Le limogeage du PDG de Sonatrach accentue les inquiétudes à l’étranger

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Le limogeage du PDG de la compagnie nationale, Abdelmoumen Ould Kaddour, a fait l’effet de douche froide sur les espoirs des observateurs internationaux quant à la capacité de l’Algérie à réformer le secteur des hydrocarbures, rapportent plusieurs médias dont l’influent Financial Times.

« L’Algérie a été plongée dans une plus profonde incertitude après que le patron du géant étatique Sonatrach a été licencié, affaiblissant les espoirs de réformes dans le secteur des hydrocarbures vital pour le pays », écrit le Financial Times, qui cite plusieurs analystes du secteur de l’énergie.

Le limogeage d’Ould Kaddour a notamment été considéré « énorme » par Riccardo Fabiani, analyste chargé de l’Afrique du Nord pour le cabinet de consulting londonien Energy Aspect. « Ould Kaddour était vu comme faisant partie de la clique de Bouteflika. [Gaïd Salah] est en train d’essayer de dire aux gens « nous sommes en train de faire le ménage, donc vous n’avez pas besoin de continuer à manifester. Allons vers des élections et passons à autre chose » », a analysé Fabiani.

Un sentiment partagé par Anthony Skinner, directeur au cabinet de consulting londonien Verisk Maplecroft, qui considère qu’Ould Kaddour sert de « bouc émissaire » et que son limogeage est « une mauvaise nouvelle » pour les compagnies internationales qui vont désormais regarder de près pour voir le degré du « remaniement » dans le secteur.

« Ould Kaddour était habilité à décider car il était proche de Bouteflika donc il avait le capital politique nécessaire », a par ailleurs expliqué Riccardo Fabiani. « Le nouveau venu ne sera jamais suffisamment fort, tellement de projets vont être bloqués. Toute nouvelle mesure telle que la nouvelle loi fera l’objet d’un examen minutieux et il y aura un rejet de tout ce qui pourrait être interprété comme une privatisation ou la vente des ressources de pétrole et gaz », a-t-il estimé en outre, notant que Sonatrach a été « coincée dans une série sans fin de remaniements » avec sept PDG dirigeant la compagnie nationale en neuf ans, principalement pour des raisons politiques.

Selon le Financial Times, l’Algérie « peut difficilement se permettre de prendre du retard dans la réforme de son secteur des hydrocarbures. Elle doit s’attaquer à des problèmes telles que la baisse de sa production causée par le vieillissement de ses champs pétroliers ou encore l’augmentation de la demande intérieure pour le gaz naturel qui pourrait réduire sa capacité à exporter ».

Une analyse similaire de la situation a également été effectuée par le site spécialisé Oil Price, qui estime que « l’avenir du secteur énergétique algérien s’est quelque peu assombri lorsque le président par intérim a viré le PDG de Sonatrach et l’a remplacé par le directeur jusque-là chargé de l’exploration et de la production ».

« Le changement à la tête de la compagnie algérienne n’avait rien à voir avec la façon dont Ould Kaddour gérait la compagnie. Il avait tout à voir avec sa proximité au cercle allié de l’ex-président algérien », explique la même source

« Les chances de voir les compagnies étrangères revenir en Algérie sont minces jusqu’à ce que la situation s’éclaircisse. Exxon, BP et Equinor ont tous mis un frein à leurs plans d’investissements dans le pays dans un contexte d’escalade des manifestations au cours des deux derniers mois », affirme Oild Price, qui indique que « Exxon était sur le point de signer un accord préliminaire pour une joint-venture avec Sonatrach dans les prochains mois ».

« BP est présent de longue date en Algérie, de même que le norvégien Equinor, et tous deux avaient de nouvelles intentions d’investir qui pourraient désormais être mises en attente », précise Oil Price.

tsa

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