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Bouteflika sera-t-il entendu par les juges ?

Ce n’est certes pas une exigence portée aussi haut que l’espéreraient beaucoup, du moins pas encore, mais la question relative à la potentielle convocation du Président déchu, Abdelaziz Bouteflika, par la justice prend de plus en plus d’ampleur.

En fait, déjà bien avant que les événements prennent le cours qui est le leur depuis l’automne dernier, avant même l’élection du nouveau président de la République, des voix s’étaient élevées pour qu’il soit traduit devant les juges constitutionnellement habilités. Les deux dernières voix en date, et pas de celles qui valent le moins de toutes, à plaider pour la convocation d’Abdelaziz Bouteflika par les juges sont donc celles de Abdelmalek Sellal et Ahmed Ouyahia, dimanche, lors du procès en appel dit de l’automobile. Deux des Premiers ministres qui l’ont fréquenté particulièrement de près, de beaucoup plus près que les autres qu’il a «consommés» durant sa vingtaine d’années de règne. Et les deux ex-responsables de gouvernement apportent de l’eau au moulin, s’il en fallait encore, des partisans de la traduction de l’ex-président de la République devant la justice en mettant en avant d’incontournables faits, d’une implacable évidence, qui renvoient à la responsabilité directe ou indirecte d’Abdelaziz Bouteflika dans nombre d’affaires pas très nettes qui font, depuis quelques mois, délier les langues de beaucoup parmi ceux qui répondent de leurs biens mal acquis grâce au système Bouteflika.

«Le premier responsable, c’est Bouteflika, c’est lui qui devrait normalement être ici pour témoigner. Il est vrai que le Président était malade, mais il supervisait absolument tout à travers son frère», rétorquait, en effet, Abdelmalek Sellal au juge qui l’interrogeait dimanche avant d’expliquer ce qui était déjà de notoriété publique, en ce qui concerne l’exceptionnelle liberté d’agir dont jouissait Abdeslam Bouchouareb, l’ex-ministre de l’Industrie, comme celui-ci était un protégé d’Abdelaziz Bouteflika en personne, selon Sellal. Troublant aveu qui conforte les propos tenus par le même Abdeslam Bouchouareb qui, quelques jours après l’éclatement du scandale des Panama Papers dans lequel apparaissait son nom en avril 2016, répliquait à qui voulait comprendre qu’il n’avait de compte à rendre qu’au Président Bouteflika pour que, par la suite, rien ne soit entrepris par quiconque qui puisse l’inquiéter.

Un petit rappel qui, ainsi, appuie le propos mis en avant par Sellal pour expliquer que c’est le Président Bouteflika qui décidait de tout, même dans ce qui allait de travers dans la République, donc logiquement convocable par la justice comme le soutenait, pas plus tard qu’il y a quelques jours à peine, Abdelaziz Rahabi, un ministre de l’un des gouvernements de Bouteflika, lorsqu’il expliquait que ce dernier avait une «responsabilité politique» dans les faits de corruption qui sont traités aujourd’hui par les tribunaux pour ensuite appuyer sa revendication de convoquer l’ex-président de la République en soutenant celui-ci, comme n’importe quel citoyen est justiciable en cas de crime économique et puis «les Premiers ministres et les ministres actuellement devant les juges dans les affaires de mauvaise gestion et de dilapidation des deniers de l’État affirment tous qu’ils ont accordé les crédits et les avantages pour lesquels ils ont été emprisonnés sur instruction du président de la République. Ce dernier assume donc une responsabilité politique».

Que dire alors du jusque-là présumé financement occulte de la mort-née campagne électorale pour la présidentielle destinée à réélire Bouteflika à la tête du pays en avril de l’année dernière ? Financement qui devait profiter à Bouteflika, sa responsabilité étant donc engagée, sur lequel ont levé le voile, lors du procès initial, en décembre dernier, mettant en «vedette» Abdelmalek Sellal, Ahmed Ouyahia, des ministres, des cadres du ministère de l’Industrie ainsi que des grands patrons du secteur de la prétendue industrie automobile, lorsque le procureur avait requis la présence de Saïd Bouteflika après les propos d’Ali Haddad qui venait de s’étaler, à la barre, sur le financement de la campagne qui devait mener à l’intronisation d’Abdelaziz Bouteflika pour un 5e mandat.

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