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Non à la prise en otage du journaliste Khaled Drareni

Le journaliste directeur de Casbah Tribune et correspondant de RSF, Khaled Drareni est en garde à vue depuis le samedi 07 mars. Cette garde à vue vient d’être prolongée pour la seconde fois de 24 heures par le procureur près le tribunal de Sidi M’hamed à Alger.

Khaled Drareni est, selon ses avocats, accusé dans le procès-verbal de la police judiciaire d’incitation à attroupement non armé. Il a été interpellé alors qu’il faisait son métier de journaliste : couvrir avec son téléphone mobile les manifestations à Alger centre, comme il le fait depuis le 22 février 2019. Khaled Drareni subit depuis un an des pressions constantes pour le dissuader de couvrir les manifestations du mouvement populaire. Il a été convoqué, ou embarqué, à quatre reprises à la caserne Antar de l’ex DRS, lieu désormais connu d’interrogatoire de type police politique.

Notre collègue a choisi de rester fidèle à son engagement professionnel de journaliste témoin d’événements majeurs de son pays et de son époque. Il a régulièrement prévenu les services de sécurité qu’il continuera de couvrir le Hirak car c’est son métier et qu’il n’enfreint aucune loi. L’acharnement des services de sécurité sur Khaled Drareni a pris une nouvelle dimension depuis vendredi dernier où il avait arrêté avant d’être remis en liberté à la suite d’un sit-in improvisé devant le commissariat du 6ème à Alger. Son arrestation, le lendemain, samedi, confirme cet acharnement à le faire taire.

Le procureur de la république n’a pas trouvé matière dans le dossier transmis par la police judiciaire pour engager des poursuites pénales. La prolongation par deux fois de sa garde à vue montre que des “éléments sérieux » d’inculpation n’ont pas été fournis par les services de sécurité et que l’enjeu demeure encore et toujours de trouver un moyen détourné pour empêcher Khaled Drareni de faire son métier de journaliste.

Les avocats de nos collègues ont exprimé aujourd’hui leur inquiétude sur la tournure prise par cette procédure judiciaire. La poursuite de la détention de Khaled Drareni prend l’allure d’une prise d’otage par les services de sécurité. Selon les avocats, elle est justifiée par le procureur par la nécessité d’avoir un rapport d’expertise sur le contenu de son téléphone mobile.

Nous savons que l’enjeu principal depuis le début dans cette affaire est d’accéder au travail journalistique de Khaled Drareni et de tenter de s’emparer de ses publications, la dernière étant celle de l’arrestation musclée de Samir Belarbi à Alger le samedi 07 mars. Khaled Drareni est en droit de refuser d’ouvrir son téléphone et de protéger ses sources. La législation est de son côté. Nous, éditeurs, journalistes, freelances, producteurs de contenus, réunis en urgence rejetons avec force cette prise en otage de notre collègue et réclamons sa libération immédiate et inconditionnelle.

Nous affirmons avec la plus grande vigueur que la couverture des manifestations populaires fait partie, totalement et sans aucune limite, de notre activité professionnelle. Le journalisme n’est pas un crime. La protection de nos outils de travail (téléphone mobile) et de nos sources est prévue par la loi. La dérogation à cette protection obéit à des règles qui ne prévoient pas la privation de liberté du journaliste.

Nous signataires de cette déclaration interpellons les pouvoirs publics pour qu’ils respectent et fasse respecter, comme il leur arrive de le proclamer publiquement parfois, le libre exercice des métiers de la presse et à faire cesser, immédiatement, les pressions et les diktats des services de sécurité civils et militaires sur les journalistes.

Le ministre de la communication, Amar Belhimer, est mis devant ses responsabilités politiques et morales, étant formellement en charge du secteur de l’information et faisant souvent valoir son statut d’ancien journaliste. L’information professionnelle sur le Hirak est un besoin citoyen et non un enjeu sécuritaire, le seul ennemi de l’Algérie c’est l’arbitraire. Nous signataires nous déclarons mobilisés pour la libération de Khaled Drareni, et de tous les journalistes détenus dans le cadre de l’exercice de leur métier, et pour la libération de la presse.

 

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