Après dix semaines de mouvement populaire : L’impasse inquiète les Algériens

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Le tableau qu’offre l’Algérie près d’un mois après la démission de l’ancien président de la République est le suivant : le pays perdra son institution présidentielle dans un peu plus de 3 mois. Au jour d’aujourd’hui, il n’existe aucun processus susceptible d’amener les observateurs à penser que le vide que laissera le président par intérim sera rapidement rempli.

Beaucoup de citoyens qui ont réglé leur agenda au rythme des manifestations hebdomadaires, tous les vendredis, se préparent certainement au onzième acte d’un mouvement populaire qui s’inscrit visiblement dans la durée. Il se trouve, cependant, que la durée en question a une limite. Celle-ci est constitutionnelle.
En effet, au regard de l’article 102 de la loi fondamentale du pays, le mandat du président de l’Etat prend fin le 9 juillet prochain. Ce «deadline» n’a, à ce jour, aucune autre alternative. Abdelkader Bensalah qui espère voir un nouveau chef de l’Etat élu au 4 juillet prochain est très loin de réaliser son vœu. Il est certain, au vu de l’opposition de la scène partisane, comme du mouvement populaire qu’à cette échéance, il ne se passera rien du tout. Les Algériens ont exprimé leur désaveu de Abdelakder Bensalah, de Noureddine Bedoui et de l’ancien président du Conseil constitutionnel, Tayeb Belaïz. Décrié par la rue, ce trio censé organiser la présidentielle du 4 juillet prochain, est «hors sujet», crient les Algériens depuis plusieurs vendredis. On voit, en effet très mal, le gouvernement s’entêter et aller jusqu’au bout du processus d’organisation du scrutin devant une liste de candidature blanche et une liste électorale où quasiment personne ne viendra y apposer son empreinte. Bref, parler d’élection présidentielle dans le contexte actuel est totalement inapproprié.
Le tableau qu’offre l’Algérie près d’un mois après la démission de l’ancien président de la République est le suivant : le pays perdra son institution présidentielle dans un peu plus de 3 mois. Au jour d’aujourd’hui, il n’existe aucun processus susceptible d’amener les observateurs à penser que le vide que laissera le président par intérim sera rapidement rempli. Dans ce tableau, les personnages sont assez flous. Il y’a d’un côté, une institution militaire qui s’en tient à son rôle strictement constitutionnel et refuse, à ce jour, de sortir du cadre légal, un président de l’Etat qui a échoué dans sa tentative de dialogue avec les représentatifs de la scène nationale et une classe politique qui tourne le dos au chef de l’Etat et court après l’armée, dans l’espoir de la voir parrainer un processus politique de sortie de crise. Le problème dans ce tableau tient du fait que les acteurs politiques ne parviennent pas à trouver un dénominateur commun entre eux, à même de proposer un plan sérieux de sortie de crise. Résultat : après 10 semaines de manifestations populaires, les partis politiques ne sont pas parvenus à s’adresser aux Algériens d’une seule voix.
Le contexte parait donc assez simple, sauf que l’absence de toute interaction entre les 4 acteurs que sont l’armée, la présidence de l’Etat, la classe politique et le peuple, rend impossible une sortie de crise par le haut, avec en prime, une feuille de route véritablement consensuelle. La seule alternative semble s’imposer d’elle-même et consistera en une prise en main de la situation par l’ANP, seule institution républicaine debout et opérationnelle. Une perspective visiblement incontournable, à moins que la situation évolue dans le sens d’un rapprochement entre les quatre acteurs. Auquel cas, il serait adopté une démarche à même d’installer une institution provisoire, chargée de conduire le pays de la première à la seconde République.
Cette solution devrait donc intervenir avant l’expiration du mandat de Abdelkader Bensalah, mais aussi avant le début du mois sacré du Ramadhan, dont l’avènement est dans moins d’une dizaine de jours. A la faveur de cet agenda religieux et social, assisterons-nous à une accélération des événements ? Tous les Algériens l’espèrent pour passer un mois sacré dans la quiétude, même si celle-ci demeurera relative.
Younes Rahal 

Source : ouestribune-dz

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