Pas d’accord sur la présidentielle et le dialogue : Divergences profondes entre les acteurs politiques

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Les images montrées, hier, par la télévision publique, symbolisaient la fin du régime de Bouteflika. Très abondamment commenté par les Algériens, ces derniers avaient la nette impression de vivre un instant «historique». Il reste, que cette impression ne fait pas naître la deuxième République.

Le président de l’Etat et le chef d’Etat Major défendent à l’unisson le même agenda politique et soulignent également leur détermination à ce que la Justice ne lâche pas prise par rapport aux affaires liées à la corruption. Cette attitude unitaire qui renvoie une image soudée des autorités du pays, démontre une volonté claire de ne pas céder aux appels des sirènes, dont certaines préconisent un dévissement de l’Etat. De fait, à quelques jours d’intervalle, les deux hommes ont dit la même chose sur la prochaine élection présidentielle et sur la lutte anti-corruption. On retiendra également la disponibilité de la présidence de l’Etat et de l’Etat-major de l’ANP, d’ouvrir les canaux d’un débat qu’ils souhaiteraient franc et intelligent. Mais il est entendu qu’il existe dans les approches des deux institutions de la République un dénominateur commun à cette perspective de dialogue qui n’est autre que le cadre où les discussions doivent avoir lieu. Abdelkader Bensalah et Ahmed Gaïd Salah sont formels à ce propos, ledit dialogue doit se faire dans les limites de la Constitution et des institutions de la République. Cela ne veut pas dire un manque de flexibilité de la part des autorités du pays. On en a pour preuve, la conviction de Abdelkader Bensalah sur le fait que le dialogue reste «l’unique moyen pour construire un consensus fécond, le plus large possible, de nature à permettre la réunion des conditions appropriées pour l’organisation, dans les délais convenus, de l’élection présidentielle».
Dans son discours de la Nation, à l’occasion du mois sacré de Ramadhan, M. Bensalah s’est adressé à «tous les acteurs nationaux, à l’ensemble des composantes de la classe politique, aux mouvances qui structurent la société civile et à tous ceux qui sont considérés comme exprimant les sentiments d’une frange de la société, ou de ses élites, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, notamment les jeunes et les femmes, de se mobiliser pour la réalisation de cet objectif stratégique national, seul à même de mener notre pays vers des lendemains sûrs et prospères». La conditionnalité de la proposition tient dans le refus catégorique d’une période de transition hors Constitution. Cette pomme de discorde entre les autorités et l’opposition, tire justement ses racines du rejet de cette même opposition de négocier quoi que ce soit avec le président de l’Etat, préférant n’avoir comme interlocuteur que l’institution militaire pour que celle-ci facilite le processus de transition.
Cela pour dire que le discours de Bensalah, bien qu’il ait eu le mérite de bien poser les termes du problème dans la vision de l’Etat, n’a pas fait bouger les lignes, dans un sens, comme dans l’autre.
Cette sortie pourrait être considérée comme un tir à blanc, au regard de pas mal de leaders politiques, mais traduit néanmoins la cohésion qui existe au sommet de l’Etat, dont la détermination d’en finir avec le régime de Bouteflika est visiblement très grande.
Le dernier épisode en date, à savoir l’arrestation de Said Bouteflika frère et conseiller de l’ancien président de la République, ainsi que des généraux Mohamed Mediene, dit Toufik et Athmane Tartag, confirme la grande détermination de l’institution militaire de soutenir la justice jusqu’au bout de sa mission. Les chefs d’inculpation retenus contre le trio: atteinte à l’autorité de l’Armée et complot contre l’autorité de l’Etat, rendent compte de l’ampleur de l’affaire, susceptible de constituer l’un des feuilleton politico-judiciaire, les plus intéressants depuis l’indépendance du pays.
En tout état de cause, les images montrées hier, par la télévision publique, symbolisaient la fin du régime de Bouteflika. Très abondamment commenté par les Algériens, ces derniers avaient la nette impression de vivre un instant «historique». Il reste, que cette impression ne fait pas naître la deuxième République. Celle-ci étant conditionnée par un retour à la légalité constitutionnelle, pour engager les réformes profondes, a véritablement besoin d’une entente entre acteurs politiques. Or, ces derniers divergent totalement sur les principes dudit dialogue. Le pays n’est manifestement pas encore sorti de l’auberge.
Younes Rahal 

Source : ouestribune-dz

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