MOHAMED SEDDIK BENYAHIAUn militant au grand coeur

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Un diplomate hors pair

Pour les générations montantes, Mohamed Seddik Benyahia est juste un nom, une image. Mais pour l’Histoire, il est beaucoup plus que cela, une icône qui témoigne de ce que fut le combat pour l’indépendance nationale et de la qualité des hommes qui y ont consacré leur vie.

Le 3 mai 1982, dans la localité de Gottour, en Iran, Mohamed Seddik Benyahia, alors ministre des Affaires étrangères, disparaissait dans l’avion qui l’emmenait dans une infatigable mission de bons offices entre l’Irak et l’Iran en guerre, fidèle en cela à la doctrine de la diplomatie algérienne qui a toujours milité pour le dialogue et la paix entre les peuples. Né le 30 janvier 1932 à Jijel, Benyahia était alors connu comme un militant aussi chevronné qu’infatigable de l’Algérie avant-gardiste mue par la volonté d’un nouvel ordre international et par la détermination de libérer le continent africain de l’oppression coloniale.
Le militant du FLN durant la guerre de Libération nationale avait gagné ses galons d’homme politique de premier plan jusqu’à être membre de la délégation chargée de négocier les accords d’Evian qui ont conduit à l’indépendance du pays. Puis il fut successivement ministre de l’Information, de 1966 à 1970, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique jusqu’en 1977, des Finances deux années durant avant d’occuper le portefeuille de la diplomatie de 1979 à sa disparition tragique. Son avion avait été en effet abattu, tandis qu’il tentait de mettre fin à une guerre féroce entre deux peuples musulmans frères.
J’ai connu Mohamed Seddik Benyahia quand il était au ministère de l’Enseignement supérieur et la Recherche scientifique. Homme affable, au sourire sans cesse engageant, il avait alors mené une transformation en profondeur de l’Université, grâce à la refonte et à la modernisation d’une institution encore prisonnière des mandarinats et des scléroses de l’époque coloniale. Et c’est en tant que diplômé de l’Université d’Alger, rompu aux joutes du barreau en sa qualité de jeune avocat, qu’il avait alors assuré cette tâche de grande ampleur. Un des souvenirs que je garde en mémoire, concerne le remplacement du recteur de l’Université de Constantine, Amor Bendali, et les échanges à fleurets mouchetés que j’eus, à cette époque, avec le doyen de la Faculté de médecine, Abdelhamid Aberkane, qui devint, plus tard, un ami.
Pour les générations montantes, Mohamed Seddik Benyahia est juste un nom, une image. Mais pour l’histoire, il est beaucoup plus que cela, une icône qui témoigne de ce que fut le combat pour l’Indépendance nationale et de la qualité des hommes qui y ont consacré leur vie… Jeune secrétaire général de la Présidence du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) et membre de la délégation qui a négocié, avec le gouvernement français, pour parvenir à la signature des accords d’Évian, en 1962, c’est tout naturellement qu’il fut aux côtés de Ahmed Boumendjel lors des pourparlers de Melun, puis qu’il eut à,présider la réunion du CNRA à Tripoli, en Libye, à la veille de la libération.
Brillant diplomate, modeste et discret à un point que je ne saurai dire, Benyahia attachait une importance primordiale aux vertus du dialogue, de la paix et de l’émancipation des opprimés. Il en aura payé le prix fort, puisque déjà au Mali, il fut victime d’un grave accident d’avion, en 1981. Accident qui ne l’a pas empêché de remettre les bottes de sept lieues pour courir au secours des peuples iranien et irakien plongés dans une guerre fratricide.
L’avion dans lequel il se trouvait avec huit cadres du ministère des Affaires étrangères, un journaliste et les membres d’équipage, fut abattu par un missile tiré par un avion irakien, aux abords de la frontière irano-turque. Tragique destin qui aura scellé, à jamais, l’immense sacrifice d’un homme de bonne volonté…

Source : lexpressiondz.com

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