INTIMIDATIONS ET ARRESTATIONS INEXPLIQUÉES Retour aux années de plomb ?

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Ces affaires ont toutes pour dénominateur commun les positions pro-révolution et anti-solution unique et non négociable que les décideurs tentent d’imposer.

Le général à la retraite, Hocine Benhadid, a été placé à nouveau sous mandat de dépôt pour avoir adressé une lettre à Gaïd Salah par voie de presse. Laquelle missive a été publiée dans le journal El Watan. Son auteur suggérait au vice-ministre de la Défense, Ahmed Gaïd Salah, que la solution à la crise ne peut être que politique et l’issue que suggère l’article 102 de la Constitution “ne peut que mener à une situation de blocage”.

La solution ne peut être que politique, elle ne peut, en aucun cas, se trouver dans une Constitution taillée sur mesure par un pouvoir qui refuse toute ouverture démocratique. Aujourd’hui, si la solution constitutionnelle a permis une avancée par le biais de l’activation de l’article 102, vouloir à tout prix rester dans le cadre de cette Constitution ne peut que mener à une situation de blocage politique, annonciateur de tous les dangers”, écrivait Hocine Benhadid dans sa lettre adressée le 25 avril dernier au chef d’état-major.

Dimanche, il a été présenté devant le parquet et placé aussitôt sous mandat de dépôt. Le même jour, l’ancien président du RCD, Saïd Sadi, poste un écrit sur sa page facebook dans lequel il réitère ses positions en faveur d’une solution consensuelle à la crise, au-delà des pistes proposées par le régime et qui conduisent droit, selon lui, vers “l’abîme constitutionnel”. Des positions qui lui ont valu, lui aussi, des menaces et des intimidations, puisqu’il dit avoir été destinataire de “messages à connotation mafieuse, annonçant que mon arrestation imminente est programmée”. Saïd Sadi suggère dans le même post que la secrétaire générale du Parti des travailleurs, Louisa Hanoune, a été probablement emprisonnée pour les mêmes raisons. Dimanche aussi, un militant du “hirak”, habitant de Bordj Bou-Arréridj, qui animait une page sur facebook, a annoncé avoir été kidnappé et agressé par des inconnus aux fins de le contraindre à suspendre son activisme en faveur d’un changement radical du système. Ces affaires ont toutes pour dénominateur commun les positions pro-révolution et anti-solution unique et non négociable que les décideurs tentent d’imposer. Il y a fort à craindre le retour de la pensée unique qui semble vouloir prendre le dessus au détriment du débat démocratique, quitte à étouffer les voix discordantes, afin de faire paraître un semblant de consensus autour de l’unique issue proposée à la crise.

C’est un sujet qui enflamme, car il remet au goût du jour les menaces qui pesaient sur les libertés individuelles et collectives, et qui réduisait — jusqu’ici — le rôle de l’opposition à sa plus simple expression. Ces menaces n’ont jamais été aussi vives et aussi inquiétantes pour l’exercice politique et le débat démocratique. À l’approche de l’élection présidentielle du 4 juillet, présentée par le régime comme étant l’unique solution conforme à la Constitution, la question du renouvellement du système, tel que revendiqué par le peuple, ne semble pas être une priorité puisque, au rythme où vont les choses, seuls les sous-traitants et les clients du régime pourraient être dans les starting-blocks le jour “J”. Preuve en est que dans cette dernière ligne droite avant le début officiel de la campagne, les candidats sérieux pour l’avènement d’une nouvelle ère de gouvernance politique ne se bousculent pas au portillon. Ceux-ci ont opté plutôt pour une solution consensuelle au-delà de ce que suggère l’article 102 de la Constitution auquel s’accrochent les décideurs.

La crainte de voir la pensée unique prendre à nouveau le dessus au détriment de la pluralité est devenue la hantise de la classe politique. Les libertés individuelles et collectives sont à nouveau menacées et les voix discordantes sont carrément interdites, à l’heure où la révolution plaide pour l’avènement d’un État de droit, où ces libertés et où le débat contradictoire retrouveront leurs lettres de noblesse.
Le contraste est saisissant !
Ali Titouche

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