L’An I du hirak vu par des membres de la diaspora !

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Alors que le mouvement du 22 Février a élevé son niveau, la participation sociale et politique s’exprime en dehors des structures traditionnelles dans le pays. Ce qui n’est pas forcément le cas au sein de la diaspora. Pour rester sur l’exemple majeur de la région parisienne, des formations politiques de l’opposition, toutes tendances confondues, ont joué un rôle important d’organisation et d’encadrement.

Au même titre que leurs compatriotes au pays, les membres de la communauté nationale établie à l’étranger ont bouclé, hier, une année de mobilisation citoyenne pro-hirak avec une nouvelle marche unitaire à Paris (place de la République-place Stalingrad). Il s’agit de la septième du genre en France, sans compter les rassemblements hebdomadaires, ininterrompus depuis le 17 février 2019, et les autres actions organisées en Europe et aux Amériques. Ils ont voulu marquer ainsi, grandiosement et symboliquement, le premier anniversaire de la révolution du 22 Février dans la diaspora.

Cette occasion a été le cadre idéal pour échanger avec quelques animateurs et acteurs du mouvement populaire dans l’immigration et essayer de faire avec eux un bilan annuel qui s’impose. «Je me suis demandé si le 1er novembre 1955, les révolutionnaires algériens s’étaient attablés à une terrasse pour faire le bilan et encore moins fêter un quelconque anniversaire, et pour cause, la révolution n’est pas une fin en soi. Son aboutissement quant à lui est une exigence. Une urgence !» affirme Akila Lazri, médecin et activiste.

Acquis et succès

«Mais puisqu’il faut faire cette analyse pour répondre aux exigences contemporaines, commençons par nos victoires. La révolution a surtout réussi à proposer un projet de convivialité aux Algériens, un nouveau contrat social, en dehors duquel aucune Algérie prospère et apaisée ne peut exister. Il y a aussi l’irruption de la citoyenneté avec la réappropriation de l’espace public. Il s’agit de 12 mois d’éducation civique : accepter, tolérer, désirer même ce polymorphisme tant empêché ; ce barbu qui côtoie la jeune fille en mini-jupe, ce handicapé protégé par cet ancien prisonnier, cette grande-mère et ces jeunes chômeurs, sans incident, sans peur et sans angoisse.

Maintenant, nous pouvons rejeter le statu quo sans pour autant provoquer le chaos», estime la militante féministe. Militant indépendant et tribun incontournable lors des rassemblements dominicaux à la place de la République, Abdou Bendjoudi juge que «la silmiya adoptée au long des 12 derniers mois est l’arme redoutable du hirak, avec laquelle il a neutralisé un régime autoritaire et violent».

Ce pacifisme est le principal acquis, selon notre interlocuteur, car il aurait déclenché «un processus de réconciliation entre les enfants du peuple, où qu’ils soient en Algérie et dans le monde. Il n’y a plus de barrières idéologiques, ni géographiques ni linguistiques.

Ils ont compris que le système a tout fait pendant 58 ans pour les diviser et attiser la haine, s’érigeant ensuite en garant indispensable de la stabilité du pays. Désormais, le niveau de conscience politique est à son maximum. L’Algérien s’est réconcilié avec la chose politique, qui se discute dans les cafés, les universités, les rues et les familles». Alors que le mouvement du 22 Février a élevé son niveau, la participation sociale et politique s’exprime en dehors des structures traditionnelles dans le pays. Ce qui n’est pas forcément le cas au sein de la diaspora.

Pour rester sur l’exemple majeur de la région parisienne, des formations politiques de l’opposition, toutes tendances confondues, ont joué un rôle important d’organisation et d’encadrement. «La force du hirak c’est la richesse de sa diversité, son caractère horizontal et national, voire transnational avec l’admirable implication de la diaspora algérienne.

Naturellement, tout n’est pas encore acquis, mais nous sommes désormais face à une génération de femmes et d’hommes, de tout âges et de toutes conditions, déterminés à ne plus jamais laisser de nouveau sévir le culte de la personnalité, le despotisme, le népotisme et la privation de libertés», assure Zoheir Rouis, président de Jil Jadid Europe.

Quant à Mohand Yacoub, l’un des responsables du FFS immigration, il considère que l’un des succès de la révolution du 22 Février c’est d’avoir «réussi à ressusciter chez le peuple le sens du dialogue et l’action unitaire, en Algérie et dans la diaspora, lui permettant de retrouver l’espoir d’un avenir démocratique. Le peuple a repris l’initiative et se réapproprie peu à peu l’espace public. La voie est toute tracée pour une nouvelle ère, dans la mesure où le mouvement maintient le cap de la rupture radicale et agit en faveur d’une véritable transition démocratique».

Malgré des critiques acerbes, lui reprochant notamment de véhiculer les thèses idéologiques du FIS, le parti non agréé Rachad a fini par trouver sa place parmi le groupement d’organisations politiques et associatives animant le hirak dans la diaspora algérienne en Europe. Yahia Mekhiouba, l’un de ses cadres en France, se réjouit que «le hirak a permis de casser le mur de la peur érigé depuis plus de 20 ans et imposé à la rue algérienne.

La preuve, c’est le retour de la femme sur la scène militante en force dans toutes les villes du pays ; la réappropriation de notre histoire, de la Révolution de Novembre 1954 et des martyrs par les jeunes générations ; le fait d’imposer les véritables sujets de débat politique autour, à l’instar de la primauté du civil sur le militaire».

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Source article : elwatan.com

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