter des citoyennes, mais, poursuit-il, avec les tous les militants, «on n’a plus peur pour l’avenir de l’Algérie».

Un appel des ordonnances de mise en détention du juge d’instruction sera interjeté aujourd’hui devant la chambre d’accusation près la cour d’Alger. Plusieurs citoyens ont été interpellés lors de la marche du vendredi. Si certains ont été libérés, d’autres ont été placés en garde-à-vue pour être présentés devant le procureur qui a décidé de les faire auditionner par le juge instructeur. Aujourd’hui, d’autres prévenus placés en garde-à-vue dans des commissariats d’Alger seront présentés devant le procureur de Sidi M’hamed. «Une jeune fille de 19 ans sera présentée demain (aujourd’hui) pour le simple fait d’avoir porté un pin’s dont une moitié était aux couleurs de l’emblème amazigh», s’agace Fetta Sadat. Quelque 18 personnes ont été arrêtées le vendredi d’avant (acte 18, 21 juin) pour le même motif d’ «atteinte à l’unité nationale». Elles sont incarcérées à la prison d’El Harrach.  

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