En Algérie, le directeur de médias proches du Hirak placé sous contrôle judiciaire

Le directeur de la station algérienne Radio M et du site d’information Maghreb émergent, Ihsane El Kadi, a été placé sous contrôle judiciaire, mardi 18 mai, « par le juge d’instruction près le tribunal de Sidi M’hamed [à Alger] », ont indiqué ces deux médias proches du mouvement de protestation du Hirak.

Le journaliste, figure des médias indépendants algériens, a été présenté mardi devant le procureur, au lendemain d’une convocation par la gendarmerie dans le cadre d’une « procédure d’urgence ». Selon le Comité national pour la libération des détenus (CNLD), M. El Kadi est accusé de « diffusion de fausses informations à même de porter atteinte à l’unité nationale », « perturbations des élections » et « réouverture du dossier de la tragédie nationale » des années 1990.

Ce dernier chef d’accusation se réfère à la Charte pour la paix et la réconciliation, censée tourner la page de la guerre civile de la « décennie noire » (1992-2002). L’article 46 punit d’une peine de trois à cinq ans de prison « quiconque, par ses déclarations, écrits ou tout autre acte, utilise ou instrumentalise les blessures de la tragédie nationale pour porter atteinte aux institutions de la République algérienne démocratique et populaire, fragiliser l’Etat, nuire à l’honorabilité de ses agents ou ternir l’image de l’Algérie sur le plan international ».

Le ministère de la communication a déposé plainte contre M. El Kadi après la publication d’un article sur le site de Radio M, le 23 mars, dans lequel il plaidait contre la « diabolisation » du mouvement islamo-conservateur Rachad, considéré comme un mouvement terroriste par Alger. En cas d’inculpation, le journaliste, qui est interdit de quitter le territoire algérien, risque de deux à cinq ans de prison. La décision de mardi est un nouveau signe de la volonté du régime – dont le pilier est l’armée – de museler toute voix dissidente à l’approche des élections législatives anticipées du 12 juin. « La dérive autoritaire se poursuit », a déploré la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH) sur Twitter, en « réitérant sa solidarité et en appelant au respect du droit et à l’abandon des charges retenues contre le journaliste ».

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Verrouillage de l’information

Par ailleurs, une journaliste politique de Radio M, Kenza Khatto, en garde à vue depuis vendredi, a été remise en liberté provisoire, mardi, après avoir été présentée au procureur du tribunal de Sidi M’hamed, selon Radio M et le CNLD. Son procès a été fixé au 25 mai. La jeune femme s’est évanouie au début de l’audience et a dû être évacuée pour recevoir des soins, en raison de « la fatigue qu’elle a [accumulée] à cause des conditions de sa garde à vue », a précisé l’association d’aide aux détenus d’opinion. Selon son avocate Zoubida Assoul, elle a subi des violences lors de son interpellation.

Kenza Khatto a été arrêtée à Alger avec une quinzaine de reporters et photographes de presse (dont celui de l’AFP) qui s’apprêtaient à couvrir la marche hebdomadaire du Hirak. Elle est accusée d’« atteinte à l’unité nationale », de « publications pouvant porter atteinte à l’intérêt national, d’incitation à attroupement non armé » et d’outrage à corps constitué.

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A trois semaines des législatives, les journalistes sont systématiquement et violemment empêchés de couvrir les manifestations hebdomadaires du Hirak, a protesté mardi l’ONG Reporters sans frontières (RSF) dans un communiqué, se disant « extrêmement préoccupée par cette répression croissante et le verrouillage de l’information en Algérie ». Le pays figure à la 146e place (sur 180) du classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF. Pour la première fois depuis le retour du Hirak dans la rue, le 22 février, le rassemblement hebdomadaire des étudiants n’a pas eu lieu mardi à Alger, faute de manifestants. Le ministère de l’intérieur a décidé d’obliger les organisateurs des marches du Hirak, mouvement pacifique et sans véritable leadership, à « déclarer » au préalable les manifestations auprès des autorités, ce qui revient de facto à les interdire. Au moins 127 personnes sont actuellement incarcérées pour des faits en lien avec le Hirak et/ou les libertés individuelles, selon le CNLD.

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