Abdelouahab Fersaoui: « On ne peut aller vers un dialogue conditionné uniquement par la tenue coûte que coûte de l’élection présidentielle »

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Le président de l’Association  Rassemblement Action Jeunesse (RAJ), Abdeouahab Fersaoui estime que le Forum du dialogue national, tenu hier samedi, n’apporte pas les solutions adéquates à l’impasse politique dans lequel se trouve le pays. Pour lui, « il ne peut y avoir de dialogue sans la levée de toutes les entraves liées au respect des libertés fondamentales notamment la liberté de manifester, de réunion, de circulation et la liberté de d’expression et de la presse ».

 

Une conférence de dialogue national regroupant des partis politiques et des organisations de la société civile a eu lieu hier samedi à Aïn Benian. Que pense RAJ des conclusions de cette conférence ?  

 

Le RAJ fait partie du collectif des dynamiques de la société civile pour une transition démocratique qui a rendu public une proposition de sortie de crise le 18 mars dernier. Il convient de préciser que RAJ, qui tient compte de la feuille de route rendue public le 15 juin, n’est pas partie prenante de la rencontre du 06 juillet. Le collectif ainsi que la conférence du 15 ne sont pas signataires de cette feuille de route.

L’une des recommandations de cette rencontre est d’aller vers une conférence nationale unitaire et inclusive qui rassemble tous les partis politiques d’opposition, les dynamiques de la société civile et personnalités nationales dont l’objectif principal est de d’arriver à établir une  feuille de route consensuelle. Tel est le message transmis par une délégation de notre conférence du 15 juin, présente en tant qu’invité, aux participants de la rencontre du dialogue national du 06 juillet. Donc, et afin d’éclairer l’opinion publique et loin du contenu de la proposition adoptée ce samedi par les participants à la conférence nationale de la société civile, il convient de préciser que RAJ, qui tient compte de sa propre feuille de route rendue public le 15 juin, n’est pas partie prenante de la rencontre du 06 juillet. Le collectif n’est pas signataire de cette feuille de route. Aujourd’hui, nous devrions tous œuvrer pour réussir une rencontre nationale unitaire et inclusive qui rassemble toutes les forces vives de l’opposition, partis politiques, syndicats, associations, collectifs et personnalités nationales afin de sortir avec une seule feuille de route consensuelle qui traduit davantage les aspirations du mouvement populaire, en l’occurrence, le changement du système et l’instauration d’un État de droit et démocratique. C’est de cette manière qu’on peut peser et être avec le Hirak.

Que pensez-vous de la nouvelle « approche politique » prônée par le chef de l’Etat, Abdelkader Bensalah dans son dernier discours?

La seule nouveauté de ce discours est la commission de dialogue qui sera composée de personnalités qui ne font pas partis des symboles du système et de l’armée, sans qu’il donne plus de détails. Cependant, le pouvoir s’accroche à l’idée d’organiser des élections présidentielles le plus tôt possible avec comme seul et unique préalable, la commission indépendante d’organisation de ce scrutin. Cette option, faut-il le préciser, est insuffisante. Elle est beaucoup plus technique. Il faut savoir que la crise est politique et la solution ne peut être que politique avec des préalables purement politiques. Rien ne peut se faire sans qu’il y ait des gages de bonne volonté, ce qu’en appelle « des mesures d’apaisement ».

A votre avis, le dialogue serait-il la solution à cette crise dans laquelle patauge le pays depuis plus de quatre mois?

 

On ne peut aller vers un dialogue conditionné uniquement par la tenue coûte que coûte de l’élection présidentielle. On ne peut pas imposer cette solution dans une atmosphère de répression. Comment peut-on dialoguer alors que les algériennes et les algériens sont interdits de manifester à Alger et ailleurs, dont certains sont interpellés et mis en prison pour avoir porté un drapeau Amazigh qui reflète la profondeur historique et identitaire de l’Algérie et de l’Afrique du nord ? Il ne peut pas y avoir de dialogue sérieux sans cesser les interpellations et les arrestations. Pour que les dialogue soit effectif, il faut, en premier lieu, libérer les détenus d’opinion dont le Moudjahid Lakhdar Bouregaâ. Aussi, Il ne peut y avoir de dialogue sans éradiquer définitivement les entrave liées au respect des libertés fondamentales notamment la liberté de manifester, de réunion, de circulation et la liberté d’expression et de la presse. Le peuple a été très clair lors de la marche du 20ème vendredi, qui a coïncidé avec la fête de l’indépendance et de la jeunesse où les algériennes et les algériens ont réaffirmé en force leur engagement et détermination à aller jusqu’au bout de leur marche, vers la liberté et la démocratie malgré les tentatives machiavéliques du pouvoir pour affaiblir, diviser, et casser le mouvement.

Source : inter-lignes

1 COMMENT

  1. Une déclaration qui ne dit rien sur la position de fond : doit-on comprendre que s’il y a libération des détenus et levées des entraves à l’expression RAJ ne verrait aucun inconvénient à se joindre au dialogue? Ou bien son refus est-il aussi motivé par autre chose, peut-être la conviction que tout comme la conférence de 94 érigée sur le même modèle n’a fait que renforcer le pouvoir? Dans ce dernier cas il fallait y penser avant, car ce qui a constitué le marche-pied de cette conférence ce sont bien les propositions de dialogue avec le pouvoir que le collectif de la société civile avait implicitement posées avec sa feuille de route, tout à fait dans la ligne des propositions du hirak, je le reconnais, mais prématurées. Cette feuille de route du hirak était un projet destiné à s’imposer, pas à être “proposé”. On ne propose pas lorsqu’on n’a aucun moyen de pression. Cela a juste servi à faire avancer l’idée d’un nécessaire dialogue politique. Je pense qu’elle a mieux compris les leçons du passé que les politiques. RAJ comme les autres mouvement, à mon avis ont perdu le moyen de pression qu’aurait pu leur apporter la mobilisation populaire pour imposer leur feuille de route en voulant devancer plutôt que suivre ce mouvement. Car la rue qui ne cessait de répéter : “mekech hiwar m3a el 3issaba” ne les a pas soutenu dans leur démarche. Mais c’est une situation classique que celles des “élites” qui pensent que tout mouvement doit-être organisé avec des leaders, un organigramme, des plans d’action, des propositions et des dialogues. Et qu’il leur revient d’assumer ce rôle. En réalité c’est là une démarche très archaïque et tellement bien connue des pouvoirs qu’elle n’aboutit quasiment jamais nulle part.

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