ORANDu kif à la…coke

ORANDu kif à la...cokeLa demande est des plus accrues

Le petit renseignement est exploité par des policiers ratissant, soit en tenue civile, soit à bord des véhicules ordinaires, des cités et quartiers.

Les éléments de la BRI d’Oran viennent d’arrêter un jeune homme en possession de 30 grammes de drogue dure, la cocaïne. L’offensive lancée, en plein centre-ville d’Oran, a abouti à la saisie d’une importante somme d’argent constituée des «rentes» de son «commerce». Jusque-là, une telle information n’apporte rien de nouveau, du moins pas chez les policiers ayant pris toutes les dispositions nécessaires dans le cadre de la lutte contre les stupéfiants tout en faisant face à l’offensive opérée par la blanche. L’Expression dresse la première esquisse d’un trafic qui est paradoxalement nouveau et ancien dans une wilaya où se conjuguent les maux, typiquement, sociaux.
Les phénomènes sévissant sortent de l’ordinaire. Si la ville d’Oran est loin d’être Maastricht la hollandaise, elle demeure toutefois cette cité occupée par des habitants frappés par tous les sceaux ne changeant en rien de stature mais la catalogant d’une ville devenue une gare multimodale. Le trafic de drogue classique est tel vulgarisé qu’il céde, ces dernières années, la place à la cocaïne prenant des tournures toutes aussi graves, à telle enseigne qu’il est devenu un «commerce» tout aussi banal dominant, très souvent, les sujets des débats locaux. Un tel trafic, en pleine distension, l’est d’autant plus que ses recettes sont engrangées sur le champ. La demande est des plus accrues. L’affaire des 700 quintaux de cocaïne est-elle révélatrice d’un trafic en pleine mutation allant jusqu’à braver tous les interdits pour l’exercer?
L’affaire de Kamel «El Boucher» dépeint, un tant soit peu la situation. Toutes les lectures sont plausibles, d’où l’élargissement de la frange consommant ce poison destiné, dans un passé récent, à une catégorie sociale bien précise, les hommes et femmes issus des familles aisées avant qu’elle ne soit «démocratisée» à la longue. À Oran, la cocaïne est baptisée au nom de plusieurs appellations comme principalement «El Khat», le trait ou encore «El Beïda» la blanche. Dans un passé, pas si lointain, un trait de cette poudre blanche était fixé au prix oscillant entre 12.000 et 15.000 dinars. Force est de constater que ce tarif a été revu à la baisse en le soldant à 50%, soit 7000 à 8000 dinars, le trait. Pour cause, un tel marché est, ironise t-on, régulé par la loi «commerciale» reposant sur l’offre et la la demande et d’où la montée en flèche d’un tel trafic contre lequel les policiers sont sur le qui-vive permanent. Le petit renseignement, soit-il, est, sur le champ, exploité par des policiers ratissant, soit en tenue civile soit à bord des véhicules ordinaires, des cités et quartiers susceptibles d’abriter les petits foyers de «revente».

L’achat se fait sous un pseudonyme
D’autant plus, ce «commerce» tant juteux alimente, à la faveur de l’écoulement de la marchandise proposée, certains quartiers devenus comme des cités inexpugnables par «l’armée» lourde des policiers dans le cadre de la lutte contre les stupéfiants. D’ailleurs, ces policiers, ayant acquis une expérience suffisante dans la lutte contre le trafic de drogue, agissent habilement en investissant d’abord dans le renseignement, puis dans la filature avant de tomber sur ces dealers en les surprenant en flagrant délit, soit de possession, soit de commercialisation de la coke. Contrairement aux séquences des films hollywoodiens, des vendeurs ne sont pas incontestablement zélés dans leurs démarches. Ils se font, très souvent, passer dans une discrétion totale portant une peur aux tripes des très redoutés policiers des Brigades des investigations, les Bri. Dans leurs sorties qu’ils opèrent, ils (dealers) agissent adroitement, d’autant que la majeure partie d’entre eux ne sont pas fichés par les services policiers. «Leurs casiers sont, dans la majeure partie des cas vierges», explique-ton. Cela dénote que les pourvoyeurs principaux de la cocaïne ne sont pas extravagants dans le choix de leurs «représentants» locaux. Ceux-là sont assistés par des collaborateurs «intègres» n’ayant aucunement, eux aussi, une petite rature opérée par les justiciers dans leurs casiers. Ces dealers et leur collabos sont sur la défensive et susceptibles en ne laissant rien au hasard dans leurs «entrepreneuriat» à commencer par ne jamais dévoiler leurs réelles identités. Ils agissent sous des pseudonymes dont seuls les pourvoyeurs, circulant eux aussi sous des sobriquets, connaissent. Et ce n’est pas tout.
Toutes les «transactions» opérées dans un tel trafic sont régies dans une discrétion entière reposant également sur l’utilisation des mots de passe. Une petite fausse note orchestrée aboutit à l’annulation de la transaction sans fracas ni brouhaha.
Le guetteur alerte, avec dextérité et sans aucune panique, ses complices en faisant le signalement de l’apparition des flics ou encore des tierces personnes susceptibles d’appartenir aux services policiers rôdant dans les coins. Aussi, des dealers n’agissent, dans la grande partie de leurs actions, pas dans leurs quartiers et cités de résidence. Ils changent de destination et de points de vente en opérant des mouvements à bord des véhicules bolides alors qu’ils sont vêtus d’habits haut de gamme sentant, de loin, leurs belles toilettes.

La duperie féminine
Ils construisent autour d’eux un empire d’illusions en faisant miroiter aux jeunes filles aux formes hypercanons qu’ils sont fils de la «crème» en les attirant dans leurs filets. Celles-ci, constituées de «meryoulates» aimant la vie à la bohémiennes maquillée, de paillettes et de couleurs trompeuses, ne se gênent et n’hésitent aucunement à monter à bord des voitures dissimulant des bombes à retardement, de petites quantités de cocaïne destinées à la revente. Le leader, dépensant des fortunes en partageant une journée avec sa dulcinée de circonstance, celle-ci n’aura jamais la présence de l’esprit qu’elle ne verra plus jamais son prince charmant de la conjoncture dès que celui-ci aura accompli sa mission en écoulant sa marchandise.
L’Algérie est-elle en train de devenir la nouvelle Mecque des trafiquants de drogue? Cocaïne, cannabis, héroïne et autres produits prohibés circulent quasi librement dans la société. Les statistiques rendues publiques par les services de sécurité sur les quantités et les arrestations de personnes impliquées sont sans équivoque. La direction générale de la Sûreté nationale (Dgsn) affirme, dans un communiqué rendu public hier, avoir arrêté près de 15.000 personnes impliquées dans des affaires de trafic de drogue et la saisie d’une dizaine de tonnes de cannabis et de cocaïne.
«Les services de sécurité ont traité plus de 12.441 affaires dont 1500 liées au trafic de drogue et l’arrestation de 15.000 personnes impliquées dans ces activités durant ces derniers quatre mois» lit-on dans le communiqué de la Dgsn.
L’Algérie qui est inondée, depuis plusieurs années, par le cannabis en provenance du Maroc, est également devenue un terrain propice pour les dealers de cocaïne. La saisie par les services de sécurités de 701 kg de cocaïne au port d’Oran démontre l’ampleur du phénomène. À défaut des chiffres avec exactitude en Algérie, la cocaïne est, rappelle l’Oms, la plus consommée dans le monde. L’on fait état, à ce titre récemment que le nombre de personnes, âgées entre 15 et 64 ans consommant du cannabis à des fins récréatives, est estimé à 181,8 millions.

Source : lexpressiondz.com

lexpressiondz.com