Les dirigeants algériens plus sensibles aux sirènes de l’étranger

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Un article paru hier dans la prestigieuse revue britannique « Financial Times » (01) sur la situation de l’Algérie a créé un tollé sur les réseaux sociaux, repris et traduit par des journaux en arabe et en français et dit-on même a fait l’objet d’une discussion « chaude » dans les coulisses de Club-des-Pins où vient juste de s’achever une rencontre de haut niveau entre le président et son gouvernement avec les 48 walis et les élus locaux.

Le titre de l’article signé par un célèbre économiste, professeur /chercheur au King’s College  e Londres et dirige un laboratoire d’idées très réputé pour la pertinence de son analyse et jouit d’un aura dans le monde auprès des sociétés pétrolières et des bailleurs de fonds est «New Head of Sonatrach is an opportunity of Algeria » (une nouvelle tête à Sonatrach est une opportunité pour l’Algérie).

L’analyste n’est pas passé par 36 chemins pour  exprimer son pessimisme sur la situation de l’Algérie pour la lier au sort de Sonatrach et surtout sur les épaules du nouveau PDG. Sur le fond, rien n’a été révélé par ce chercheur qui ne l’a pas été fait tous les jours par les experts Algériens dans la presse, les médias lourds et les différents forums universitaires Mais Nick Butler a excellé dans la transmission de deux messages d’une manière politiquement correcte aussi bien pour les dirigeants de l’Algérie que leurs partenaires européens.

Le premier message : si l’Algérie tombe, l’approvisionnement de l’UE en gaz tombera 

Etant anglais faisant partie d’un pays qui vient de quitter l’Union européenne (UE), il a adressé aux locataires de Strasbourg un message fort pour se montrer attentif à ce qui se passe en Algérie et d’épauler le pays pour sortir de sa crise multidimensionnelle y compris l’aspect sécuritaire avec ses frontières malienne et libyenne. Son analyse semble en phase avec celle qui définit l’Algérie comme un fournisseur fiable de gaz pour les pays européens.

L’Algérie depuis la prise en main de son secteur pétrolier, n’a cessé d’adopter une politique commerciale sage vis-à-vis de ses clients. Elle sait parfaitement séparer le commerce du gaz de la politique. Ce n’est pas le cas de ses concurrents comme la Russie ou le Qatar qui ne rate pas l’occasion d’utiliser cette relation comme un tremplin pour un dessein politique. L’exemple de la Pologne, celui de l’Ukraine, l’offensif des qataris pour casser les prix pour s’emparer du marché français sont édifiants. La Pologne par exemple préfère exploiter le gaz de schiste à 11 millions de dollars le puits pour ne pas subir le diktat de Poutine qui vise sa souveraineté en lui vendant du gaz  3 fois moins cher.

L’Algérie a toujours satisfait aux clauses de ses contrats commerciaux et a montré sa disponibilité durant l’hiver très rude 2016 à fournir des quantités de gaz supplémentaires à son client français Engie alors qu’elle l’aurait pu le vendre au marché « spot » à 11 dollars le million de BTU.

Mais c’est le seul pays de la rive méditerranéenne visé par des lobbys pour brouiller sa relation avec les l’UE, institution convaincue de sa fiabilité et le préfère à ses concurrents. En 2007, après la visite du président français de l’époque Nicolas Sarkozy qui est reparti de l’Algérie avec des contrats de plus de 5 milliards d’euros, il était même question que Sonatrach créerait sa propre société dans des pays européens pour s’intégrer dans la commercialisation directe de son gaz. Mais ces lobbys ont influencé la commission européenne de l’énergie pour la bloquer.

Le 2ème message : Sonatrach c’est l’Algérie et l’Algérie c’est Sonatrach

C’est un slogan, cher au professeur Abderrahmane Mebtoul qui n’arrête pas de le lancer depuis le début de cette décennie. Il a été repris plus tard par de nombreux observateurs, spécialistes et experts (02). Nick Butler le dit d’une manière crue «  Si le nouveau PDG de Sonatrach échoue dans ces tests, l’Algérie pourrait entrer dans la spirale du déclin avec une baisse des revenus, un exode accéléré des talents et des risques sécuritaires induits par les troubles civils ». En termes simples, il montre au nouveau pouvoir en place, l’indicateur principal du tableau de bord qu’il faille surveiller : Sonatrach. La crédibilité économique, sociale et politique  de l’Algérie se mesure par les performances et la santé de Sonatrach.

En effet, Sonatrach était, elle est et elle le restera probablement pour plusieurs années encore la locomotive du développement économique algérien. Elle est un réservoir d’emplois, elle contribue à plus de 70% du budget de l’Etat et finance par ses exportations plus 95% des besoins économiques et sociaux. Pendant que les experts rêvent de diversification et d’une alternative aux hydrocarbures, les lobbies ancrent leurs ventouses à l’intérieur même du mastodonte dont le seul objectif est de l’affaiblir pour justifier sa privatisation. Tous les pays ont compris cela sauf les décideurs algériens eux-mêmes

L’Algérie a bien maintenant un pilote dans l’avion mais pas de personnel navigant

 Légitime ou pas, le nouveau président de la république en à peine un mois affiche clairement sa volonté d’aller vers cette 2éme république dont peu connaissent les contours exacts. Mais du témoignage même des voisins tunisiens en 1/5ème de temps, il a occupé le terrain aussi bien intérieur qu’extérieur que son  collègue tunisien qui a plus de 100 jours.

Il se trouve désormais que ceux qui l’assistent « ne savent pas par quelle main tenir le vent d’un gâchis de 20 années de gabegie » pour employer l’expression du porte parole même du gouvernement qui était ce matin l’invité de la rédaction de la chaîne 3 et partant, identifient mal leur priorité. De nombreux ont crié à l’hypocrisie des larmes de certains responsables lors de la projection de cette fameuses vidéo  spécialement pour montrer la misère de l’Algérie profonde a ceux qui ont l’habitude de balayer juste devant leurs portes et oublient le reste. Pourquoi pas ce ne soient pas les larmes d’une émotion qui manifeste pour la première fois dans l’Algérie indépendante le poids que ces responsables auront à l’avenir à supporter sur leurs dos.

Alors ils n’ont pas changé de méthodes. Il développe avec la population un discours basé sur des sujets bateau comme les libertés collectives et individuelles, la voiture électrique, le retour de Desertec, gaz de schiste, offshore  pour ne citer que ceux là. Or, pour l’industrie par exemple des milliers de dossiers d’investissements croupissent dans les tiroirs des 48 Calpiref et qui sont susceptibles de drainer des capitaux et des emplois. En ce qui concerne l’énergie, sujet qui nous concerne, depuis plus d’un mois le prix du baril du Brent de la mer du Nord proche du Sahara Blend n’a pas dépassé le toit des 57 dollars et atteint au plus bas 53,11 dollars le baril.

Automatiquement, cela a fait grimper le déficit qui a atteint 6,1 milliards de dollars en 2019 et verra avec l’application du programme présidentiel basé sur 54 promesses dont la plupart immédiates comme le pouvoir d’achat et les logements et si rien n’est entrepris pour remédier à cette situation, ce déficit se creusera. Le premier ministre a  annoncé déjà devant les députés que les réserves de change vont passer à fin 2020 de 62 milliards de dollars à 50 milliards de dollars.

Si l’on se réfère au rapport de l’OPEP du mois de février (03), l’Algérie a déclaré la baisse de la production pétrolière qui a atteint fin janvier 10000 barils /jours alors qu’elle était à fin décembre la moitié soit 5000 barils/jours. La moyenne annuel pour 2019 a atteint 27000 barils /j. Qu’est-ce qui est prévu donc pour arrêter ce déclin qui accentue le déficit de la balance commerciale ?

R. R.

Source article : lematindalgerie.com

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