Algérie : Abdelkader Bensalah l’homme qui ne voulait pas être président

Jeune Afrique Algérie – Abdelkader Bensalah craignait par-dessus tout d’avoir à assumer la fonction suprême, fût-ce par intérim. Le voilà en poste… pour une durée indéterminée. À 77 ans, Abdelkader Bensalah ne porte pas le poids écrasant du pouvoir uniquement sur ses épaules. Son visage est, lui aussi, marqué par ce fardeau qui l’accable depuis qu’il a été désigné président par intérim au lendemain de la démission forcée d’Abdelaziz Bouteflika.

Ce jeudi 6 juin, lors de son troisième discours à la nation, celui qui fut président du Conseil de la nation (Sénat) pendant seize ans et neuf mois a pris presque dix ans de plus. Teint pâle, yeux creusés, traits émaciés, cheveux clairsemés sous l’effet des traitements lourds qu’il subit pour soigner un cancer, Bensalah faisait peine à voir. Et à entendre.

Dans une allocution à peine audible qui a duré moins de dix minutes, le nouveau locataire du palais d’El-Mouradia, siège de la présidence, explique qu’il est obligé de prolonger son intérim jusqu’à l’élection d’un nouveau chef de l’État. Un calvaire pour lui et ses proches. Dans la foulée, il appelle le pouvoir, la classe politique et la société civile à dialoguer pour préparer le prochain scrutin présidentiel, dont personne n’est en mesure de dire s’il se tiendra dans six mois, un an ou deux ans.

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Malade

Si l’appel, sans doute sincère, a suscité indifférence et scepticisme, l’apparition de Bensalah a choqué et interloqué ses compatriotes, qui ont découvert un homme éreinté par la maladie. « Après Bouteflika sur un fauteuil roulant, ils nous imposent un septuagénaire qui sort d’une salle de soins », maugrée Sabrina, médecin dans une clinique privée d’Alger.

La réponse au discours de Bensalah est venue encore une fois de la rue. Vendredi 7 juin, seizième rendez-vous de la révolution, des millions de manifestants réclament une fois de plus le départ de Bensalah et du gouvernement de Noureddine Bédoui. Mais autant Bouteflika cultivait une obsession pour le fauteuil présidentiel, autant son successeur n’en voulait pour rien au monde.

Depuis qu’Ahmed Gaïd Salah a appelé à la destitution du chef de l’État, Bensalah a été saisi d’affolement à la perspective de prendre la place du partant

La présidence de la République par intérim, Abdelkader Bensalah y est allé à reculons. Depuis ce 26 mars, où le chef d’état-major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah, a appelé à l’application de l’article 102, prévoyant la destitution du chef de l’État, Bensalah a été saisi d’affolement à la perspective de prendre la place du partant.

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Une anecdote illustre cette peur panique de s’asseoir dans le bureau que Bouteflika a occupé pendant vingt ans. Le mardi 9 avril dans le salon du Palais des nations, au Club des pins, quelques minutes avant de monter à la tribune officielle, Bensalah tremblait de tous ses membres à l’idée de prononcer son discours d’investiture devant les deux chambres du Parlement. Il aura fallu que le Premier ministre lui tienne la main et le rassure pour lui communiquer un supplément d’assurance. Un supplice.

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