Voici Comment le gouvernement algérien compte réduire ses importations de lait

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”Algérie”Réduire les importations algériennes de poudre de lait, qui ont atteint 1,2 milliard de dollars en 2019, est un impératif des services agricoles.suivez a travers cet article comment l’Algérie compte réduire l’importation du produit laitier.

L’Office national interprofessionnel du lait et des produits laitiers (ONIL), a annoncé en juillet la relance des Groupes d’appui aux éleveurs (Gapel) avec la mise sur pied de 11 nouveaux groupes.

Une annonce qui intervient après que le ministre de l’Agriculture ait dénoncé fin 2020 que les offices agricoles soient devenues des « centrales d’achat » alors que leur mission consiste en l’appui à la production. Un message qui semble avoir été compris.

En 2014, plus de 30% de lait avec les Gapel
Les Gapel sont constitués de conseillers qui ont pour mission d’assurer un appui individuel et une animation de terrain auprès des éleveurs. Il existe déjà 3 groupes localisés au niveau de zones test : Blida, Souk Ahras et Relizane. Objectif pour chacun, s’adresser à 700 – 800 éleveurs. Leur installation date de 2012 et au terme de deux années d’existence, la production de lait a progressé de 30 % par éleveur.

Plusieurs éléments peuvent expliquer cette progression. Le vétérinaire Seffir Zoheir, présent au Salon international de la production agricole et agroalimentaire d’Alger qui s’est tenu en mai 2014, confiait au quotidien El Watan : « L’information technique est sommaire. Ce qui manque chez nous, c’est justement l’apport technique ».

Donnant l’exemple des élevages créés dans le cadre des dispositifs de l’ex-Ansej (Agence national de soutien à l’emploi des jeunes), il poursuit : « On a aidé financièrement des jeunes via ce dispositif à se lancer dans l’élevage sans leur apporter en parallèle l’appui technique. »

Bon connaisseur du dossier, Bernard Griffoul livre à l’époque son analyse dans la revue « Réussir Lait » : « L’État algérien a indéniablement mis des moyens colossaux sur la table pour stimuler la production laitière. Mais le point faible de cette politique volontariste, et sans doute la cause de ses résultats modestes, réside dans le manque d’accompagnement technique des éleveurs. Seuls les vétérinaires de terrain assurent en partie ce rôle de conseil. L’État algérien cherche à nouer des partenariats pour pallier le manque de compétences techniques. »

Déjà en 2014, l’éleveur Mahmoud Benchakor, président du Comité interprofessionnel du lait, alertait sur la question des fourrages : « Notre cheptel est sous-alimenté. La production nationale moyenne est de 4 500 litres par vache/an, alors qu’on pourrait arriver à 6 000 litres. » Il confiait alors à Samira Imadalou d’El Watan : « Pour améliorer les rendements laitiers et réduire les importations en poudre de lait, il faut jouer sur l’alimentation. »

Gapel, la rencontre de deux hommes
C’est en 2005, que Marc Gillaux, directeur général de Bretagne International (BI), rencontre Idir Baïs, un haut cadre du Ministère de l’agriculture. BI est une association de plus de 1 000 entreprises bretonnes qui vise le développement à l’international. Ce sont les liens tissés entre les deux hommes qui permettront de faire aboutir ce qui deviendra le programme Alban, dont une des composantes réside dans les Gapel. Le projet mobilise 2,2 millions d’euros, dont deux tiers sont à la charge de l’Algérie.

La photo a quelque peu jauni. En ce mois de février 2012, une douzaine d’ingénieurs agronomes, vétérinaires, techniciens agricoles algériens posent près d’un bâtiment officiel aux côtés de leurs homologues bretons. Ils exhibent fièrement leur attestation. Après un mois de stage, ils doivent rejoindre leur poste en Algérie. Durant leur séjour dans des élevages, des entreprises et divers services de la Chambre d’agriculture, ils ont pu découvrir l’organisation de la filière locale.

Aussitôt rentrés en Algérie, trois Gaspel sont installés. Rapidement, une centaine d’éleveurs participent à diverses formations. Objectif :  arriver à 1 000 éleveurs formés.

Pour le partenaire breton, l’émergence d’une filière laitière structurée en Algérie implique de nouveaux besoins : génétique, bâtiments des exploitations, alimentation et hygiène « et donc des nouveaux marchés pour les entreprises bretonnes, et notamment les adhérentes du programme Alban. »

A travers un panel qualifié d’entreprises algériennes, BI propose aux entreprises adhérentes d’accéder ainsi à des marchés qu’ils ne pourraient aborder seuls. Un concept de « chasse en meute » qui a fait la force de l’export allemand.

Un suivi personnalisé des éleveurs
Des actions de terrain sont organisées, comme cette journée consacrée à la culture de la luzerne. Un fourrage très riche en azote et qui peut permettre de réduire l’emploi d’aliments concentrés importés.

Au début du printemps 2013, le Gapel de Souk Ahras donne rendez-vous à des éleveurs de Tifech au niveau de la ferme pilote Yousfi-Tayeb. Une vingtaine d’éleveurs répondent à l’appel. Projection d’une vidéo sur la luzerne, puis visite d’une parcelle de six hectares. Pour l’occasion, deux experts bretons, Benoît Portier et Romain Carpentier sont présents. Ils confient au Quotidien Info Soir que : « La production de cette parcelle est analogue à celle obtenue en France. »

Ensuite direction vers deux fermes laitières. Après diagnostic, un programme d’alimentation permettant d’optimiser la production de lait est proposé aux propriétaires.

La santé des animaux est également abordée, notamment l’hygiène de la traite. Le quotidien Le Maghreb rapporte les conseils donnés par les deux experts : « L’usage annuel de six litres par vache de produit nettoyant, pour les mamelles et les trayons, peut permettre d’économiser 15.000 dinars que l’on débourserait pour le traitement d’une mammite (infection de la glande mammaire) et d’éviter les risques de dépréciation de la qualité du lait. » En tout, ce sont plus de 300 jours de formation que les différents experts effectueront en Algérie.

« Les éleveurs n’avaient pas l’habitude d’échanger »
Floriane Le Norcy, responsable du projet, témoigne : « Les éleveurs n’avaient pas l’habitude d’échanger professionnellement. Ils sont très demandeurs. Nous les accompagnons aussi dans la formation au leadership et à la conduite de projet. »

Lors d’un premier bilan tenu au 12e Salon international de l’élevage et de l’agroalimentaire d’Alger, Marc Gillaux rappelle l’importance de l’hygiène de l’élevage, de l’alimentation, et de la conduite du troupeau.

Mais, ajoute-t-il : « S’il ne fallait retenir de ces trois éléments qu’une seule chose, ce serait l’alimentation ». L’état des étables est également abordé. Nombre d’entre elles sont jugées comme « loin de réunir les conditions pour des rendements dignes d’exploitations compétitives ».

Pour Abdelhamid Soukhal, des laiteries du groupe public Giplait, « il s’agit d’une bataille de modernisation, pour être performant en matière de production, avec un encadrement par des gens très qualifiés. Nous avons beaucoup de choses à apprendre, c’est pour cela, notamment, qu’il y a cet accord avec BI. »

Aujourd’hui BI revendique plus de 40% d’augmentation moyenne de lait, 15% d’augmentation du cheptel permis par les progrès de la conduite des élevages et un retour de 5€ de poudre de lait économisés pour chaque euro investi.

Questionné sur la durée du projet Alban, Marc Gillaux précisera que le contrat ne s’étale que sur trois ans, rappelant à l’occasion les propos du ministre de l’agriculture : « Il faut 10 à 15 ans pour développer un tel projet ». Le programme devait être étendu à 7 autres régions laitières puis à 22. Il faudra attendre 2021 pour arriver à la création de nouveaux groupes.

Capitaliser l’expérience des premiers Gapel
Plus 30% à 40% de production par éleveur ! Cela peut expliquer la décision d’inscrire la création de nouveaux Gapel dans le Plan d’action 2020-2024 du ministère de l’Agriculture. Déjà un 4e groupe vient d’être installé à Ghardaïa.

Il semblerait que le ministère de l’Agriculture ait décidé de capitaliser à partir de l’expérience des premiers Gapel pour dupliquer leurs acquis sur d’autres wilayas. Et cela, sans faire appel aux partenaires bretons. Le faible niveau technique de certains éleveurs est étonnant au vu des centaines de techniciens, ingénieurs et vétérinaires sortant chaque année des universités.

Au-delà des gestes simples : hygiène des étables, culture de luzerne ou constitution de rations équilibrées, les services agricoles locaux ont découvert l’efficacité de l’organisation de leurs homologues bretons.

Mais, une efficacité qui repose sur un paritarisme bien établi entre la puissance publique et les associations professionnelles qui gèrent des budgets et recrutent leurs propres techniciens.

Des associations aux cadres venus du syndicalisme agricole, des Jeunesses agricoles catholiques, de l’Institut de formation des cadres paysans (Ifocap) ou du mouvement coopératif profondément ancré dans les campagnes bretonnes.

 

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