Quand la police de Macron sème la terreur dans un hôpital

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Quand la police de Macron sème la terreur dans un hôpital

Par Mesloub Khider – Autant l’église constitue un lieu de culte où les adeptes viennent se recueillir pour prier, autant l’hôpital est un établissement public de soins chargé d’accueillir les malades. Ces deux institutions ont pour point commun d’être des sanctuaires, autrement dit des structures jugées sacrées et inviolables. Aucune force répressive ne doit violer ces institutions. Or, à la faveur de la manifestation conjointe des travailleurs et des Gilets jaunes organisée le 1er mai à Paris, les manifestants ont été violemment brutalisés par les forces de l’ordre. Afin d’échapper à l’assaut brutal lancé par les policiers surarmés, et surtout à l’asphyxie provoquée par l’usage de gaz lacrymogènes projetés par les forces répressives, les manifestants pris de suffocation, encerclés, sont parvenus à se réfugier dans l’enceinte de l’hôpital Pitié-Salpêtrière, situé dans le 13e arrondissement de Paris, après avoir forcé la grille.

Une fois s’être réfugiés à l’intérieur de l’hôpital, les manifestants, selon les témoignages rapportés par les médias, ont tenté calmement de se fondre parmi la foule des malades et du personnel médical pour éviter d’être appréhendés par la police. Mais les policiers sont rentrés en force à l’intérieur de l’hôpital pour continuer à pourchasser les manifestants. Sans ménagement, avec brutalité, les forces de l’ordre ont interpellé de nombreux manifestants.

Le soir même, le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, s’est rendu à l’hôpital Salpêtrière. Au cours de son interview, il a affirmé : «Des gens ont attaqué un hôpital et les forces de l’ordre sont immédiatement intervenues pour sauver le service de réanimation.» Déclaration appuyée par le président de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), Martin Hirsch, qui a indiqué qu’il y aurait pu «se produire un drame dont [il] n’ose même pas imaginer les conséquences».

Toutefois, en recoupant des vidéos et des témoignages de manifestants, de riverains, et de personnels soignants recueillis par de nombreux médias, les événements dépeignent une réalité totalement différente, qui ne relève absolument pas d’une «attaque». Des manifestants ont bien forcé une grille pour pénétrer dans l’enceinte de l’hôpital. Mais c’est pour fuir les forces de l’ordre qui les encerclaient et surtout les gazaient.

De manière générale, l’hôpital, à l’instar de l’église bénéficiant du droit d’inviolabilité, d’une sorte d’immunité territoriale, d’une souveraineté lui permettant d’accorder un droit d’asile, un droit d’accueil, jouit officieusement des mêmes prérogatives morales. L’hôpital constitue un sanctuaire, immunisé contre toute violation de son territoire. A plus forte raison, l’hôpital doit être préservé de toute violence.

«Dans l’enceinte de Notre-Dame, la condamnée était inviolable. La cathédrale était un lieu de refuge. Toute justice humaine expirant sur le seuil», écrivait Victor Hugo pour définir le droit d’asile concédé par l’église. Dans l’enceinte de l’hôpital, ce lieu de soins, la violence étatique expire au seuil de l’entrée. Or, les forces répressives de Macron ont délibérément violé se sacro-saint principe en pénétrant dans l’enceinte de l’hôpital en vue de semer l’épouvante, de terroriser les manifestants et l’ensemble du personnel soignant ainsi que les malades.

Quoi qu’il en soit, la pénétration de forces de l’ordre dans l’enceinte des églises ou d’hôpitaux a toujours suscité la réprobation de l’opinion publique. Notamment lors des évacuations par la force de réfugiés hébergés par l’église. Aujourd’hui, à la suite de la diffusion d’images de brutalités infligées par la police française à des manifestants réfugiés dans l’enceinte de l’hôpital pour échapper à l’asphyxie provoquée par les gaz lacrymogènes, la condamnation de ces violences policières est unanime.

Pris en flagrant délit de mensonge, le ministre de l’Intérieur persiste pourtant à défendre sa fake news, soutenu par ailleurs par le Premier ministre. Une fake news visant à criminaliser le mouvement des Gilets jaunes.

La classe politique d’opposition est vent debout. Elle réclame la démission du ministre de l’Intérieur. Certains députés exigent la convocation d’une commission d’enquête parlementaire.

Fragilisé par une gestion chaotique du maintien de l’ordre, accusé d’avoir les mains couvertes de sang, le ministre de l’Intérieur risque d’être sacrifié par Macron pour sauver un gouvernement en butte à une profonde crise politique.

Quoi qu’il en soit, si quelques salariés de l’hôpital Salpêtrière n’avaient pas filmé la scène, le dénouement de ce feuilleton interminable «Gilets jaunes » aux multiples rebondissements aurait été dramatique pour les nombreux manifestants appréhendés dans l’enceinte de l’hôpital. Sous de multiples chefs d’accusation, les juges, sous la pression du gouvernement Macron et des médias (au début très favorable à la thèse gouvernementale de l’attaque de l’hôpital), auraient lourdement condamné les «suspects». Et le gouvernement Macron aurait pu ainsi justifier l’aggravation de la criminalisation du mouvement des Gilets jaunes et l’accentuation de la répression policière et le vote de lois liberticides.

Les smartphones en ont décidé autrement. Ils ont permis de sauver la révolution populaire en cours. D’éviter une tournure réactionnaire de la politique de Macron, fondée sur le mensonge et la répression. Peut-être, dans un accès de désespoir, Macron va-t-il interdire l’usage des smartphones en France afin de pouvoir sereinement «pacifier» le pays ?

M. K.

Ndlr : Les opinions exprimées dans cette tribune ouverte aux lecteurs visent à susciter un débat. Elles n’engagent que l’auteur et ne correspondent pas nécessairement à la ligne éditoriale d’Algeriepatriotique.

Source : algeriepatriotique

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