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Comment le pouvoir tente de remonter la pente

Cette offensive poursuit un objectif : égarer le mouvement populaire dont la tendance à la radicalisation semble avoir secoué les “décideurs”. 

Même si c’est diffus à première vue, cela ressemble, à maints égards, à une tentative de reprise en main d’une situation de plus en plus problématique, à mesure qu’approche la rentrée sociale qui s’annonce explosive : depuis quelques jours, et loin des feux de la rampe, si l’on excepte la couverture des médias officiels, le “pouvoir de fait”, via ses relais, dont notamment les ministres et ses partis satellites, s’emploie, à travers une activité tous azimuts, à “réoccuper” le terrain dans ce qui ressemble à une entreprise destinée à dompter une “rue” plus que jamais déterminée.

Rien qu’en l’espace de trois jours, pas moins de cinq ministres se sont déplacés dans plusieurs wilayas, essentiellement à l’est du pays. Après le ministre de l’Intérieur, Salaheddine Dahmoune, samedi à Ghardaïa,  c’est au tour des ministres Djamila Tamazirt, de l’Industrie et des Mines, et Mohamed Arkab de  l’Énergie de poser hier leur valise respectivement à Sétif et à Constantine. Dimanche, c’est le ministre du Travail, Tidjani Hassan Haddam, qui s’est rendu à Skikda, puis à Annaba, tandis que sa collègue de la Culture s’était retrouvée à Sétif après s’être rendue à Batna. Inscrites, comme d’ordinaire, dans le cadre du “travail et de l’inspection”, ces visites ne devaient sans doute pas être circonscrites aux seules inaugurations de projets et autres “recommandations”.

Pour ceux qui connaissent les traditions et les mécanismes de fonctionnement du régime, jusque-là réfractaire à toute idée de changement, ces visites ont souvent donné lieu à des “conciliabules” avec les autorités locales pour mobiliser les relais locaux à l’effet de “propager et de défendre” les orientations du “pouvoir de fait”. Et dans le cas d’espèce, il s’agit de mobiliser la “clientèle” locale qui se recrute traditionnellement parmi les partis-croupions, les notabilités locales et autres associations satellites, et qui fera office, au moment opportun, de “représentante” du mouvement populaire en perspective d’une éventuelle conférence ou de l’élection présidentielle, si on parvient à normaliser, d’ici à là, la situation.

Offensive en sous-main 
Parallèlement à cette activité ministérielle, des partis, réputés pour leur proximité de cercles du pouvoir, ou ayant constitué la base politique du pouvoir, tentent, de leur côté, de mobiliser leurs troupes en dépit de la difficulté de la mission. C’est le cas, par exemple, du FNA de Moussa Touati qui, depuis la lointaine Guelma, plaide la cause de l’organisation de la présidentielle dans les “plus brefs délais”, même si elle est assortie de quelques conditions, dont le départ du gouvernement. Englué dans une grave crise, rejeté par la population, comme on a pu le voir à travers de nombreux slogans scandés par les manifestants lors des marches, le FLN ne désespère pas de “rebondir” et de “récupérer” le terrain perdu.

C’est ainsi qu’il projette d’organiser dans les prochains jours, demain et après-demain, une “conférence sur le dialogue” à Club-des-Pins. Dans une entreprise aux relents de manœuvre, cette conférence sera animée par des “cadres et personnalités” prétendument indépendants, conviés par le secrétaire général. On ignore, cependant, s’il s’agit d’une activité destinée à meubler le vide politique ou à faire pièce aux autres initiatives dont la dernière en date, la mise en place d’un panel, mais dont la mission s’annonce presque impossible. De son côté, le RND, complètement groggy après l’incarcération de son secrétaire général, Ahmed Ouyahia, envisage également d’organiser sa “conférence de dialogue”.

C’est le cas également du front El-Moustakbal, dont le président sillonne depuis plusieurs jours le pays pour “prêcher la bonne parole”, la promotion de la vision de sortie de crise du régime. Cette offensive en sous-main, appuyée par des décisions de limogeage de responsables et d’autres manœuvres, comme la “pollution médiatique” ou encore certaines arrestations, procède du même objectif : égarer le mouvement populaire, indomptable jusque-là, et dont les velléités de radicalisation, après la menace de recours à la désobéissance civile, semblent avoir secoué les “décideurs”.

Quelle chance de succès ? Un avant-goût a été donné par l’accueil réservé à la ministre de la Culture à Timgad, puis à Djemila, où elle a été copieusement conspuée. Mais aussi par la population, au regard de la mobilisation toujours intacte, plus que jamais décidée à se défaire de tous ceux qui ont évolué ou évoluent encore au sein du régime ou à sa périphérie. L’entreprise est d’autant hasardeuse qu’elle a été déjà éprouvée par le passé, avec les résultats que l’on sait. Elle est encore plus aléatoire avec la perspective de la rentrée sociale où le mouvement gagnera sans aucun doute en vigueur.
Karim K.

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