Présidentielle du 4 juillet : il ne reste que le coup de force

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C’était le vendredi où le mouvement populaire devait s’effriter sous l’effet de la lassitude, de la faim, de la soif, de la chaleur… Pour les nouveaux tenants du pouvoir, c’était une certitude. Depuis quelques semaines, toute leur stratégie consistait à tenir, par les manœuvres, les fausses promesses et les menaces jusqu’au début du mois sacré.

Mais contre toute attente, les Algériens ont marché en masse en ce premier vendredi de Ramadhan, le douzième depuis le 22 février. La leçon est magistrale et cette persévérance constitue une énorme victoire pour le peuple.

Pour le pouvoir, elle est désespérante. Celui-ci n’a pas encore perdu, mais voit son plan tomber à l’eau et il lui sera difficile, voire inutile d’improviser une autre manœuvre puisque le principal enseignement de cette journée de mobilisation historique est que la rue a définitivement signifié que plus rien ne marchera, sinon la satisfaction de sa revendication d’une vraie transition démocratique.

Dans la semaine qui a précédé ce premier vendredi de Ramadhan, le pouvoir était encore certain que ses calculs n’allaient pas être faussés. Dimanche, le chef de l’Etat par intérim s’est adressé à la Nation pour appeler tout le monde à un « dialogue » avec pour unique objet la préparation de la prochaine élection présidentielle qui devrait se tenir « dans les délais », autrement dit le 4 juillet prochain. Abdelkader Bensalah avait surpris tout le monde en s’en tenant à une échéance électorale unanimement rejetée et pour laquelle aucune candidature sérieuse n’a été enregistrée.

Deux jours après, mardi, l’armée s’est exprimée par le biais de la revue El Djeich et a ajouté à l’incompréhension générale. La tenue de l’élection est présentée comme unique issue à la crise et ceux qui s’y opposent sont violemment pris à partie et traités de tous les noms. Enfin, jeudi, un nouveau pas est franchi avec l’arrestation de Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs. Une première depuis le parti unique, si l’on excepte l’incarcération des chefs du FIS au début des années 1990.

C’était la veille de cette journée mémorable de vendredi 10 mai. Durant les marches, les manifestants n’ont pas trop insisté sur le sort de Mme Hanoune, poursuivie officiellement pour avoir joué un rôle présumé dans le « complot » dont sont accusés les généraux Toufik et Tartag ainsi que Saïd Bouteflika. Mais ils ont tenu à dénoncer la dérive autoritaire du pouvoir qui se fait de plus en plus précise et multiplié les critiques à l’égard du chef d’état-major de l’ANP, difficile à suivre depuis quelques semaines avec d’un côté des engagements répétés à accompagner le peuple jusqu’à la réalisation de tous ses objectifs, et de l’autre, une insistance à imposer une élection dont ce même peuple ne veut pas.

Hélas, cela semble être le choix du pouvoir, même s’il faudra repousser le scrutin de quelques mois ou semaines et user entre-temps de la manière forte. Le soir même de la belle démonstration de courage et de détermination des Algériens, la police a violemment empêché une rupture de jeûne collective à la Grande Poste d’Alger. Ce samedi matin, le journal El Moudjahid a inclus dans son éditorial des menaces semblables à celles proférées par Ahmed Ouyahia en février dernier lorsqu’il déclarait que « l’Etat a prouvé qu’il pouvait maîtriser la rue ». Parmi les dossiers qui figurent dans l’agenda du gouvernement, le quotidien gouvernemental cite « la quête de mettre hors d’état de nuire tous ceux et toutes celles qui entravent l’aboutissement du processus légal, passant nécessairement par la tenue d’une présidentielle ». Un langage quasi-guerrier qui contredit les appels au dialogue et les promesses d’ouverture démocratique.

Après 12 semaines de contestation et à un peu plus d’un mois et demi de la date du scrutin, il ne reste devant le pouvoir que deux choix, aux antipodes l’un de l’autre : répondre aux revendications de la rue et aller vers une vraie transition, ou opter pour le coup de force pour faire passer la présidentielle, quitte à déboucher sur des institutions illégitimes et effectuer un brusque retour à la case départ.

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