30e VENDREDI DE MOBILISATION POPULAIRE : «Résistance, affirmation et détermination»

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Sept mois après la naissance du Mouvement citoyen contre le système, l’acte 30 de la mobilisation populaire et citoyenne a dynamisé la protestation, menée d’essoufflement lors de la période estivale.

Les Algériens ont répondu massivement aux multiples appels à manifester à Alger, lieu principal des rassemblements, mais aussi à travers les grandes villes du pays. Dans la Capitale, un appel à une grande manifestation a circulé largement sur les réseaux sociaux. Intitulé : «30ème vendredi : résistance, affirmation et détermination», les «Hirakistes» ont appelé à marcher ensemble «contre le système, la tenue de l’élection présidentielle avec le maintien du même gouvernement et chef d’État intérimaire, et les tentatives de musellement des libertés», et aussi pour demander la libération des détenus, emprisonnés pour avoir brandi l’emblème amazigh ou exprimé des opinions opposées au système en place.
10H: l’ambiance à Alger-Centre et à la Grande Poste, point de chute des manifestants, est calme et détendue. Les Algérois dormaient encore après une nuit agitée et pluvieuse qui a contraint certains à rester éveillés après les nombreux dégâts provoqués par les inondations des pluies diluviennes de la veille. Les tables des cafétérias des alentours qui ont ouvert tôt sont déjà départagées entre les manifestants et les policiers appelés pour «encadrer» la marche.
Comme c’est l’habitude chaque vendredi populaire et mardi estudiantin, depuis le 22 février dernier notamment, un impressionnant dispositif sécuritaire a été mis en place : des patrouilles marchantes et des engins qui bloquaient tout accès au tunnel des facultés et les principaux édifices publics, notamment celui du Conseil de la nation – qui s’apprêtait hier à voter les deux textes de lois sur le régime électoral et l’Autorité indépendante des élections.

Des arrestations musclées de manifestants
À 10H30, une marche, qui a démarré de la Place 1er Mai, est arrivée sur l’avenue Didouche Mourad en tentant d’atteindre la Place Audin en la Grande Poste. C’est à ce moment que des interpellations musclées par des policiers sont intervenues à l’adresse des citoyens et passants qui filmaient avec leurs téléphones portables les premières minutes de la mobilisation. Après les avoir délestés de leurs portables, les manifestants sont tirés de force et embarqués de suite dans des fourgons de la police. Ceux qui essayaient de résister sont traînés à même le sol avant de les jeter à l’intérieur des fourgons.  Des cris d’indignation et de colère fusèrent alors de toutes parts par les manifestants. Certains sont intervenus pour éviter des échauffourées entre manifestants et policiers en tentant de rappeler le caractère pacifiste de cette marche aux premiers, et tenter d’assagir les seconds quant à l’inutilité de recourir à de tels degrés «excessifs» de force et de violence.
«Honte à vous! Lâchez-le. Il n’a rien fait !», lance une vieille manifestante à l’adresse des policiers qui ont bousculé violemment un jeune marcheur. D’autres commencent à entonner : « Olé Olé, H’na nah’uhum, w’ntuma t3assu 3’lihum!» (Nous, nous les ‘’dégageons, vous, vous les protégez).  Mais le moment qui s’en suivra sera plus tendu. Les policiers ont essayé à plusieurs reprises de stopper les manifestants à l’avenue Didouche Mourad et de les contraindre à rebrousser chemin.
Face à une mobilisation grandissante au fur et à mesure que d’autres marcheurs arrivent, les forces anti-émeute ont fait des descentes et chargé les manifestants plusieurs fois en les matraquant. Dans la défensive, les policiers n’ont pas recouru heureusement à l’utilisation des gaz lacrymogènes et aux jets d’eau chaude. Ces derniers reculent et prennent la fuite mais reviennent vite à leur position tel un reflux d’une vague très puissante. Des cas d’évanouissement se sont produits pour certains manifestants âgés à cause des bousculades. À 13H30, après l’adhésion d’autres marcheurs qui viennent d’accomplir la grande prière du vendredi, le barrage sécuritaire, érigé par les forces de police pour empêcher les manifestants à accéder à la Place Audin et la Grande Poste, a cédé. Des cris de joie, chants patriotiques et des youyous éclatèrent alors que les manifestants reprennent vite leur route vers la Grande Poste comme s’ils viennent de reconquérir une citadelle fortifiée. Un large et dense rassemblement se forme alors, au moment où les marcheurs sont rejoints par d’autres venant nombreux des quartiers de Bab El Oued, la Casbah et d’autres.
Les manifestants ont réclamé, à gorges déployées: «Silmya, silmya, matalibna char3ya! », (Pacifistes, pacifistes, nos revendications sont légitimes), «Dawla madanya, machi 3asskarya !», (Pour un État civil et non pas militaire), «Makach intikhabatt m3a l3issabatt !», (Pas d’élections avec les bandes)… etc.

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Karim Tabbou «était là»
Des portraits à l’effigie de Karim Tabbou, coordinateur national de l’UDS – parti non agréé – également ex-PS du FFS, ont été fort déployés pendant la mobilisation alors qu’il ne pouvait… «rejoindre la manifestation», car il a été arrêté puis placé, mercredi dernier, sous mandat de dépôt. Parmi les figures politiques non rejetées par le Hirak, Tabbou n’a raté aucune sortie dans la rue. Hier, les appels à la libération de Tabbou étaient nombreux. «Allah Akbar, Karim Tabbou!», «Ya Tabbou, makanch intikhabatt!», (Soyez rassuré, Tabbou, il n’y aura pas d’élections), «Ô Tabbou, mazalna mouassline !», (Ô Tabbou, la mobilisation se poursuivra toujours), «Casbah et Bab El Oued imazighen», «Wihda watanya, machi djihawya !», (Unité nationale, pas de régionalisme !».
Un manifestant a brandi une pancarte où l’on peut voir un portrait de Karim Tabbou et un autre de Nelson Mandela (défunt président de l’Afrique du Sud, icône de la lutte contre l’Apartheid jusqu’à son abolition), avec un commentaire : « Libérez notre Nelson Mandela !». D’autres manifestants ont brandi des portraits d’autres détenus, emprisonnés pour le port de drapeau amazigh.
À 15H, le rassemblement devant la Grande Poste ne cesse de grossir et contenant mal les nombreux manifestants qui viennent de rejoindre le mouvement. Aucun incident ou intervention policière n’ont été signalés. Les manifestants ont encore une fois gagné le pari du pacifisme. Les terrasses de cafétérias et boutiques, qui étaient à seulement quelques mètres du lieu de la mobilisation, sont restées ouvertes et leurs clients, s’étant installés paisiblement, ont assisté à ce moment fort historique.
Hamid Mecheri

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