DÉCISIONS DE BOUTEFLIKA L’Opposition dénonce : «Des manoeuvres pour faire prolonger le système»

Suite à l’annonce du président Bouteflika de renoncer à un cinquième mandat, reporter les élections présidentielles et convoquer une conférence nationale et inclusive, l’opposition ne s’emballe pas. À l’unanimité, partis politiques et personnalités de l’opposition, mettent en garde contre ce qu’ils appellent un «4ème mandat +», c’est-à-dire le maintien du mandat actuel de Bouteflika, le temps que le système trouve un successeur. «Le régime en place, depuis un demisiècle, reste autiste aux aspirations du peuple algérien », a indiqué, hier, au « Courrier d’Algérie », Fetta Sadat, députée RCD, également membre de la commission des Affaires administratives et juridiques à l’APN. « Le peuple algérien n’a pas simplement dit non au cinquième mandat, mais il a radicalisé ses revendications à une phase tel qu’il dit maintenant “système dégage !” Donc il faut aboutir à un changement de ce système », a-t-elle ajouté. Pour l’avocate et militante des Droits de l’Homme, il s’agit « d’une manière pour le chef de l’État en place de rester toujours Président. Or, cela n’est pas prévu dans la Constitution. Mais évidemment il ne s’offusque pas du respect des lois de la République ». Sadat a qualifié les récentes mesures prises par Bouteflika comme « une honte » et « une gifle » au peuple algérien, qui, estime-t-elle, « néanmoins est doté de la maturité politique et citoyenne adéquate pour continuer à lutter jusqu’à réalisation de ses aspirations ». Le président de la République s’est engagé, lundi soir, à convoquer une «conférence nationale et inclusive » impliquant toutes les forces politiques du pays, et qui sera en charge de gérer la transition démocratique et rédiger une nouvelle Constitution. Selon Sadat, il n’est point question de transition, mais d’une « ruse machiavélique ». Car, « ce dispositif est discrédité pour la simple raison qu’il est utilisé pour prolonger le mandat actuel de Bouteflika et non pas le fait de vouloir imposer une transition démocratique », a-t-elle jugé. De son côté, le Parti des travailleurs (PT) a estimé le renoncement du président Bouteflika pour un cinquième mandat « dont il s’est clairement et étrangement démarqué, et le report de l’élection présidentielle, aurait été un réel facteur d’apaisement, dans le sens où cela aurait constitué une réponse positive à l’aspiration de millions d’Algériens ». Or, « la prolongation du 4e mandat traduit une volonté de travestir la volonté de l’écrasante majorité du peuple de se libérer du système », a souligné le PT dans un communiqué. Le parti s’interroge et pose des doutes : «la convocation d’une conférence nationale non élue peut-elle incarner la volonté populaire ? » Il conclura : « le même système politique totalement rejeté par la majorité continuera donc de sévir au compte de l’oligarchie prédatrice, des mafias qui ruinent le pays». Pour sa part, le Mouvement pour la société de la paix (MSP) a considéré que « les mesures annoncées par le président de la République sont un détournement de la volonté des Algériens, dont les visées visent à faire rater une occasion historique de changement vers une Algérie qui traduit réellement la volonté populaire ». Dans un communiqué publié hier, le MSP a estimé que « les mesures de report annoncées ne sont pas conformes à l’initiative du consensus national du MSP, qu’il a proposées à la Présidence et à l’Opposition en toute transparence et netteté ». Le MSP estime que les mesures du Président « sont complètement dépourvues de consensus », dont a appelé à maintes fois le parti. Le MSP a appelé « à privilégier le dialogue, sans exclusion aucune, que se soit dans la classe politique ou la société civile, en incluant aussi les jeunes du mouvement de mobilisation citoyenne de sorte à concrétiser une réelle volonté nationale d’aller vers une transition démocratique souple et consensuelle, selon les textes de Mazafran et l’initiative de consensus national et ce qui est demandé aussi par les foules dans les places publiques », lit-on aussi dans le communiqué du parti.

Hamid Mecheri

Source : lecourrier-dalgerie

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