Le fusible n’a pas sauté

Le fusible n’a pas sauté

Par Saadeddine Kouidri – Dans un post sur les réseaux sociaux, nous avions qualifié la candidature de M. Ali Ghediri à la présidentielle du 18 avril de fusible. Le 11 mars, c’est toute l’installation qui a été débranchée. Le fusible dans ce cas reste intact. La rue peut l’utiliser si un jour elle le jugera utile.

Toute la presse a relaté les aberrations de Bouteflika écrites par ses hommes à la nation. Il n’était pas candidat pour un 5e mandat, écrit-il, et donc forcément, il se hâte à mettre fin à la Haute instance indépendante de surveillance des élections qui est la cause principale de son retour de Suisse pour signer la fin de cet appareil administratif avant le 13 mars, date limite de l’officialisation des candidatures. La main d’un grabataire ne pouvant se saisir d’un petit objet en porcelaine, il décide de la dissolution de toute l’installation, sa HIIS, et passe au 5e mandat sans élections.

Les jeunes et tous ceux qui les ont rejoints dans les marches depuis le 22 février font la révolution dont le leitmotiv est le changement qui doit, disent-ils, commencer par le refus du 5e mandat, et celui qui l’a porté pendant 20 ans et plus, c’est-à-dire le système. Si le premier point a été shunté, le second mérite qu’on s’y attarde. Chacun de nous a une définition de cet objet mal défini qui se caractérise par l’opacité. Comme une rivière, il a pris sa source dans la politique quand elle était totalement secrète. Le secret n’était imposé que comme une arme contre l’infiltration de l’ennemi dans les rangs du FLN-ALN. La tendance à apprendre des vainqueurs et le FLN-ALN est synonyme de victoire. De toute leur stratégie, les opportunistes n’ont retenu d’eux que le secret. Aujourd’hui, pour les démasquer, il suffit donc d’appliquer juste la transparence. Comme on voit, la différence entre eux et nous est facile à faire.

La deuxième chose qui caractérise le système est l’inégalité. Le 22 février, les jeunes étaient égaux, les filles et les garçons étaient ensemble.

La troisième est dans l’invocation du bismillah par ces gens qui l’ont répandu à toutes les sauces et surtout à l’ouverture des réunions politiques et syndicales. C’est à se demander s’ils connaissent toujours sa signification. Il semble avoir perdu son sens comme d’autres paroles d’engagements formulées en termes religieux alambiqués. Lors des réunions politiques ou syndicales, les séances et les discours se font au nom de Dieu. C’est là une des marques du système.

Il y en a d’autres mais avant de m’arrêter, je dois juste rappeler que la croyance est dans la foi et la foi est strictement privée, personnelle. Dès qu’elle est exhibée, c’est la catastrophe.

Si la deuxième République traînerait ne serait-ce qu’une de ces pratiques, on rentrerait de plain-pied dans la contre-révolution.

Les innombrables mensonges qui se sont infiltrés par mithridatisation depuis des décennies ne peuvent être balayés par un revers de main. Effectivement, et pour illustrer, je donne un autre exemple pour dire que la révolution est synonyme de vérité. La vérité fait la distinction entre la politique bourgeoise et la politique du peuple. Un marqueur utile en politique. Il existe chez nous un ministère des Moudjahidine. Tout le monde sait qu’ils sont plus nombreux aujourd’hui que dans la période de la lutte de Libération. Le système les a qualifiés de moudjahidine alors qu’ils étaient au temps de la lutte qualifiés de révolutionnaires, de thaouriyine. On constate que la guerre des mémoires nous est faite non seulement par les historiens et intellectuels des anciens maîtres de la colonisation, mais aussi par les tard-venus que nourrit ce système en sus des étrangers à la Révolution et les nostalgiques de la colonisation. Encore une distinction facile à faire entre la première et la deuxième Républiques.

D’autres ajouteront des distinctions à faire entre ce que nous vomissons et ce que nous souhaitons.

Dans les réseaux sociaux circulent des propositions de noms de dinosaures pour gérer la transition. Ceux qui parlent de ces dinosaures oublient que les novembristes avaient l’âge de ces jeunes du 22 février. Sur les médias, suite au rappel de l’âge des novembristes, on me réplique que Zéroual est plus jeune que Brahimi. Voilà une réponse de quelqu’un qui n’a pas encore perçu le changement. Il est urgent de percevoir le changement qui est la première condition de la vigilance et qui relève en ces jours mémorables de la responsabilité de toutes et de tous.

De plus, il ne s’agit pas encore de placer des hommes et des femmes, mais de dialoguer encore et encore sur les options politiques jusqu’à planter ensemble des repères minimums que doivent respecter tous les candidats à la présidentielle, toutes tendances confondues. Un minimum, pour ainsi dire, qui fasse le distinguo entre la première et la deuxième Républiques.

Il faut rappeler que le maintien des élections est une exigence à la stabilité du pays. Son report, s’il est maintenu, ne peut être que d’une très courte durée car, à la fin du mois d’avril, il y aura une absence d’autorité légale en Algérie. J’espère que ce vendredi 15 mars nous serons nombreux à la place Audin et partout dans le pays et aussi là où il y a des concitoyens et leurs frères démocrates, là où le pays traverse le monde, à exiger des élections avec un programme minimum de transition à cette deuxième République démocratique, sociale et laïque.

S. K.

Source : algeriepatriotique

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