Arabie Saoudite, Russie et États-Unis : Pétrole, le choc des titans

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Une réunion du Comité technique conjoint OPEP-non OPEP JTC est attendue pour le 18 mars courant afin d’examiner l’évolution du marché pétrolier. La guerre des prix du pétrole fait place à une guerre psychologique. Les acteurs derrière ce scénario apocalyptique ne semblent pas près d’arrêter leurs manœuvres, même si une annonce à renouer le dialogue, dès le 18 mars en cours, a été faite hier.

L’annonce de cette réunion intervient dans un contexte de tension extrême, et dans la même journée où des avis d’augmentation de la production parviennent de partout. Après le coup de grâce asséné par l’Arabie Saoudite aux prix, voilà que son allié émirati se joint à la partition pour apposer sa note d’augmentation de sa production.

Le président russe avance de son côté d’un ton serein en affirmant que son pays est «armé pour l’emporter» dans ce face-à-face et tiendra ses promesses d’investir massivement pour relancer la croissance. Avant la réaction de Poutine, Abu Dhabi avait averti de son intention d’ajouter 1 million de barils par jour sur le marché dès le mois d’avril. Une annonce qui intervient concomitamment avec la surenchère saoudienne de porter sa production en avril à 13 millions de bpj au lieu de 12,3 millions bpj, ce qui a eu un effet de baisse supplémentaire des prix (le baril de Brent à 35,91 dollars après la très légère hausse de la veille).

Le soutien émirati à la stratégie saoudienne aura pour effet de compliquer l’option d’un éventuel accord avec la Russie pour faire remonter les prix. Moscou, qui avait déclenché la colère saoudienne en refusant d’approuver l’accord de l’OPEP pour une nouvelle réduction de la production, avait tenté mardi des signes d’apaisement en affirmant que le dialogue restait possible, mais c’était sans compter sur l’intransigeance aveugle des vieux alliés du Golfe, qui comptent inonder le marché de pétrole pour vendre plus, même à très bas prix et grignoter des marchés traditionnels de la Russie.

«Conformément à notre stratégie de croissance de la capacité de production, nous sommes en mesure d’approvisionner le marché avec quatre millions de barils par jour en avril. Par ailleurs, nous allons accélérer notre objectif de capacité à cinq millions bpj», déclare dans un communiqué la compagnie publique émirati Adnoc, qui produisait jusqu’à cette annonce 3 millions bpj.

Le premier producteur russe, Rosneft PJSC, annonce lui aussi une augmentation de sa production dès le mois d’avril, tout comme l’Irak et le Nigeria. La couleur est donc lancée et les cours risquent de connaître des niveaux encore plus faibles.

Même les annonces sud-coréenne et chinoise sur une possible victoire sur le coronavirus, ainsi que les assurances de Donald Trump par rapport à la santé économique de son pays face à l’épidémie, n’ont eu aucun effet sur les prix. L’industrie du schiste américain, déjà impactée par le coronavirus, est aussi touchée par cette plongée des prix qui a provoqué une vente aveugle sur les marchés.

«Je considère que la série d’annonces de l’Arabie Saoudite fait monter les enchères dans le jeu de poker que le royaume joue avec la Russie… Le but ultime de l’Arabie Saoudite, à notre avis, est de démontrer qu’une solution coopérative visant à la stabilité des prix est le meilleur résultat, plutôt que la poursuite de parts de marché», analyse Harry Tchilinguirian, responsable de la stratégie des marchés des matières premières chez BNP Paribas SA, cité par Bloomberg.

La stratégie saoudienne semble marcher avec ce retour imposé au dialogue, mais la tempête provoquée par les Saoudiens a déjà commencé à changer les donnes. La Chine envisage d’ailleurs d’augmenter ses réserves de pétrole et les Etats-Unis peuvent céder le statut de premier producteur à l’Arabie Saoudite en raison des réductions de production. Les retombées de la baisse des prix du pétrole ont un impact foudroyant pas seulement sur les faibles producteurs de pétrole mais aussi sur les acteurs qui ont provoqué cette chute des prix et à leur tête l’Arabie Saoudite.

«Les banques saoudiennes sont susceptibles d’être préoccupées par les pressions potentielles de liquidité, car le royaume peut afficher un déficit plus important. Leurs marges pourraient s’avérer plus sensibles aux baisses de taux.

De même que la chute des prix du pétrole et l’impact potentiel du coronavirus sur des événements majeurs, tels que l’Expo-2020 aux Etats-Unis et la saison de pèlerinage dans le royaume, pourraient nuire à leurs économies, ralentir finalement la croissance des banques et affecter la qualité des actifs», rapporte Bloomberg auprès d’analystes.

La même pression se fera sentir sur les banques des Emirats arabes unis, la crise attisant les prêts non performants et obligeant les banques à provisionner davantage. La Russie est aussi dans une situation peu confortable, car la perspective d’atteindre un baril à 25 dollars nuirait profondément à son économie. Malgré les ressources du fonds souverain dont elle dispose, qui sont de l’ordre de 150 milliards de dollars, lui permettront de tenir 6 ou 10 ans. Mais si le pétrole devait chuter à 25 dollars, la Russie pourrait se retrouver dans une situation difficile, prédisent les experts. Le retour à la table de dialogue s’avère nécessaire pour toutes les parties, mais arriveront-elles à désamorcer cette crise et revenir à un accord de réduction de la production ?

Une réunion de l’OPEP+ le 18 mars et l’Algérie propose sa médiation

L’effondrement brutal des prix du pétrole a en tout cas produit une prise de conscience qu’il y a une nécessité à renouer le dialogue entre les différents membres de l’OPEP et ses alliés, car la situation actuelle du marché n’arrange personne. Une réunion du comité technique conjoint OPEP – non-OPEP JTC est attendue pour le 18 mars courant, annoncent donc les ministres de l’Energie de la Russie et du Kazakhstan, afin d’examiner l’évolution du marché pétrolier. La Russie a accepté de participer à cette réunion en affirmant, par la voix de son ministre de l’Energie Alexandre Novak, que «le dialogue se poursuit avec l’OPEP et nous allons envoyer un représentant à la réunion du comité technique conjoint».

Avant cette annonce, le ministre algérien de l’Energie avait appelé tous les membres de l’OPEP+ au dialogue et réunir les experts du JTC. D’intenses contacts et discussions ont été engagés, depuis lundi, avec les pays membres de l’OPEP et non membres de l’organisation, en vue de rechercher les voies et moyens devant permettre de restaurer l’équilibre et la stabilité du marché pétrolier, a-t-il affirmé hier dans un entretien à l’APS.

«Je me suis entretenu avec le secrétaire général de l’OPEP et nous sommes d’accord qu’en ce moment de crise profonde, il convient de maintenir le dialogue et la communication entre les pays de l’OPEP et non OPEP, à tous les niveaux», affirme le ministre.

L’Algérie se propose comme médiateur pour solutionner cette crise qui oppose l’Arabie Saoudite et la Russie. «L’Algérie, en tant que pays frère et ami de l’ensemble des pays membres de l’OPEP et non OPEP, aura la facilité de s’entretenir et de chercher le consensus pour une action solidaire pouvant contribuer à stabiliser le marché», déclare Arak. Le ministre algérien se dit optimiste quant à la possibilité de parvenir à un consensus au sein des pays de l’OPEP+ et d’arriver à une diminution de la production, afin de réduire les stocks actuels surtout que les prévisions de croissance de la demande pétrolière sont fortement révisées à la baisse, soutient-il.

Les prix du pétrole ont atteint des niveaux très bas, perdant jusqu’à 45% par rapport à leur niveau au début de l’année. Après la chute historique des prix en début de semaine, la situation sur le marché du pétrole reste extrêmement volatile, commentent des analystes de Commerzbank, qui s’attendent à ce que cette phase de fluctuations des prix se poursuive pendant encore un certain temps. Surtout que le bras de fer entre l’Arabie Saoudite et la Russie persistait encore hier avec les différentes annonces d’augmentation de la production en avril prochain.

 

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Source article : elwatan.com

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