L’intelligentsia française : hier comme aujourd’hui, chien de garde de l’ordre établi (1)

L’intelligentsia française : hier comme aujourd’hui, chien de garde de l’ordre établi (1)

Par Mesloub Khider – «Oui, Messieurs, c’est la guerre entre les riches et les pauvres : les riches l’ont voulu ainsi ; ils sont en effet les agresseurs. Seulement ils considèrent comme une action néfaste le fait que les pauvres opposent une résistance. Ils diraient volontiers, en parlant du peuple : cet animal est si féroce qu’il se défend quand il est attaqué.» (Louis-Auguste Blanqui, 1805-1881).

Décidément, l’histoire bégaie. Et l’intelligentsia rote toujours autant bruyamment son mépris du peuple. Vomit toujours avec autant de répulsion sa haine contre les classes laborieuses, particulièrement en cette période de soulèvements populaires. Les intellectuels, ces parasites à la plume élitiste vénale, n’ont d’autre utilité sociale que de tresser des lauriers à leurs maîtres (les classes dirigeantes) et de se dresser avec hargne contre le peuple.

Avec la révolte du mouvement des Gilets jaunes, les médias et les intellectuels, ces voix de leurs maîtres, dévoilent, avec des aboiements rhétoriques emphatiques et dans un lexique mordant pour le peuple et léché pour les puissants, leur rôle de «chien de garde» de l’ordre établi. Leur aversion invétérée du peuple. Leur propension pavlovienne à se mettre au service des classes dominantes.

Depuis deux mois maintenant, journalistes et intellectuels se livrent à une surenchère de propagande haineuse contre le mouvement gilets jaunes, rivalisant d’ingéniosité pour les dénaturer, discréditer, insulter. Pour distiller contre eux les pires calomnies.

Dernière ingénieuse initiative portée par le milliardaire sioniste Bernard-Henri Lévy : publier une tribune au titre évocateur : «L’Europe est en péril». En termes moins hypocrites, le capitalisme est en péril. En défenseur invétéré du capital, dans ce texte, ce plumitif de salon s’alarme de l’émergence des populismes, autrement dit, des mouvements sociaux en lutte en Europe, notamment le mouvement des Gilets jaunes, dédaigneusement catalogué de raciste, antisémite, homophobe. Dans sa croisade contre les mouvements populaires «antisystème», le sieur BHL a débauché une trentaine d’écrivains célèbres pour mener son opération de propagande et de calomnie contre les peuples révoltés. Conduits par ce calamiteux philosophe à la pensée ruisselant de sang vampirique et nourrie d’activités macabres sur fond de fructueuses opérations financières, ces littérateurs appellent à se mobiliser contre la «vague» populiste qui menace l’issue des élections de mai prochain. Autrement dit, qui menace la stabilité des privilégiés de l’Europe.

Plus récemment, dans l’émission de télévision «On n’est pas couché», BHL a fustigé le mouvement des Gilets jaunes, qualifié de «mortifère» le mouvement et ses défenseurs de «populistes qui sont les profiteurs du désespoir, de la misère, pour casser la République et s’en prendre aux institutions». Traduction : s’en prendre au capitalisme.

Face aux Gilets jaunes, les porte-parole de la bourgeoisie se sont unis dans un front commun pour les fustiger, les qualifier de racistes, de fascistes, d’homophobes, de factieux. Mais aussi d’idiots : «Gilets jaunes : la bêtise va-t-elle gagner ?», se demande Sébastien Le Fol dans Le Point (10 janvier). Un autre intellectuel domestiqué, journaliste de son Etat, déclare sur la chaîne du pouvoir, BFM TV : «Les vrais Gilets jaunes se battent sans réfléchir, sans penser.» Son confrère du Figaro Vincent Trémolet a écrit, le 4 décembre : «Les bas instincts s’imposent au mépris de la civilité la plus élémentaire.»

Voici quelques autres perles journalistes vomies par ces plumitifs de service dans leurs périodiques respectifs : «Mouvement de beaufs poujadistes et factieux» (Jean Quatremer), dirigé par une «minorité haineuse» (Denis Olivennes) s’apparentant à un «déferlement de rage et de haine» (Le Monde) dans lequel des «hordes de minus, de pillards, rongés par leur ressentiment comme par des puces» (Franz-Olivier Giesbert) libèrent leurs «pulsions malsaines» (Hervé Gattegno)…

Ainsi, à l’occasion du surgissement de ce mouvement de masse des Gilets jaunes, l’intelligentsia a dévoilé sa véritable fonction d’auxiliaire intellectuelle servile de la classe dominante. Journalistes, intellectuels et membres de la classe dominante, toute cette mafia officielle, se sont ligués pour pilonner le mouvement jaune. Les journalistes, à coups de projections informatives insidieusement anti-mouvement Gilets jaunes ; le pouvoir, à coups de projectiles balistiques handicapants ; les intellectuels, à coups de projets de mobilisation de l’armée et de l’incitation de la police à user de leur arme contre les Gilets jaunes.

Au demeurant, un autre intellectuel, Luc Ferry, frère d’arme de BHL, professeur de philosophie et ancien ministre, a défrayé la chronique en sommant la police à faire usage de ses armes. Luc Ferry a demandé à la police de tirer à balles réelles contre les Gilets jaunes lors des manifestations. «Qu’ils se servent de leurs armes une bonne fois, ça suffit», a-t-il déclaré lors d’une émission radiophonique intitulée «Esprits libres»… Cela ne s’invente pas. Esprits libres… de massacrer le peuple quand il se révolte contre son esclavage ! Mais aussi en exhortant l’armée à intervenir contre le mouvement des Gilets jaunes. Autrement dit, à écraser dans le sang ce mouvement. «On a la quatrième armée du monde, elle est capable de mettre fin à ces saloperies», s’est-il exclamé d’un ton furibond.

La dénonciation génocidaire des Gilets jaunes par Luc Ferry n’est pas le délire d’un esprit égaré, psychopathe. Mais la pensée profonde de ces «esprits libres», la majorité de cette intelligentsia décadente et de ses maîtres, la classe dominante bourgeoise. Cette dernière, incapable d’appliquer d’autre politique pour protéger ses privilèges, notamment par la «redistribution des richesses», impossible en cette période de crise systémique, envisage officiellement de recourir à la répression de masse afin d’enrayer la révolte des Gilets jaunes. Au reste, dans l’urgence, elle a blindé son régime répressif par le vote de lois despotiques. En outre, le budget alloué à la répression étatique a agressivement augmenté. En effet, les dépenses en équipements et matériels des forces de police et de gendarmerie «ont progressé de 181% entre 2012 et 2017, passant ainsi de 132,4 millions d’euros à plus de 372». Le budget de l’armée et de la police est le seul à ne pas connaître la crise.

Ce ton haineux de l’élite contre le peuple rappelle étrangement celui des écrivains de l’époque de la Commune engagés de manière enragée contre le mouvement de révolte des communards. En effet, historiquement, ce déversement de haine contre le peuple révolté s’est déjà produit au cours de la Commune de Paris. La Commune est cet événement historique où le peuple parisien s’est emparé du pouvoir. En effet, du 18 mars au 21 mai 1871, le pouvoir a été concentré entre les mains du peuple. Au cours de cette phase révolutionnaire, la Commune a gouverné dans la ville de Paris. La Commune a organisé la société dans l’unique intérêt du peuple. Elle a été le premier Etat ouvrier, première expérience de la «dictature du prolétariat». Durant cette éphémère période de prise de pouvoir par le peuple, la classe dominante, réfugiée à Versailles, a déployé tous les moyens meurtriers pour récupérer les rênes de son pouvoir. Jusqu’à se compromettre avec l’Allemagne de Bismarck, la veille encore combattu sur les champs de bataille. La Commune de Paris a immédiatement donné lieu à des réactions véhémentes. Tout ce qui comptait en France d’écrivains et d’intellectuels a manifesté pour le mouvement et pour ses acteurs une haine assassine.

Toute ressemblance avec l’intelligentsia contemporaine déchaînée contre le mouvement des Gilets jaunes est fortuite.

(A suivre)

M. K.

Source : algeriepatriotique

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