L’Algérie pourra-t-elle se développer sans ses meilleurs enfants ?

ALGERIE1 – Le phénomène de l’exil des jeunes diplômés vers des terres supposées plus clémentes prend des proportions inquiétantes et pose carrément le problème de la pérennité et de la prospérité à moyen ou long terme de notre nation. Dernièrement, le docteur Mohamed Yousfi, président du Syndicat national des praticiens spécialistes de la Santé publique (SNPSSP) a tiré la sonnette d’alarme sur notamment le sujet de l’expatriation des compétences du secteur de la Santé et a déploré « que l’Etat algérien forme des compétences à coup de milliards pour les laisser partir à l’étranger sans rien faire pour les retenir ».

Selon lui, «l’Algérie a formé en vingt ans 50.000 spécialistes de la Santé et il n’en reste que 14.000 dans le secteur public. La grande majorité des praticiens spécialistes sont partis à l’étranger et d’autres ont rejoint le secteur privé. Les médecins spécialistes de la Santé publique partent en masse à l’étranger parce qu’ils sont marginalisés dans leur propre pays et dans leur propre secteur. Même les femmes médecins sont de plus en plus nombreuses à choisir la voie de l’expatriation. En plus des mauvaises conditions de travail, il y a aussi la malvie. Plus de la moitié des psychiatres fraîchement diplômés quittent le pays.». L’ampleur de la fuite des cerveaux algériens du secteur de la Santé vers l’étranger peut être résumée dans un seul chiffre  : il y aurait environ 15000 médecins algériens exerçant dans les hôpitaux rien qu’en France. 

Mais il n’y a pas que les médecins qui choisissent le chemin de l’exil. Lors d’un débat organisé, il y a quelques années déjà, à la télévision algérienne, le professeur Chems-Eddine Chitour (ancien ministre de la Transition énergétique et des Energies renouvelables) avait dénoncé le fait (et sans que l’Etat ne tente d’y apporter la moindre riposte depuis !) qu’une «ambassade étrangère faisait, chaque rentrée, son marché dans les universités algériennes en accordant des visas d’études à 20 000 étudiants algériens». «Si l’on considère, avait-il ajouté, qu’une (bonne) partie de ces étudiants qui iront étudier à l’étranger, ne reviendront pas, non seulement parce qu’en Europe, ils auront trouvé un environnement plus favorable mais aussi parce que, de ce côté-ci de la Méditerranée, presque rien n’est fait en aval pour les retenir, c’est à chaque fois une perte sèche pour l’Algérie, une saignée à blanc de son potentiel le plus dynamique, une sorte de «hold-up du siècle» de ses meilleurs enfants»

Le pillage (car c’est bien de cela qu’il s’agit !) par les pays nantis d’Europe et d’Amérique du Nord, des cerveaux des pays du Sud a évidemment des effets néfastes sur l’avenir de ces derniers, puisqu’il les prive d’hommes et de femmes capables d’assurer leur développement. En mai 2015, l’ancien ambassadeur de France en Algérie, Bernard Emié, avait révélé à un media algérien que 23 000 étudiants algériens poursuivaient (cette année-là) leurs études en France, ce qui en faisait la troisième communauté estudiantine dans ce pays. Ils représentaient (en 2015) 8% du total des étudiants étrangers inscrits dans les universités françaises».

Il a ajouté ceci : «Nos trois consulats généraux en Algérie traitent les visas étudiants avec un soin particulier et les étudiants ne s’acquittent que de la moitié du prix des frais de visa.»

La France a réduit dernièrement de moitié le nombre de délivrance des visas aux Algériens mais cette mesure coercitive ne concerne pas nos étudiants qui sont toujours les bienvenus dans ce pays. Si les pays riches savent où se trouve leur intérêt, sommes-nous sûrs de savoir exactement où se situe le nôtre ?

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