Le ministère de la Justice recourt à la force publique

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Confronté à la détermination des magistrats qui poursuivent leur débrayage depuis près d’une semaine, le ministère de la Justice choisit la manière forte. Il veut imposer, y compris par la force, l’installation des nouveaux magistrats désignés lors du dernier mouvement opéré par la chancellerie et rejeté par le Syndicat national des magistrats.

Alors que les juges ont organisé un sit-in de protestation devant la Cour suprême, le département de Belkacem Zeghmati veut installer, y compris par la force, les nouveaux magistrats nommés lors du dernier mouvement. Dans une correspondance adressée par le ministère de la Justice aux présidents de cour du pays, dont Liberté détient une copie, il est clairement demandé que “tous les moyens légaux” devaient être employés pour l’installation des nouveaux fonctionnaires.

Le document précise que cette décision a été prise suite “au refus illégal” de “certains juges” de reprendre le travail. Un aveu franc : la grève des magistrats a réussi à paralyser toutes les structures judiciaires du pays. Joignant l’acte à la parole, le ministère de la Justice a mobilisé la force publique pour imposer l’installation de plusieurs procureurs et présidents de cour. C’est le cas à Sidi M’hamed, à Alger, où selon des images diffusées sur les réseaux sociaux, la police avait d’abord évacué une salle avant de procéder à l’installation du nouveau procureur.

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La même scène s’est répétée au tribunal d’Hussein-Dey, à Alger. De leur côté, les magistrats continuent leur débrayage. Jeudi, ils ont organisé un sit-in devant la résidence des magistrats, située à Ben Aknoun, à quelques encablures de la Cour suprême. Ils ont notamment scandé des slogans hostiles au ministre de la Justice et réclamé une justice indépendante. Une occasion pour le président du Syndicat national des magistrats de rappeler les revendications de sa corporation.

“Chacun doit être mis devant ses responsabilités”, a affirmé Issad Mabrouk, qui appelle la presse à “évoquer également” ceux qui “ont fait preuve de courage” dans l’application de la justice, allusion aux jugements rendus par certains tribunaux où des militants du mouvement populaire ont été libérés.

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Pour tenter de dénouer la crise, le ministre de la Justice tente une manœuvre. En plus d’annoncer la programmation d’une réunion extraordinaire du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) pour la fin du mois en cours, il a demandé aux présidents de cour de “recevoir” les demandes des juges qui contestent leur nouvelle affectation.

Une manière pour lui de tenter de détendre l’atmosphère. La publication, la semaine dernière, de la liste des juges concernés par le nouveau mouvement dans le corps des magistrats a mis le feu aux poudres. Le Syndicat national des magistrats conteste cette décision, annoncée au nom du CSM, et demande à être associé à tout mouvement opéré dans le secteur.

Ali Boukhlef

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