Poutine sera-t-il un modèle pour le pouvoir algérien ?

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Poutine sera-t-il un modèle pour le pouvoir algérien ?

Par Dr Hocine-Nasser Bouabsa – En raison de beaucoup de faits, l’Algérie de 2019 vit une crise semblable à celle de la Russie de l’an 1999. Pendant dix ans, cette dernière fut aussi gravement dévastée par son ex-président Eltsine, que le fut l’Algérie par l’ex-autocrate qui a présidé à la destinée du peuple algérien pendant vingt ans. La Russie s’est relevée, grâce au salut imposé par Poutine. L’Algérie suivra-t-elle son exemple ?

La Russie des années 1990 ressemblait à un verger dont le propriétaire était absent ou mourant. Tout le monde voulait en profiter. Et les premiers qui s’en étaient servi  furent les apparatchiks du système post-soviétique, soutenus par des anciens véreux du KGB et les agglomérats capitalistes occidentaux, qui jadis, se bousculaient vers le Far-East russe pour accaparer les richesses du peuple russe, trahi par un Eltsine sous influence permanente de la vodka et des mauvais esprits, qui se sont rassemblés autour de lui. En quelques années, naissait alors une nouvelle caste d’oligarques comme les Berëzovski, Khodorkovski et Abramovitch, sortis tous du néant pour devenir en un temps record des milliardaires en dollars. Arrivé au pouvoir, Poutine, en fin stratège et connaisseur des manigances de ces milieux, savait que le salut de la Russie passait par la réappropriation par l’Etat du contrôle sur les fortunes colossales amassées indûment au détriment du peuple et l’Etat russes. Il en faisait sa première priorité en instaurant la notion de «dictature de la loi». C’est dans ce cadre que furent organisées d’une part, la mise en quarantaine sibérienne du Khodorkovski, un des symboles de l’oligarchie prédatrice russe, et d’autre part, l’humiliation des oligarques savamment orchestrée et transmise par la TV russe, afin de marquer les esprits hésitants ou récalcitrants. Les gouvernements, ONG et média occidentaux avaient sévèrement critiqué la démarche de Poutine, mais ce dernier était décidé à balayer avec le soutien du peuple les écuries d’Augias. Bien sûr que les formes juridiques furent respectées, mais c’est la volonté politique qui dictait dans le fond. Le résultat on le voit. Après vingt ans au pouvoir, le premier magistrat de la république russe a reconstruit la plus grande partie de ce que ces deux prédécesseurs ont détruit et a rendu la fierté et l’espoir au peuple russe.

Tout comme l’actuel locataire du Kremlin, l’Eltsine algérien est venu au pouvoir en 1999. C’est le seul point commun des deux politiciens. Car Bouteflika, a contrario de Poutine, a préféré amplifier le bradage de l’économie nationale – au profit d’une oligarchie insatiable aux accointances externes douteuses et soutenue comme en Russie par des apparatchiks et des hommes de l’ombre félons – et a opté pour la continuité dans le démembrement de l’état algérien – entamée déjà dans les années 1980 par le successeur du défunt président Houari Boumediène (Allah yarhmou) – d’une part, en achevant avec la complicité de l’oligarchie, le peu qui restait du tissu industriel, que Chadli et les pyromanes des années 1990 n’ont pas eu le temps de détruire, et d’autre part, en œuvrant à caporaliser et à asservir toute la société algérienne, par un système de corruption, érigée en mode cardinal dans la conduite des affaires de l’Etat. Après vingt ans, il est détrôné et chassé – par un peuple algérien outré et ulcéré par la destruction planifiés de son pays, vendu au dinar symbolique – laissant derrière lui une Algérie engloutie dans une boue apocalyptique contrôlée par l’oligarchie, comme le fut la Russie avant Poutine.

Cette oligarchie s’est substituée à l’Etat à tel point, que ses membres influents pouvaient dégommer tout commis de l’Etat. Les Algériens se rappellent l’épisode en 2017 du Premier ministre Tebboune, chassé après trois mois comme un malpropre, parce qu’il s’était permis de réclamer le remboursement de 40 milliards de dollars aux oligarques algériens. Aujourd’hui, ce n’est pas seulement Tebboune, mais c’est pratiquement tout le peuple qui réclame impatiemment ses centaines de milliards de dollars qui lui ont été dérobés.

La question qui se pose est évidemment est : comment ? Les opinions sont nombreuses, convergentes dans des cas et contradictoires dans beaucoup d’autres. Parmi les points de la discorde, il y a les actions lancées par la justice dans le cadre du traitement des délits graves de corruption et des actes contre-révolutionnaires supposés ou avérés. Les uns appellent tout d’abord à concrétiser, dans le cadre de l’état de droit, l’indépendance de la justice qui se chargera de poursuivre ces infractions. Les autres, impatients de voir les auteurs de crimes majeurs derrière les barreaux, mettent en avant l’urgence et applaudissent toutes les mesures que la justice a initiées tout récemment.

Ces dernières mesures rappellent la logique du droit «poutinien» avec ses deux maximes : «Celui qui a piétiné sauvagement et volontairement le droit n’a pas droit au droit» et «L’argent volé au peuple doit être récupéré par tous les moyens». Cette logique est-elle la meilleure option pour l’Algérie ? Je pense qu’au moins 90% des Algériens répondront par oui. Et comme le peuple est la source du pouvoir, c’est la volonté populaire qui définit le droit. N’empêche qu’il reste les 10% qui répondent par non en mettant en avant la force des procédures et de la présomption d’innocence dans le droit. Mais la faiblesse de leur argumentation réside dans le fait qu’ils sont les premiers à réclamer avec véhémence – en se basant sur la volonté populaire – la mise en quarantaine de la Constitution, afin de mettre en place les dispositifs de la période de transition. Or, si on suspend la Constitution, c’est aussi toute l’architecture procédurale juridique qui part en éclats. Avec cette logique, il n’y aura pas de poursuites contre les grands malfrats. C’est peut-être le souhait de certains.

Une chose est sûre : le chemin vers l’Etat de droit est long et épineux. La corruption et le banditisme oligarchique sont les principaux obstacles qui se dresseront sur ce chemin. Ils ont gangrené la société et asservi le peuple. C’est à eux que le premier Blitzkrieg doit être livré. Seul leur anéantissement rapide libérera le peuple et permettra la continuation du chemin. Sachant que l’Algérie et la Russie avaient une architecture étatique similaire, dominée par l’appareil de sécurité et défense nationales, une économie dirigée par l’Etat et ont souffert du même processus prédateur de privatisation et de destruction de l’Etat, le peuple algérien serait bien conseillé d’étudier l’expérience russe entamée par Poutine en 1999, afin de trouver les solutions et réponses adéquates à ses problèmes et questionnements concernant la période de transition, au lieu de s’aventurer aveuglement dans des sentiers chimériques, tant vantés par les vendeurs des rêves de la démocratie, mais qui se sont avérés, au mieux, n’être que des bulles d’air sous d’autres cieux, et au pire, le conditionnement à un piège de destruction.

La Russie a son Poutine, l’Algérie aura-t-elle le sien ?

H.-N. B.

NDLR : les opinions exprimées dans cette tribune ouverte aux lecteurs visent à susciter un débat. Elles n’engagent que l’auteur et ne correspondent pas nécessairement à la ligne éditoriale d’Algeriepatriotique.

Source : algeriepatriotique

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