Covid-19 en Algérie : cri d’alarme du Dr Yousfi face au manque d’oxygène dans les hôpitaux


Algérie En Algérie les hôpitaux manquent d’oxygène pour traiter les patients infectés par le coronavirus. Suivez à travers cette interview les propos du Dr Mohamed Yousfi, chef du service des maladies infectieuses à l’EPH de Boufarik (Blida) qui lance un Cri d’alarme


Une consommation élevée d’oxygène a engendré des perturbations et des pénuries de cette matière vitale en cette 3e vague du covid qui touche l’Algérie. Quel est votre constat ?
Ce qu’il se passe est une catastrophe.

C’est un problème national qui se pose surtout en termes de distribution. Les quatre producteurs d’oxygène opérants dans le secteur n’ont jamais été confrontés à cette demande importante en même temps.

Les hôpitaux ne reçoivent donc pas les quantités suffisantes. Il y a un problème de répartition. A l’EPH de Boufarik, ces derniers jours, plusieurs fois l’oxygène était arrivé à manquer alors que le camion d’approvisionnement n’était toujours pas arrivé.

On est en train de vivre un calvaire. Depuis plusieurs semaines, on assiste à une consommation importante d’oxygène. Actuellement, tous les malades qui sont hospitalisés ont un besoin important en oxygène, jusqu’à 30 litres.

Le plus dramatique, c’est que les fournisseurs ne sont pas habitués à une telle situation. On aurait par exemple dû profiter de la période d’accalmie (sur le front épidémique) pour s’adapter.

On savait très bien que l’épidémie n’était pas terminée, qu’il fallait revoir surtout le circuit d’approvisionnement et de distribution de l’oxygène. D’autant qu’en ce moment, tous les hôpitaux ont besoin en même temps de quantités importantes d’oxygène. De leur côté, les fournisseurs n’arrivent pas à suivre en matière de distribution.

Des établissements hospitaliers ne disposent pas d’installations pour emmagasiner de l’oxygène. C’est aussi une problématique qu’on pose souvent ?

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C’est exact. Certains établissements ont soit des petites cuves soit carrément des bouteilles d’oxygène, pour une consommation minime avant le covid.

À partir de la première vague de la pandémie et ensuite la 2e vague, on a connu une consommation importante d’oxygène. Encore une fois, on n’a pas retenu les leçons, tout simplement parce que pour cette consommation a besoin d’installations beaucoup plus importantes et donc des cuves plus importantes et certainement pas les bouteilles d’oxygène qui sont dépassées. C’est un ancien système qui est dangereux pour les malades et pour les personnels de santé.

Il faut impérativement qu’il y ait de grosses cuves mais qui ne sont malheureusement pas disponibles dans la majorité des établissements de santé.

Donc, si on additionne la consommation importante en oxygène avec l’absence de l’équipement nécessaire, on se retrouve dans l’obligation de remplir les bouteilles d’oxygène beaucoup plus souvent que lorsqu’on a des grosses cuves.

A l’hôpital de Fabour (Blida), samedi soir, le camion transportant des bouteilles d’oxygène était arrivé in extremis vers 1h du matin alors que les réserves étaient quasi à sec. Qu’en est-il à l’hôpital de Boufarik ?

Nous avons connu une situation similaire à l’EPH de Boufarik, la cuve et les bouteilles se vidaient tandis que le camion n’était pas encore arrivé.

Et comment gérez-vous ce type de situations ?

Par chance, les réserves n’étaient pas totalement à sec. Dans d’autres hôpitaux, des malades en sont décédés. A Boufarik, nous avons pu in extremis remplir les cuves avant que les derniers litres ne soient entièrement épuisés. Si la situation avait duré encore une demi-heure, on aurait peut-être connu une catastrophe.

Quel est votre appel aujourd’hui ?

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Mon appel s’adresse en premier lieu aux responsables et aux gestionnaires des hôpitaux. Ils doivent mettre les moyens nécessaires surtout concernant les cuves à oxygène.

Je lance aussi un appel aux fournisseurs, pour qu’ils puissent adapter l’approvisionnement nécessaire vis-à-vis des hôpitaux. Il faudra revoir complètement le système de distribution de l’oxygène et mettre davantage de moyens.

Il y a nécessité que les opérateurs (fabricants) s’adaptent à la nouvelle situation. En ayant les mêmes moyens qu’avant, ils n’arrivent plus à suivre. La consommation d’oxygène est importante et les moyens mis à la disposition des professionnels de la santé sont complètement disproportionnés.

Comment évoluez-vous dans cette situation de rebond épidémique particulièrement violent ?

A l’hôpital, nous sommes débordés. Nous avons récemment ouvert un nouveau compartiment mitoyen de l’EPH. Nous sommes saturés, les urgences sont prises d’assaut, nous voyons arriver beaucoup de malades.

Les médecins sont à bout de force, cela fait dix-sept mois qu’ils galèrent sur le front de l’épidémie. On a des malades graves, mais surtout nous enregistrons des décès tous les jours, jusqu’à deux décès chaque jour, ceci rien qu’à Boufarik.

Depuis novembre 2020 et la 2e vague nous n’avons pas connu de décès, c’est exceptionnel. Lorsqu’on envoie les malades en réanimation au seul service qui est à Blida, ils sont renvoyés par manque de places.

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