Entendus hier au tribunal militaire de Blida : Tartag, Mediène et Said Bouteflika placés en détention provisoire

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Jusqu’à réception du communiqué et sa diffusion par la télévision publique, image des trois prévenus à l’appui, il était difficile pour les Algériens de concevoir une pareille évolution de la situation politico-judiciaire.

Le juge d’instruction militaire près le tribunal militaire de Blida a ordonné, hier, le placement en détention provisoire de Athmane Tartag, Mohamed Mediène et Said Bouteflika pour «atteinte à l’autorité de l’Armée» et «complot contre l’autorité de l’Etat», indique un communiqué laconique de la Cour d’appel militaire de Blida. «Pour les besoins de l’enquête, le procureur militaire de la République près le Tribunal militaire de Blida a chargé un juge d’instruction militaire d’entamer la procédure d’instruction, et après mise en inculpation, ce dernier a rendu des mandats de placement en détention provisoire à l’encontre des trois prévenus», précise le communiqué, qui sans mettre en évidence la gravité de la situation, suscite des réactions totalement inédites au sein de la scène politique et sociale.
En effet, les arrestations opérées par la justice militaire à l’encontre des généraux Mohamed Mediene, dit Toufik et Athmene Tartag, ainsi que le conseiller de l’ancien président de la République, Said Bouteflika, ont été donc confirmées, hier, de source officielle. Jusqu’à réception du communiqué et sa diffusion par la télévision publique, image des trois prévenus à l’appui, il était difficile pour les Algériens de concevoir une pareille évolution de la situation politico-judiciaire.
Il faut dire que la Cour d’appel militaire de Blida qui a annoncé l’ouverture d’une instruction judiciaire sur des affaires assez graves au regard des chefs d’inculpation retenus contre les trois ex-hauts responsables de l’Etat, entre dans l’histoire de la République comme l’autorité judiciaire qui a emprisonné provisoirement les trois principaux symboles du régime. Il est en effet question de complot contre l’Etat et atteinte à l’autorité de l’armée. Le communiqué de la Cour d’appel militaire de Blida a précisé que les trois mis en cause ont été placés en détention préventive. Les accusations retenues contre les deux généraux et contre le conseiller de l’ancien président de la République, leur font courir un risque de longue période d’emprisonnement. La mise en détention préventive relève, dans ce genre d’affaire, d’une instruction judiciaire qui peut être assez longue. Les trois anciens hauts responsables, dont les rapports n’ont pas toujours été au beau fixe, auront donc à répondre à de très nombreuses questions que posera le juge d’instruction chargé du dossier.
Ce développement très rapide du feuilleton judiciaire, lié au mouvement populaire qui a surgi sur la scène nationale, le 22 février dernier, vient rappeler tout le parcours réalisé par les Algériens qui cueillent, un à un, les fruits de leur mobilisation pacifique. Tout en soulignant la présomption d’innocence dont bénéficient Toufik, Tartag et Said Bouteflika, il est clair, cependant, que la perspective d’un procès est de nature à révéler certaines zones d’ombres, mais également corriger quelques rumeurs distillés sous forme d’information par les réseaux sociaux.
Autant dire que cette semaine débute sur les chapeaux de roue et annonce des jours prochains remplis de «surprises». Car, si sur le plan judiciaire, il semble que les choses évoluent très vite, au plan politique, par contre, force est de constater qu’aucune initiative digne de ce nom ne vient débloquer la situation. Il faut donc espérer qu’après cette accélération, cela amène, sur le plan politique, un début de dénouement que l’ensemble des Algériens souhaitent rapide.
Younes Rahal 

Texte intégral de la Cour d’appel militaire de Blida

  • «Conformément aux dispositions de l’article 11, alinéa 3 du code de procédure pénale, et dans le cadre du strict respect de ses dispositions, M. le Procureur général militaire près la Cour d’appel militaire de Blida porte à la connaissance de l’opinion publique qu’une poursuite judiciaire a été ouverte ce jour, 5 mai 2019, à l’encontre des nommés Athmane Tartag, Mohamed Mediène et Said Bouteflika ainsi qu’à l’encontre de toute personne dont l’implication est établie par l’enquête, pour les chefs d’inculpation d’«atteinte à l’autorité de l’Armée et complot contre l’autorité de l’Etat», des faits prévus et punis par les articles 284 du code de justice militaire et 77 et 78 du code pénal.
    «Pour les besoins de l’enquête, le procureur militaire de la République près le Tribunal militaire de Blida a chargé un juge d’instruction militaire d’entamer la procédure d’instruction, et après mise en inculpation, ce dernier a rendu des mandats de placement en détention provisoire à l’encontre des trois prévenus». Pour rappel, l’article 284 du code de justice militaire stipule que «Tout individu coupable de complot ayant pour but de porter atteinte à l’autorité du commandant d’une formation militaire, d’un bâtiment ou d’un aéronef militaire, ou à la discipline ou à la sécurité de la formation, du bâtiment ou de l’aéronef, est puni de la réclusion criminelle de cinq (5) à dix (10) ans. Il y a complot dès que la résolution d’agir est concertée et arrêtée entre deux ou plusieurs individus. Le maximum de la peine est appliqué aux militaires les plus élevés en grade et aux instigateurs dudit complot. Si le complot a lieu en temps de guerre, ou sur un territoire en état de siège ou d’urgence, ou dans toutes circonstances pouvant mettre en péril la sécurité de la formation, du bâtiment ou de l’aéronef, ou a pour but de peser sur la décision du chef militaire responsable, le coupable est puni de mort».

Source : ouestribune-dz

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