Le Blé, l’ingrédient de la nouvelle guerre économique qui oppose la France à la Russie en Algérie

La France et la Russie se livrent à une véritable guerre économique en Algérie. Et l’objet de cette guerre s’appelle.. le Blé ! En effet, l’Algérie a manifesté officiellement son intérêt pour acheter du blé russe alors qu’elle est fut pendant presque toujours un marché traditionnel français. 

Les producteurs français tirent la sonnette d’alarme et craignent de perdre le marché algérien, “leur premier débouché à l’exportation, avec près de la moitié des épis expédiés hors de l’Union européenne”, comme le rappelle si bien le prestigieux quotidien français Le Monde qui vient de publier les analyses de plusieurs experts français à propos de cette cruciale question du blé algérien.

Le blé russe va-t-il conquérir les fournils algériens ? A cette question, Pierre Duclos, président d’Agri Trade Consulting, répond clairement dans les colonnes du mode par une phrase laconique mais ô combien significative : “A court terme, je n’y crois pas”.

Ceci dit, le même spécialiste français reconnaît que le blé français est en danger en Algérie car le blé russe “jouit d’un avantage de taille, un prix actuellement d’environ 20 dollars (environ 17 euros) la tonne moins cher, soit 8 % à 10 %, ce n’est pas négligeable”, décrypte-t-il.

Le blé russe est, certes, moins cher, mais il n’est pas encore de meilleure qualité par rapport au blé français. De l’avis de plusieurs experts et spécialistes, le blé russe n’est pas encore aussi bien nettoyé que le blé français. Et actuellement, le cahier de charges des autorités algériennes fixe des normes qui privilégient nettement la qualité du blé français.

“Il y a une autorisation maximale de 0,10 % [de grains punaisés] dans le cahier des charges de l’OAIC et les blés russes sont en général entre 0,50 et 0,70 %, alors qu’ils étaient par le passé plutôt entre 1 % et 1,50 %”, explique  Pierre Duclos à l’AFP.  “La distance qui séparait les qualités s’est en quelque sorte réduite. Est-ce que c’est une tendance durable ou la conjonction d’événements passagers ? On n’en sait trop rien “, détaille-t-il encore.

Pierre Duclos a révélé également que la délégation algérienne dépêchée récemment à Moscou avait pour mission de poser “un diagnostic plus précis sur la qualité russe” afin de de répondre à une visite des Russes au printemps. Et cette perspective pourrait mettre la pression sur les producteurs français. Pierre Duclos écarte, pour le moment, l’hypothèse selon laquelle l’Algérie pourrait revoir son cahier des charges à la baisse. « L’OAIC et le gouvernement algérien ont plus intérêt à attendre que le progrès qualitatif permette aux blés russes de rentrer dans leur cahier des charges, plutôt que de prendre le risque d’avoir un retour médiatique sur une modification de leur cahier des charges vers le bas », estime-t-il.

Quoi qu’il en soit, la France prend très au sérieux la menace russe. Et le secrétaire d’Etat au commerce, Jean-Baptiste Lemoyne, a annoncé qu’il se rendrait au premier trimestre 2019 en Algérie pour plaider la cause de la filière céréalière française. La bataille qui opposera donc la France à la Russie sera rude et promet des rebondissements.

Il faut savoir enfin que la facture d’importation des blés (tendre et dur) représente généralement plus de 65% des importations des céréales de l’Algérie. Notre pays a importé de l’Europe une quantité de 2,4 millions de tonnes de blé tendre durant les six mois de la campagne 2017-2018 contre 2,9 millions de tonnes de blé tendre durant les six mois de la campagne 2016-2017, indiquent des données des services douaniers français. 

la facture d’importation des céréales (blé, maïs et orge) a chuté à 2,71 milliards de dollars en 2016 contre 3,43 milliards de dollars en 2015, soit un recul de l’ordre de 720 millions de dollars (-21,02%) selon le Centre national de l’informatique et des statistiques des douanes. Le CNIS précise que les quantités importées, ont connu une légère baisse en s’établissant à 13,22 millions de tonnes, contre 13,68 millions de tonnes, en diminution de seulement 3,3%.

La facture d’importation des blés (tendre et dur) est passée à 1,79 milliards de dollars en 2016, contre 2,39 milliards de dollars en 2015 soit une baisse de 25,3%, pour des quantités ayant atteint 8,22 millions de tonnes, contre 8,5 millions de tonnes, soit -3,3%. Les importations des céréales a baissé davantage en raison « du recul de leurs cours sur les marchés mondiaux », que par la baisse des quantités importées. Le marché algérien reste donc incontournable et représente une importante manne financière en devises.

Notons en dernier lieu que l’Algérie a longtemps fait partie des 4 plus grands importateurs de blé à travers le monde. D’après la carte mondiale 2017-2018 des importateurs/exportateurs de blé qui vient d’être publiée par le cabinet américain ArgoChart, l’Algérie arrive même à la 3e place sur le podium des plus grands pays importateurs de blé dans le monde. Elle est devancé uniquement par l’Egypte et l’Indonésie, deux grands pays énormément peuplés.

Ce cabinet américain, éditeur spécialisé de statistiques mondiales d’importations et exportations de blé, a rendu public en 2017 la nouvelle carte qui donne une vue d’ensemble sur les prévisions mondiales de production, d’importation et d’exportation du blé durant la campagne céréalière 2017-2018.

A la tête des gros importateurs on retrouve une nouvelle fois l’Egypte, un des pays grands consommateurs de blé qui a importé cette année 12 millions de tonnes (MT) de blé, suivie de l’Indonésie avec un volume de 9,5 MT et de l’Algérie (8 MT) en troisième place.


Source : Algerie-part

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