L’opposition ou la difficulté de parler d’une voix unifiée

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A mesure que les semaines passent, que les interrogations se multiplient autour du devenir de la dynamique populaire et de façon générale du sort du pays, l’opposition, dans ses diverses déclinaisons, peine à accorder ses violons et à concevoir une réponse appropriée à la mesure de la grave crise politique qui secoue l’Algérie.

Illustration de cette difficulté à parler d’une seule voix : les réactions divergentes aux discours répétés d’Ahmed Gaid Salah. Entre ceux qui appuient ses appels au dialogue et ceux qui contestent à l’armée le droit de s’ériger en tuteur de la Nation, le consensus peine à se construire.

«Le  vice -ministre de la défense ne semble pas comprendre ou ne veut pas admettre que le peuple algérien n’accorde aucun crédit et aucune confiance à ses discours hebdomadaires, à travers lesquels il passe son temps à promettre de préserver la révolte populaire de toute pression et de toute répression », a réagi le FFS non sans considérer que «l’armée n’a pas le droit d’imposer sa feuille de route ».

Même s’il n’est plus militant politique depuis sa démission du RCD, Said Sadi continue de participer au débat national à travers des prises de position qu’il publie régulièrement et qui reflètent souvent l’orientation de son ancien parti, le RCD. Dans son dernier texte, Said Sadi attribue à Gaid Salah des « tentations autoritaires » et se montre un peu sceptique sur la volonté de l’armée de répondre favorablement aux aspirations des citoyens. « Une chose se profile un peu plus de semaine en semaine. Il se confirme qu’une rencontre féconde entre l’état-major et la révolution citoyenne a de moins en moins de chance de se produire. Si la raison ne prévaut pas, si les choses n’évoluent pas rapidement vers plus de lucidité, si les inclinations maladives à la ruse ne cèdent pas, le croisement, s’il devait avoir lieu, ne se fera pas dans le calme et la sérénité attendus par le mouvement », met-il en garde.

À l’inverse, Ali Benflis et Abderrazak Makri semblent accueillir favorablement la proposition de Gaid Salah appelant au dialogue. « Le dialogue constitue l’essence de toute action politique responsable et constructive. Il est, aussi et surtout, l’instrument devant être toujours privilégié dans le règlement des crises. Face à la crise exceptionnellement grave que connait notre pays, cette conviction est partagée par tous et nul ne doute de sa nécessité impérieuse et urgente », a réagi ce jeudi Ali Benflis.

Toutefois, il semble suggérer que l’armée doit « abandonner » la solution préconisée dans le cadre strict de l’article 102, plus jamais décrié par la population. « Tout dialogue véritablement orienté vers la recherche d’un règlement effectif et rapide de la crise actuelle doit impérativement en faire son objet et sa raison d’être. Ce dialogue suppose des interlocuteurs valables et crédibles, un cadre précis et connu ainsi que des objectifs bien identifiés », préconise-t-il.

Pour sa part, le MSP rappelle qu’il est l’initiateur de l’appel au dialogue pour sortir de la crise. « Le MSP qui n’a pas cessé et continue d’appeler à la nécessité de recourir aux mécanismes de dialogue pour résoudre les crises, surmonter les difficultés et parvenir à un consensus national le plus large, salue et apprécie toute option sincère vers un dialogue large et inclusif, soutenu et parrainé par des institutions crédibles », a-t-il affirmé dans un communiqué.

Quant aux parties regroupées au sein des Forces du changement, elles s’emploient depuis quelques jours à organiser une conférence de « dialogue » pour mettre au point une « feuille de route » de sortie de crise. Ces parties n’excluent pas de « désigner des personnalités » qui vont engager le dialogue avec l’armée.

Si les acteurs politiques louent les vertus du dialogue, il reste que le choix des interlocuteurs et la nature des mécanismes à mettre en place pour aller à une transition constituent une véritable pierre d’achoppement. Mais pourquoi donc cette difficulté à s’entendre au moment où pourtant la décantation commence à se faire et que les revendications de la population, à savoir le changement radical du système, ne souffrent d’aucun équivoque ? L’opposition n’est-elle pas en mesure de reproduire ce qu’elle a fait à « Mazafran » en 2014 ?

À vrai dire, la question se trouve ailleurs : comment surmonter le problème de confiance entre les citoyens et les partis politiques ? Réelle ou suscitée, la crise de confiance, conséquence dans une certaine mesure du discrédit de la pratique politique par le pouvoir depuis de longues années et par la corruption de certaines élites, a été alimentée par certains cercles pour empêcher une jonction entre la classe politique et la dynamique populaire.

Pour avoir accompagné le pouvoir dans certaines phases, certains partis ont été carrément désavoués par les manifestants tandis que d’autres semblent mieux acceptés, mais sans pour autant disposer de la capacité d’encadrement nécessaire. Résultat : pour nombre d’acteurs politiques, on semble « faire la politique de ses moyens, faute d’avoir les moyens de sa politique ».

L’activisme constaté chez certains participe beaucoup plus d’une volonté d’être accepté en tant qu’interlocuteur en perspective de quelque plan de sortie de crise que d’une réelle stratégie politique. Pour d’autres, plus réalistes sans doute, comme le RCD, le FFS, le PT ou encore certaines personnalités qui ont pris la mesure de l’ampleur et de la profondeur de la mobilisation, ils ont préféré presque s’effacer, en accompagnant le mouvement qui devrait, selon eux, produire sa propre élite.

La crise n’est pas seulement celle du système, mais également de la classe politique existante. D’où cette difficulté à disposer d’une vision unifiée même lorsque la crise menace le sort du pays.

tsa

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