Festival du film amazigh : Aggar prône le sous-titrage


    Le directeur général de la Cinémathèque algérienne, Salim Aggar, a levé le voile sur une bonne partie du monde du cinéma, ce samedi à l’occasion d’une conférence intitulée « 1979 – 2019 : 40 ans de cinéma algérien » qu’il a animée à la maison de la culture Mouloud-Mammeri de Tizi-Ouzou.
    Le conférencier, parfait connaisseur de l’histoire et des mœurs du cinéma mondial, national particulièrement, a déclaré que le cinéma amazigh a connu une avancée considérable tant en nombre qu’en qualité. Salim Aggar considère cependant que beaucoup reste à faire.
    Dans cette perspective, le conférencier a suggéré une nouvelle façon d’aborder le cinéma amazigh pour le faire découvrir sur la scène internationale.
    « Compter seulement sur le ministère de la Culture et l’ENTV pour obtenir des financements pour la réalisation d’un film est une erreur », a-t-il déclaré, pour suggérer ensuite le recours à d’autres voies.
    Sur ce passage bien précis, le directeur général de la cinémathèque a déclaré sans ambages : « Nos gens du cinéma ne maîtrisent pas les concepts des circuits cinématographiques, et ce, tant sur la production elle-même que sur le circuit de distribution. » Le conférencier a cité l’homme de cinéma français, Luc Besson, qui a eu l’intelligence d’incorporer dans ses œuvres cinématographiques des stars mondiales, lesquelles sont garantes de leur succès commercial.
    Mais pourquoi des groupes financiers algériens ne se sont-ils jamais intéressés à la production du cinéma algérien, amazigh particulièrement ? « Il faudrait les convaincre de la rentabilité financière du film après sa sortie ; ce qui n’est pas encore le cas jusqu’à maintenant », a assuré le conférencier. Salim Aggar ira jusqu’à citer l’exemple d’un homme d’affaires libanais qui a eu l’intelligence d’acheter le patrimoine filmique égyptien, estimé à plus de 9 000 films, pour ensuite signer un contrat de leur distribution auprès d’une chaîne de la péninsule arabique. « Aujourd’hui, l’Egypte n’a plus le droit de regard sur ce patrimoine cinématographique », a expliqué le conférencier, ajoutant que le cinéma n’est pas seulement l’art de la maîtrise des techniques y afférentes.
    Cependant, le conférencier reconnaîtra que si le cinéma américain a réussi à sortir des frontières américaines, c’est pour des raisons de maîtrise des techniques.
    Plus loin, il plaidera pour le maintien de la version originale du film concernant le cinéma amazigh. Pour être compris par les cinéphiles étrangers, il faut assurer le sous-titrage et naturellement le sous-titrage doit se faire dans la langue du cinéphile. Revenant aux anciennes productions du cinéma national, kabyle surtout, Salim Aggar a plaidé pour la consultation et la récupération des archives cinématographiques de l’ex-ORTF, ancêtre de l’actuelle ENTV puisque beaucoup de films d’un intérêt certain doivent faire l’objet d’une découverte ou d’une redécouverte par le cinéphile algérien. Le directeur général de la Cinémathèque algérienne a plaidé également pour la création d’un dictionnaire du cinéma amazigh.
    Notons enfin que l’intervention remarquable de Salim Aggar a été suivie d’un débat d’une grande richesse. L’un des intervenants, tous des connaisseurs de la science cinématographique, est Amar Tribèche. Le président du Festival a national du film amazigh a révélé beaucoup de vérités très amères concernant le film amazigh à l’époque où il était presque « prohibé » de s’exprimer ou même de faire référence à tamazight.
    Dans ce contexte, Amar Tribèche a rendu un vibrant hommage à ces cinéastes qui ont eu le courage de braver l’interdit. « Certains personnages, a témoigné l’intervenant, ont usé des biens de leurs familles pour s’investir dans le cinéma amazigh et contre vents et marées ».
    Reprenant la parole, Salim Aggar a révélé que le monde du cinéma, américain notamment, reste verrouillé, et ce pour de multiples raisons dont la principale est de nature financière.