L’opération anti-corruption s’accélère Chakib Khelil convoqué, les frères Kouninef incarcérés

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La vaste opération déclenchée contre les milieux d’affaires soupçonnés d’avoir bénéficié de larges avantages mais aussi de la protection des Bouteflika se poursuit. Hier, deux informations ont particulièrement retenu l’attention : la convocation de Chakib Khelil par la Cour suprême et l’incarcération des frères Kouninef à la prison d’El-Harrach.
Abla Chérif – Alger (Le Soir) – La première information a été rendue publique quelques heures seulement après la publication de nouveaux propos du chef d’état-major appuyant l’appareil judiciaire dans l’opération en cours dans les milieux corrompus mais en l’invitant aussi à accélérer la cadence dans son travail. Coïncidence ou pas, le fait est que la Cour suprême a annoncé l’ouverture du dossier Chakib Khelil. Celui-ci est poursuivi, indique un communiqué, pour «des actes liés à des infractions à la législation sur le change et les transferts de capitaux» et la conclusion par Sonatrach «de deux contrats de façon illégale avec deux sociétés étrangères».

Le texte fait visiblement référence au dossier Saipem, une société italienne ayant été reconnue coupable d’avoir versé des pots-de-vin d’un montant de 198 millions de dollars pour l’obtention de contrats auprès de la Sonatrach entre 2007 et 2010. Le procureur italien en charge du dossier avait indiqué que l’argent avait été versé en contrepartie de faveurs du ministre algérien des Mines et de l’Industrie.

La seconde affaire dont fait état le communiqué est liée à la première puisque, au cours de la même période, le mis en cause a été accusé d’avoir reçu d’autres pots-de-vin en provenance des dirigeants d’une autre société étrangère ENI. En Algérie, Belkacem Zeghmati, le procureur qui avait annoncé la décision de lancer un mandat d’arrêt contre l’ancien ministre, a été limogé en septembre 2015 avant qu’un décret signé par Abdelaziz Bouteflika ne mette officiellement fin à ses fonctions en février 2016. Dès lors, les tenants du pouvoir ont entamé un processus de réhabilitation de Chakib Khelil et celui-ci a même pu retrouver des activités publiques normales (des conférences, interventions publiques). L’ouverture de son dossier est un coup fort dans l’opération lancée par la justice dans le cadre de la lutte contre les hommes d’affaires soupçonnés de corruption.

Depuis le 22 février dernier, son nom figure parmi les nombreuses personnes appelées par les manifestants à être jugées pour avoir «pillé le pays». Sa convocation par la Cour suprême obéit aux textes en vigueur indiquant que toute personne occupant ou ayant occupé un poste de haut niveau doit être écoutée par de hauts magistrats. Au cours de la semaine écoulée, la convocation de l’ancien Premier ministre, Ahmed Ouyahia, et du ministre des Finances, Mohamed Loukal, par le tribunal de Abane-Ramdane avait déclenché une polémique à laquelle l’ENTV a mis court en précisant que les deux hommes avaient été convoqués en tant que témoins.

Les frères Kouninef incarcérés à El-Harrach
Selon des informations rapportées hier par de nombreuses chaînes de télévision privées, le nom de Ouyahia, mais aussi celui de Abdelmalek Sellal ainsi que ceux de plusieurs autres ministres ont été cités par les frères Kouninef lors de leur audition par les enquêteurs de la gendarmerie puis par le procureur général de Abane-Ramdane.
La fratrie est issue d’une famille ayant tissé des liens très étroits avec les Bouteflika et c’est grâce aux avantages octroyés par le clan présidentiel que cette dernière aurait bâti sa fortune personnelle. Après avoir été arrêtés lundi, les quatre frères ont été conduits à la prison d’El-Harrach où sont également incarcérés Ali Haddad et Issad Rebrab. Soupçonnés de ne pas avoir honoré leur contrat avec des institutions étatiques et de trafic d’influence avec des fonctionnaires d’Etat, les Kouninef ont entraîné avec eux le gérant d’une de leurs sociétés ainsi que sept cadres du ministère de l’Industrie.
Les affaires s’accélèrent, s’imbriquent, des rumeurs annoncent que de nouveaux noms risquent de comparaître dans les tout prochains jours devant la justice.

A. C.

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