Le vendredi de la confirmation

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Il est hasardeux de penser que le peuple, qui s’est réapproprié son droit à l’expression publique, puisse renoncer à ses revendications par lassitude.

à la veille du 13e vendredi de l’insurrection populaire contre le régime, les paris sont à nouveau lancés. La mobilisation de rue sera-t-elle plus intense ou relativement émoussée comparativement aux semaines précédentes ? Les effets du jeûne dissuaderont probablement des citoyens de sortir crier haut et fort leur ras-le bol d’un régime qui confisque autant les richesses du pays que les libertés jusqu’à spolier tout un peuple de sa souveraineté. Des dizaines de milliers d’irréductibles braveront, toutefois, la faim et la soif et battront, encore ce vendredi, le pavé. Il ne peut en être autrement. Les étudiants, aiguilleurs du mouvement citoyen, ont montré la voie à suivre, ce mardi. D’autant que les potaches ont réussi une véritable démonstration de force en parvenant à atteindre des cibles aussi symboliques que le siège de l’Assemblée populaire nationale et le tribunal de Sidi M’hamed, malgré un dispositif sécuritaire musclé. La rue gronde, certes, depuis plus de deux mois, sans atteindre encore ses objectifs fondamentaux, soit le départ de toutes les personnes ayant participé à l’édification de l’empire Bouteflika ou gravité autour pour l’alimenter. Le régime résiste, ruse, manœuvre en mettant à contribution des relais embusqués dans l’opposition politique et au sein du mouvement citoyen. Il cherche l’essoufflement du “hirak”, l’épuisement et le découragement chez ceux qui ne voient pas encore le bout du tunnel. Le temps joue-t-il en faveur des Algériens insurgés ou pas ? Les marches du vendredi suffisent-elles à ébranler un système à la peau dure ? “Les Algériens ne rentreront pas chez eux avant la chute du régime. Aujourd’hui, la force du mouvement est telle que le pouvoir n’a d’autre choix que de plier”, a tranché, catégorique, le sociologue Nacer Djabi, hier, dans des déclarations à Liberté. Il serait hasardeux, en effet, de penser que le peuple, qui s’est réapproprié son droit à l’expression publique et qui a pris conscience de son pouvoir à forger par lui-même son destin et celui de son pays, puisse renoncer à ses revendications par lassitude.

“Le travail bien fait prend du temps”, dit l’adage populaire. Les Algériens se sont cantonnés, pendant des années, dans une attitude passive. Ils ont subi le 4e mandat sans broncher. Ils se sont accommodés patiemment d’un chef d’État usé par la maladie, totalement absent. Ils ont observé, en silence, des hommes et des femmes, dans les institutions de l’État,  des entités politiques ou des organisations de masse entretenir à outrance le culte de la personnalité, puis celui de son cadre. Les uns ont exprimé leur opposition au régime dans les stades, d’autres dans des blogs, des communiqués ou des conférences de presse. Chacun de son côté, jamais ensemble, jusqu’à ce fameux 22 février 2019, le jour où la contestation a pris la forme d’une révolution. Aucun rendez-vous du vendredi n’a été manqué depuis cette date. Dans l’intervalle, la société civile s’organise, par corporations d’abord, puis par secteurs d’activité et, dernièrement, sous forme de forums citoyens animés sur la voie publique et par une effervescence sur les réseaux sociaux. Les Algériens parlent entre eux de leur avenir politique, du mode de gouvernance qu’ils souhaitent… d’une alternative démocratique tout simplement. Jusqu’alors, ils parviennent à transcender les clivages régionalistes, idéologiques ou sexistes et désamorcent les pièges du pouvoir en place. Ce vendredi, acte XIII, ils seront très nombreux dans les rues à scander l’incontournable slogan “Yatnahaw gaâ”, auquel se grefferont des mots d’ordre adaptés à l’actualité de la semaine.

 

Souhila H.

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