LA SITUATION ÉCONOMIQUE S’AGGRAVE La coûteuse obstination du régime

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L’impasse politique s’éternise alors que les mauvais indicateurs se multiplient tant au plan social qu’économique.

Le refus des décideurs de donner leur consentement à la transition telle qu’exigée par le peuple, dont le départ des figures du régime Bouteflika est la condition sine qua non, ne fait qu’empirer les maux dont souffrait l’économie du pays. En s’agrippant ainsi mordicus à leur feuille de route, qui fait d’Abdelkader Bensalah et de Noureddine Bedoui les managers de cette transition, les décideurs tournent carrément le dos à ce qui doit être la réponse appropriée aux revendications du peuple.

Et le passage vers une nouvelle ère de gouvernance est ainsi remis à plus tard ; un ajournement qui ne fera qu’aggraver les difficultés d’une économie à bout de souffle. Celle-ci a été moins fragilisée par la dégringolade des cours du brut sur le marché mondial que par la passivité dont ont fait preuve les précédents gouvernements qui ont excellé dans l’inaction et les palliatifs qui n’ont fait qu’aggraver le mal. Preuve en est que l’économie ne tient plus qu’à un fil ; la fonte accélérée des réserves de changes et la mise en marche de la planche à billets en sont les indicateurs les plus flagrants. Alors que la situation exige une parfaite légitimité populaire pour que l’on puisse l’attaquer de front, les atermoiements et l’acharnement à maintenir aux postes-clés de la gestion des figures rejetées par le mouvement populaire pourraient encore fragiliser le pays, ébranlé par la faible rentabilité du baril de pétrole et par la gestion catastrophique de l’après-contrechoc pétrolier de 2014. Alors que les difficultés économiques engendrées par un modèle reposant essentiellement sur la rente pétrolière ne datent pas de 2014, mais remontent à bien plus loin. Elles sont même antérieures à l’arrivée d’Abdelaziz Bouteflika au pouvoir en 1999. Sauf que ce dernier n’a fait que brûler la chandelle par les deux bouts, qu’exceller dans la dépense sans retour sur investissement, que favoriser la gabegie et la rapine plutôt que de mettre les énormes recettes engrangées durant les années 2000 au service de la diversification économique. Un énorme gâchis ! Il a fallu que le cours du brut fléchisse pour que l’épargne du pays parte en fumée.

Il a suffi de trois années pour que la planche à billets devienne l’unique issue de secours pour un Trésor en mal de solutions face à ses déficits chroniques, amortis jusqu’au début 2017 par la mobilisation de l’épargne stockée dans le Fonds de régulation des recettes pétrolières. Cette caisse, dont le solde caracolait à plus de 5 000 milliards de dinars début 2014, était pourtant censée servir d’un carnet d’épargne au profit des générations futures. Il a fallu également moins de cinq années pour que le pays perde plus de 114 milliards de dollars sur ses réserves de changes – qui font office d’un certificat de solvabilité du pays. Cette situation est la résultante de l’aggravation des déficits budgétaire et extérieur. Ceux-ci devraient se creuser davantage en l’absence de vraies réponses à la crise, alors que les décideurs actuels semblent clairement sous-estimer la menace de faillite qui pèse sur le pays. Autrement, ils ne s’entêteraient pas à imposer une feuille de route rejetée par le peuple, de surcroît managée par les promoteurs du régime des Bouteflika.

Cette velléité de passer outre la volonté populaire mettrait les prochains gouvernements face à des difficultés insurmontables. Car les solutions à la crise exigent une parfaite légitimité aux prochains gouvernants, étant donné que les chantiers de réformes les plus importants sont les plus sensibles, dont la réforme des subventions, la lutte contre la corruption et la bureaucratie, l’assainissement des finances publiques, le commerce extérieur, etc.
Ali Titouche

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