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Présidentielle du 4 juillet : le pouvoir face à son obstination

Le délai de dépôt des candidatures au niveau du Conseil constitutionnel pour l’élection présidentielle du 4 juillet expire ce samedi 25 mai à minuit. À quelques heures de la deadline, aucun dossier n’a été déposé, a confié à TSA une source informée.

Mercredi, le ministère de l’Intérieur avait arrêté le nombre de lettres d’intention réceptionnées à 77. Il s’agit pour la plupart d’anonymes qui n’ont que peu de chances de collecter les 60 000 parrainages d’électeurs nécessaires pour faire valider leur candidature.

Même ceux qui pouvaient compter sur leur machine partisane pour les réunir, comme Belkacem Sahli de l’ANR et Abdelaziz Belaïd du Front El Moustakbal, ne seront pas sur la ligne de départ. Ils ont annoncé qu’ils renonçaient à présenter leur candidature.

Sauf grosse surprise de dernière minute, il n’y aura pas de candidats pour le scrutin du 4 juillet qui, logiquement, sera reporté. Peu importe la partie qui en fera l’annonce entre le Conseil constitutionnel, le gouvernement ou la présidence, ce serait un échec notable pour le pouvoir, avec toutes ses composantes, qui a tout misé sur « la voie constitutionnelle » pour sortir de la crise sans donner l’impression d’avoir envisagé un instant que le scrutin pourrait ne pas avoir lieu.

L’échec serait d’autant plus retentissant que ce serait la deuxième fois que l’élection soit reportée en à peine trois mois. Une première dans l’histoire du pays. Ce serait aussi un camouflet pour l’institution militaire dont le chef n’a cessé, depuis la démission du président Bouteflika, de plaider sa feuille de route qui se résume à l’élection d’un président de la République qui aura ensuite à satisfaire le reste des revendications du peuple. Que l’armée échoue à imposer sa vision sur une question politique nationale d’importance, ce serait aussi une première.

Un camouflet historique qui aurait pu être évité sans cette obstination à aller vers l’élection avec les institutions et les hommes hérités de l’ancien président, contre l’avis de tout le monde, le peuple en premier. Cela fait près de deux mois que les manifestants crient chaque vendredi leur rejet des ‘trois B’, qui ne sont plus que deux depuis la démission de Tayeb Belaïz, mais le commandement de l’armée, par la voix du chef d’état-major Ahmed Gaid Salah, répond chaque mardi que ceux qui insistent pour le départ de Abdelkader Bensalah et Noureddine Bedoui veulent pousser le pays vers le piège du vide constitutionnel.

Cela fait plusieurs semaines aussi qu’il est devenu évident que le scrutin n’aura pas lieu à cause de la défiance populaire généralisée exprimée dans les marches hebdomadaires et à travers l’empêchement des visites de ministres et de hauts responsables. Plusieurs corporations, dont les maires et les magistrats, ont également fait part de leur refus d’encadrer le scrutin.

Paradoxalement, l’insistance à aller aux urnes dans la précipitation mène le pays droit vers le vide constitutionnel qu’on a brandi comme épouvantail pour justifier le maintien des personnages indésirables à la tête de l’État. Il appartiendra au pouvoir, une fois l’échec de la présidentielle acté, de tirer les enseignements de ces deux mois de bras de fer avec la rue.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il ne servira à rien de fixer une nouvelle date tout en maintenant les conditions qui ont amené le peuple et la classe politique à bouder le scrutin. La mise en place d’une vraie transition avec des mécanismes acceptés de tous et un échéancier précis, éventuellement à travers un dialogue sérieux, devient inéluctable. Ne pas le faire c’est prendre le risque de reproduire l’impasse indéfiniment.

TSA