Saddam Hussein est revenu cette semaine par la lucarne de Bologhine : Ou quand les relations inter-arabes restent otages des slogans

Si, en Algérie, on tente de dédramatiser, en Irak, on est allé trop vite en (sale) besogne où l’attirail politico-religieux, sur fonds de réactions haineuses, a vite pris le dessus. Des plateaux TV ayant saisi l’occasion pour régler quelques comptes en s’attaquant à l’Algérie, son peuple et son Histoire. Pourquoi et à quelles fins ? Côté sportif, l’éventualité de voir l’USM Alger disputer les 16ème de finale (l’UAF a homologué la qualification) sans leurs inconditionnels fans reste plausible, bien que les supporters se soient abstenus de brandir (ce qui confirme la non- préméditation) des pancartes ou des slogans hostiles. Une forte amende est, néanmoins, à prévoir pour les deux formations, celle des Algériens demeurant moins conséquente (près de 500 000 dollars contre 1 million de dollars pour leur adversaire) mais doivent faire un effort pour aller le plus loin possible dans cette compétition richement dotée pour espérer amortir la sanction financière.

Par Azouaou Aghiles

Une invitation et un retour rapide à la… raison
Du pain béni pour les chantres de la division et les provocateurs de tous bords. Cette rencontre de Coupe arabe entre l’USM Alger et les Irakiens des «Forces Aériennes », qui n’est pas allée à son terme alors que les Algérois menaient largement à la marque et assuraient, sans coup férir, leur qualification au prochain tour, a connu une fin des plus houleuses et réveillé les vieux démons du populisme et du chauvinisme arabes. La «faute» à la sortie du public de Hammadi qui a décidé (à tort ?) de réserver un accueil posthume à l’ancien dirigeant irakien, Saddam Hussein. Il n’en fallait pas plus pour provoquer une onde de choc à Bilad ar-Rafidaïne, ou le pays des deux fleuves qui ont débordé de haine le temps de réactions, pour le moins, en décalage avec l’exemplarité des relations entre les deux pays. Des dépassements et un débordement de haine sans précédent; néanmoins rapidement circonscrits au Caire : les deux MAE s’étant entendus pour calmer le jeu. Ainsi, Abdelkader Messahel, le ministre algérien des Affaires étrangères vient d’être invité par son homologue irakien, Ibrahim El Djaâfari, à effectuer une visite à Bagdad. Confirmation officielle a été faite par le MAE par le biais d’un communiqué et ce, à l‘issue d’une rencontre dans la capitale égyptienne entre les deux ministres en marge de la 150e session ordinaire du Conseil des ministres arabes des Affaires étrangères de la Ligue arabe. Moins de 48 heures donc après que des supporteurs du club de l’USM Alger aient entonné des chants glorifiant le défunt président irakien Saddam Hussein considérés comme «provocateurs» et qui ont conduit notamment les joueurs et tout le staff irakien à quitter la pelouse 20 minutes avant la fin de la partie, cette information vient-elle pour autant apaisert un tant soit peut les esprits alors qu’une campagne sans précédent est menée par une partie des médias irakiens qui aura mis du sien en versant carrément dans l’insulte et les propos racistes, pour attiser le foyer «allumé» malencontreusement par des supporters croyant bien faire avec une sorte d’«hommage». Une pilule qui passe apparemment très mal comme le soulignera fort malheureusement cette sortie déplacée du chef de la délégation du club irakien, Walid Zaidi, qui n’a pas mis de gants pour qualifier les supporteurs algériens d’ «incultes» et de «barbares» au moment même où le le ministre algérien de la Jeunesse et des Sports, Mohamed Hattab, s’exprimant sur l’incident, estimait pour sa part et pour calmer les esprits, qu’ «un cas isolé n’influera pas sur la relation entre l’Irak et l’Algérie» et que MM. Messahel et El Djaâfari saluaient, au plus haut niveau diplomatique, «la profondeur des relations historiques liant les deux pays frères.» Dans la foulée, et concernée au premier chef, la direction usmiste, par le biais du président de son Directoire, Hakim Serrar, rencontrait la presse sportive algérienne où il tentera, avec brio, quelques mises au point concernant la polémique née de cette réaction pour le moins inappropriée, plutôt disproportionnée vu le contexte, des responsables (et pas seulement, le chairman des «rouge et noir» de la capitale n’a, par exemple, «pas aimé», le comportement du président de l’instance morale du sport algérien, M. Berraf, qui s’est empressé, selon lui, d’enfoncer le clou en se substituant aux dirigeants de l’USMA pour présenter les «excuses» algériennes) du club irakien qui a donné une tournure fâcheuse à une simple rencontre de football avant de verser carrément dans l’opprobre.

«Une crise montée de toutes pièces ?»
Tout en disant ne pas apprécier l’initiative du N°1 du COA, Serrar, également quelque peu froissé par la sortie de son capitaine d’équipe, a montré son courroux, tout en disant lui accorder des circonstances atténuantes, le gardien Zemmamouche qui «n’avait pas, selon lui, à répondre à chaud» avec des propos jugés maladroits. Si beaucoup considèrent (on peut le comprendre comme ça ?) les propos de «Zemma» de courageux, il semble toutefois, que la direction est loin d’avoir «apprécié», de la même manière, précise-t-on, du côté de Bologhine, que M.Berraf, par la voix même du boss unioniste, aurait dû se retenir et ne pas s’exprimer sur une affaire qui n’est pas de ses prérogatives». Toutefois, et sur un autre plan, nombre d’observateurs (en Irak même) ne s’empêchent pas de lier le retrait des «Forces Aériennes» à des considérations d’autres politiques internes, l’incident diplomatique «provoqué sciemment» servant des agendas précis, accréditant au passage la thèse d’un «détournement de l’opinion irakienne» alors que «la crise gouvernementale et les troubles qui viennent de secouer la ville de Bassora», par exemple, s’exacerbant et demeurent une explication plausible», de hauts responsables locaux y voyant «une crise montée de toutes pièces», d’autres sources estimant ou rappelant, au demeurant, que «les incidents de ce genre ont toujours existé, mais n’ont jamais été pris en compte». Insistant sur le témoignage de l’ambassade d’Irak en Algérie qui a confirmé, en son temps, «le bon accueil et l’hospitalité qui ont été réservés à l’équipe irakienne à Alger» et que, (surtout) «les slogans n’étaient pas dirigés contre une communauté irakienne précise», on s’accorde à dire, auprès de larges couches, que «le match aurait pu se poursuivre, surtout qu’il n’y avait aucune menace qui pesait sur l’équipe irakienne». A-t-on délibérément mis de l’huile sur le feu pour «attiser le sentiment communautariste pour gagner le soutien d’une communauté ?» C’est le pas que franchissent d’ailleurs des analystes sur fonds de troubles et de divisions ayant, entre autres, conduit récemment à l’incendie du consulat d’Iran par des manifestants. Avant l’entrevue qui a réuni les MAE des deux pays, il faut se féliciter du calme de circonstance affichée par certains politiques irakiens qui ont tôt fait d’appeler les décideurs politiques de tous les bords à «oublier ce match» et de se «ressaisir» en faisant preuve de raison.» Non sans mettre l’accent, ce que El Djaafari, qui s’apprête à recevoir son homologue algérien dans les meilleurs délais, ne semble pas avoir perdu de vue, sur l’«amélioration de ses relations avec la grande famille arabe.» Ne pas perdre de vue, surtout, le poids d’un pays comme l’Algérie, suggère-t-on à bon escient. De l’éclaircie dans l’air et une page en passe d’être rapidement tournée ? Plus vite qu’on l’espérait apparemment. On croit savoir que l’ancien président de la Faf, Mohamed Raouraoua, s’est dit disposé à user de tout le poids qui est le sien au sein de l’Union Arabe de Football, dont il est un des membres les plus influents et qui n’a pas tardé à dédramatiser les choses, pour remettre les choses à leur bonne place et réunir à nouveau les deux clubs autour des mêmes objectifs. Dans la sérénité.
A. A.


Source : lecourrier-dalgerie

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