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Disparition Noureddine Nait Mazi : la leçon d’une vie !

L’expression.dz– Nous reproduisons cet article écrit par Ahmed Fattani le jour du décès de Noureddine Nait Mazi. Un bel hommage de l’élève à son maître : «Il m’a appris le métier de journaliste, celui de chef d’entreprise aussi. Pour Nait Mazi, faire du journalisme, c’est apprendre à servir. À se sacrifier, toujours se sacrifier pour son pays.»

Il est parti. Presque sur la pointe des pieds. Par un matin d’avril, ce grand blond aux yeux bleus nous aura laissé comme marque indélébile les fragments de toute une vie. Dans l’édition du quotidien L’Expression de ce jour, le lecteur découvrira une couverture exceptionnelle réservée à la disparition du grand journaliste algérien, Noureddine Nait Mazi. Il restera, comme le souligne le message du Président Bouteflika, «l’un des pères fondateurs de la presse nationale» et un «journaliste exceptionnel». Voilà le condensé de toute une vie résumé en une dizaine de mots. De mots vrais. Pas laudatifs pour ce «moudjahid de la plume» que les générations postindépendance ignorent jusqu’au nom et à tous, si l’on peut dire, ses faits d’armes. Il est connu un peu plus par les quinquagénaires. Ceux qui naquirent à l’aube de l’Indépendance et grandirent libres à l’ombre de la souveraineté recouvrée en inaugurant chaque matin leur journée par la lecture du quotidien El Moudjahid.
Nait Mazi n’était pas connu de tous pour la simple raison qu’il fuyait les honneurs, la célébrité réelle ou factice qui constituaient le carburant des arrivistes de tout acabit, des personnages issus parfois de la pire engeance qui soit au moment même où la Révolution sous la conduite du Président Boumediene amorçait son envol.
Il fuyait les honneurs comme on fuit la guigne. Et pourtant, je m’en souviens, combien étaient-ils ces ministres, ces walis, ces hauts dignitaires de l’Etat qui ne renonçaient jamais à l’espoir, ne serait-ce que d’une rencontre fortuite, au détour d’un couloir de ministère pour décrocher le sésame: la promesse d’une interview, d’un reportage, voire même d’un articulet. Tout est bon, croyaient alors ces gens-là, pour décrocher la timbale.
Noureddine détestait le m’as-tu-vu. Les combinards qui grenouillaient dans les salons algérois. Mais aussi dans les salles de rédaction. Son combat, il l’a appris jeune à l’école du père du Mouvement national algérien avant de rejoindre le FLN. Il aimait passionnément l’Algérie. Jusqu’à son dernier souffle. Une étreinte inimaginable les liait tous les deux. Lui, fils d’émigré d’Illilten (Iferhounene), né à Argenteuil, a consacré sa vie à la libération de son pays. Il se souvient des vacances passées dans la montagne, dans la misère et la chaleur torride avec ses frères et soeurs au contact des cousins et des enfants du village. «Nous arrivions par bateau le Ville d’Alger. Nous passions notre première nuit dans un hammam avant de prendre l’autocar le lendemain pour Michelet (Aïn El Hammam). Mon père était fier de ses enfants. Il nous menait à la baguette. Nous découvrions que nos femmes en Kabylie marchaient pieds nus et que nos maigres repas se disputaient à la frugalité. Ma prise de conscience politique remontait en vérité à ces vacances. Le colonialisme était un crime.»
Pour son dernier requiem, Nait Mazi n’aura pas mérité tous ces éloges pour rien. Humble, il l’a toujours été. Il croyait, il militait, il vivait pour un monde où la justice sociale ne serait pas un vain mot. Au quotidien El Moudjahid, il était le tout-puissant directeur général qui rivalisait avec le syndicat de l’Ugta pour donner aux travailleurs un monde nouveau où le mot justice rimait avec dignité. Noureddine était un personnage charismatique. Solaire, diront ceux qui l’ont approché. Très poli, avenant quand il le faut, intran-sigeant quand la situation l’exigeait. De par sa stature, son érudition, sa classe, Nait Mazi fascinait. À la tête d’El Moudjahid, sous Boumediene, il avait fini par porter l’incarnation du sentiment national. C’est ce qui explique comment et pourquoi ce journaliste a développé une telle puissance de feu par ses écrits durant son règne presque ininterrompu de 25 ans à la tête d’un journal devenu mythique pour presque tout le tiers-monde.
Ce «patron» de presse n’en était pas un. Il abhorrait ce mot dans un monde où lui, homme de gauche, rêvait tout simplement de socialisme. De partage. D’amour et de justice sociale.
Toute sa vie, il s’était contenté de son petit «appart» de 80 m². Il n’a pas conduit de voiture pour n’en avoir jamais possédé. À la fin, son épouse a dû suivre des cours de conduite pour pouvoir… faire tranquillement ses courses. Son intégrité, son honnêteté intellectuelle et surtout le sens moral qu’il tenait tant à conférer à sa longue vie de combattant lui interdisaient toute tentation d’envies matérielles. Des villas? Des appartements? Des lots de terrain? Des voitures? Il aurait pu en posséder dix à la douzaine. En un mot, l’homme qui nous quitte aujourd’hui restera un guide pour les journalistes algé- riens. Il n’aimait ni la triche, ni les entourloupes. Il était mon maître. Il m’a appris le métier de journaliste. Celui de chef d’entreprise aussi. Il m’avait surtout recommandé de toujours rester humble et intransigeant jusqu’envers soi-même. Pour Nait Mazi, faire du journalisme, c’est apprendre à servir. A se sacrifier, toujours se sacrifier pour son pays. C’est un leitmotiv qui explique enfin pourquoi les
«anciens» le surnommaient «le grand commis de l’Etat». Et c’est là que réside le secret de toute une vie. Ainsi, il aura, comme on le dit dans le jargon journalistique, admirablement «bouclé» sa vie. 

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