DÉSORDRE, ATTENTES INTERMINABLES ET IMPROPRETÉ DANS LES HÔPITAUX À ALGER : Les services d’urgences dans un sale état !

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Lors d’une tournée, faite dans les trois Centres hospitalo-universitaires d’Alger : Nefissa Hamoud à Hussein Dey, Mohamed Lamine Debaghine à Bab-el-Oued et le CHU Mustapha Bacha au centre d’Alger, le constat observé sur les lieux était déplorable, notamment au service des urgences de ce dernier établissement sanitaire cité.

Reportage réalisé par Lilia Sahed

Le service de gynécologie à l’hôpital Nefissa Hamoud, d’Hussein Dey ne distribue pas des repas aux femmes hospitalisées au sein de cet établissement !! C’est ce qu’a témoigné une proche d’une malade, rencontrée, au moment des heures de visite, samedi dernier. «Nous ramenons, tous les jours, les repas à ma cousine, hospitalisée durant 11 jours, dans ce service, après avoir eu une fausse couche» nous confie-t-elle. La vérité c’est que vers 14h, en passant dans les couloirs du service de gynécologie de cet hôpital, il n’y avait pas les odeurs des plats cuisinés qui envahissait l’espace avant que les plats arrivent aux malades. Interrogée, une malade nous affirme que «le seul repas qui nous est servi dans ce service est le déjeuner, sans plus, car la soupe qu’on nous sert n’est ni une qualité nutritive ni de bonne odeur, pour que vous sentiez la bonne odeur des plats cuisinés» et de nous lancer «c’est de l’eau bouillie, ça n’a rien à voir avec une soupe nutritive ».
Une autre nous interrompt pour nous dire «c’est nos familles qui ramènent nos repas» avant d’ajouter, «c’est des allers et retours munis de marmites et vaisselles, et même des draps, c’est pénible pour nous et c’est davantage de les voir galérer ainsi», nous confie une autre femme hospitalisée. Les sanitaires n’échappent pas au laisser- aller dans la gestion de ces espaces, qu’ils soient dehors ou dans les services, alors qu’il s’agit d’un hôpital, la propreté irréprochable est la première condition à assurer pour que la mission du personnel médical, faut-il le rappeler, puisse avoir tout sens. Et c’est au moment de notre passage, au service de gynécologie, samedi dernier, vers à 14h, que nous avons été surpris de trouver de grands sacs en plastique de poubelles, remplis jusqu’à déborder, déposés sous et à proximité du lavabo, des sanitaires du service de gynécologie, une idée sur l’état dans lequel se trouvent les sanitaires dans les autres services de l’hôpital, Nefissa Hamoud.

La propreté, le grand absent dans les services d’urgences
En se rendant aux services d’urgences du Chu Mohamed Lamine Debaghine, à Bab-el-Oued, l’état des lieux du service des urgences est plongé dans un désordre et désorganisation, alors que c’est le point central, devant être réglé à la seconde, pour sauver des vies humaines arrivées en urgence outre de les transférer dans les temps convenables, selon les exigences de la médecine, aux services concernés, selon l’état du patient. Ici l’organisation peine à se faire une place, le désordre et le hasard sont les maîtres des lieux face à l’afflux des cas d’urgence accompagnés de leurs proches. Les lenteurs de traitement des dossiers des malades attendant les soins d’urgences après diagnostics sont dues à des formalités, à l’exemple de l’obligation de présenter des justificatifs convaincantes, aux agents de sécurités, mobilisés devant la porte, pour pouvoir être orienté. En ces lieux, il faut avoir de la patience…
Et si quelqu’un s’aventure à insister pour qu’il puisse accéder, les agents sont bien là pour l’inviter… encore une fois à patienter, usant souvent d’expressions «intimidantes». À voir cette scène, on pourrait déduire que le malade le dérange ! le patient fini par patienter. À l’exemple d’unmalade ayant très mal au ventre, se pliant en deux à cause des douleurs. S’adressant à lui, l’agent en poste devant la porte lui lance « va te soigner dans le dispensaire de ton quartier au lieu de venir à l’hôpital». Au bout du compte le malade réussit à se faufiler difficilement, profitant d’une gestion déplorable des admissions au service des urgences du chu de Bab-el-Oued. En ce moment nous avons remarqué une malade qui tenait un bout de papier dans sa main, attendant désespérément qu’un des agents s’adresse à elle, pour lui signifier « c’est ton tour ».
L’ancienne fiche bleue sur laquelle le médecin traitant mentionnait ses notes relatives au malade traité, remplacée par un bout de papier «brouillon», porte uniquement les renseignements de l’état civil du patient, «nom, âge, sexe», laissant même penser qu’il s’agit d’un service administratif d’une APC, et non pas un service d’urgence de malades. Le coupon de papier porte en plus des informations de l’état civil du patient, le numéro de série du carnet de ces coupons de papiers, frappé de la griffe du service. Nombreux jetaient ces coupons, en quittant le service !!! Alors que c’est sur ce petit coupon que le médecin est appelé à mentionner les examens que le malade devrait faire en plus des médicaments qu’on lui a administré. Quittant le service des urgences, celui d’Urologie, même constat et même atmosphère, à notre arrivée sur les lieux, la situation n’est pas mieux que les urgences que nous avons laissées derrière nous.
Des malades se plaignaient des rendez-vous très éloignés, au moins quatre mois, pour une première consultation !!ce qui pousse nombreux parmi eux à se diriger vers le secteur privé, alors que la majorité ne peuvent se permettre ce luxe. L’un des malades qui sortait, très en colère, s’est vu dans l’impossibilité de réussir à décrocher un RDV pour son père dans les délais convenables. Approché pour comprendre davantage les raisons à l’origine de l’éloignement des RDV de consultations, il nous dira que «la réceptionniste lui a expliquéque l’éloignement de prise de RDV est dû au grand nombre de citoyens qui viennent à ce service, des 48 wilayas du pays, pour se faire soigner dans cet hôpital ».

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«Tu rentres pour soigner une maladie, tu ressors avec cinq autres !»
L’état des lieux du service des urgences de l’hôpital Mustapha Bacha est le plus catastrophique des deux précédents. Répartis en plusieurs salles séparées, la première à droite comprend la réception et la salle d’attente des patients et de leurs proches arrivés en urgence, la deuxième, située à gauche est conçue sous forme de box, où de différents soins urgents sont dispensés, quant à la troisième et dernière, celle-ci est réservée aux urgences des cas relevant du domaine orthopédique, récemment aménagée et éloignée de la deuxième salle. Pour accéder aux urgences, consultations, soins et puis éventuellement passer des examens, il faut avoir cette fameuse fiche médicale d’accueil. Une sorte de billet d’entrée que le patient devra récupérer, de la première salle, pour qu’il puisse accéder à la deuxième salle. Sur cette fiche sous forme de papier A4, des renseignements sur le patient sont inscrits, ainsi que son état de santé.
Devant la porte de la deuxième salle d’urgence chirurgicale, ouverte partiellement, on a pu voir beaucoup de monde qui attendait et la mobilisation de quatre agents de sécurité, interrogeant tout malade ou personne qui s’aventurait à tenter d’accéder à ce service. En réussissant à rentrer après plusieurs tentatives à ce service, nous avons été choqués de voir les malades assis à même le sol, en l’absence quasi-totale de chaises dans ce service…. ! Deux hommes, l’un d’eux était allongé par terre devant la porte du box, et le deuxième, sa jambe gauche plâtrée a réussi à s’asseoir par terre, prenant son mal en patience. Ce qui est frappant, dans ce service, c’est le nombre important d’agents de sécurité, dont certains  ne faisaient que crier sur les malades, pour que ces derniers n’accèdent pas au personnel soignant, des salles précitées.
La saleté sur le sol des urgences était visible pour un malvoyant. D’un coup, une tension éclate, des malades se sont lancés dans une dispute, l’un d’eux voulait accéder, en premier avant l’autre, au médecin, une scène déplorable… L’état des sanitaires de ce service est indescriptible, « c’est même le nid de la saleté », nous dira, un des patients sur place. Le parterre inondé d’eau sale, des bouteilles en plastiques éparpillées ici et là, des serpillères usées et sales déposées, dans les sanitaires des services d’urgences, «l’odeur était insupportable». En sortant de cet hôpital un des malades disait à son ami «tu rentres à cet hôpital pour soigner une seule maladie, tu ressors avec 5 autres ».
L. S.

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