Aucun haut responsable à la finale de la Coupe d’Algérie : l’aveu d’impopularité des deux ‘B’

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La 55e finale de Coupe d’Algérie de football s’est jouée ce samedi 8 juin à Blida. Une fois n’est pas coutume, le trophée n’a pas été remis au vainqueur par le président de la République ou son Premier ministre. Une première peut-être depuis 1963.

Il est arrivé par le passé -rarement certes- à la Fédération de zapper la compétition pour des considérations extra-sportives ou des raisons de calendrier, comme en 1990 et 1993, mais à chaque fois que l’épreuve populaire est allée à son terme, il a été fait honneur au protocole.

Le président de la République a toujours été présent pour perpétuer un rituel aussi vieux que la compétition : féliciter les vainqueurs, consoler les vaincus, apposer des autographes sur les ballons des arbitres, recevoir des présents symbolisant les régions représentées en finale…

Même Mohamed Boudiaf, au règne pourtant très éphémère, a remis une coupe à la JSK en juin 1992, quelques jours avant son assassinat. La présence du chef de l’État, incarnation de la République, revêt une très forte charge symbolique pour l’unité et la communion nationales.

Mais depuis 2013, maladie de Bouteflika oblige, c’est aux Premiers ministres successifs, Abdelmalek Sellal, Abdelmadjid Tebboune puis Ahmed Ouyahia, qu’a échu cet honneur. Pour cette première Coupe d’Algérie post-Bouteflika, le rituel devait être ressuscité. Le pays ne s’est pas doté d’un président de la République pour les raisons que l’on sait, mais un chef de l’État assure l’intérim depuis plus de deux mois. On le dit malade lui aussi, mais Abdelkader Bensalah dispose encore de suffisamment de forces pour se rendre au stade et remettre en mains propres trophée et médailles aux joueurs. Sauf qu’une contrainte plus invalidante que la maladie l’a empêché de le faire : son impopularité.

Cette année, le niveau de représentation de l’État a même été revu à la baisse. Le Premier ministre Noureddine Bedoui n’étant pas plus estimé que le chef de l’État, c’est Raouf Bernaoui, un escrimeur à la carrière quelconque bombardé ministre de la Jeunesse et des Sports faute de mieux, qu’on a improvisé maître de cérémonie au stade de Blida. Même Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major et vice-ministre de la Défense, a brillé par son absence, apparemment pour cause du report –incompréhensible- de la finale de la coupe des militaires qui, depuis toujours, se jouait en ouverture de celle des « civils », sur le même terrain. Une autre entorse à la tradition.

L’absence des hauts responsables de l’État à la finale de ce samedi ne peut s’expliquer que par leur souci de s’épargner le supplice d’entendre de vive voix les slogans hostiles scandés par les manifestants chaque vendredi dans les rues d’Alger et des autres villes. Car le public a aussi ses habitudes en finale de Coupe d’Algérie. Au gré des événements politiques, il met à profit l’engouement médiatique et la présence des officiels pour dire le fond de sa pensée à grand renfort de chants, de slogans et depuis peu, de tifos.

La finale de 1977, par exemple, a vu les supporters de la JSK malmener le président Boumediène à coup de « pouvoir assassin » retentissants et passés à la postérité. L’année dernière, Ahmed Ouyahia, venu au stade de Blida suppléer un Bouteflika à bout de forces, a constaté deux heures durant toute l’ampleur de son impopularité.

Ce samedi, les plus hauts responsables de l’État n’avaient pas plus de chances d’être épargnés par les supporters de Bajaïa et de Belouizdad en cette année de hirak, notamment Noureddine Bedoui et Abdelkader Bensalah dont la rue et l’opposition réclament le départ, et c’est pourquoi ils ont préféré ne pas faire le déplacement. Ça se comprend, sauf que cette solution de facilité s’apparente à un aveu limpide que leur impopularité n’est pas une vue de l’esprit.

Politiquement, ceux qui les somment de « dégager » se retrouvent confortés : un chef de l’État et un Premier ministre qui ne peuvent pas tomber nez à nez avec leur peuple sans se faire insulter, qui n’ont pas le droit de mettre le pied dehors même pour une cérémonie tout ce qu’il y a de plus officiel, ne peuvent pas continuer à gérer le pays, a fortiori dans une phase aussi cruciale.

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