Des représentants de l’intifadha populaire sont-ils nécessaires ?

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Par Kaddour Naïmi − La première partie de cette contribution (1) est déjà, en partie, une réponse affirmative à la nécessité d’une représentation pour l’intifadha populaire algérienne, comme, par ailleurs, de tout autre soulèvement contestataire dans le monde contre une oligarchie dominante. Toutefois, examinons pourquoi tout mouvement citoyen contestant une oligarchie exige de se doter de représentants autonomes, bien que cette allégation soit d’une totale banalité pour qui connaît l’histoire sociale.

Dans la partie précédente de cette contribution(*) furent exposés les motifs qui expliquent pourquoi  des «personnalités» dites de l’«élite» osent affirmer qu’un mouvement social n’a pas besoin, ou n’a pas «pour le moment» besoin de représentants.

Risques

Que le leader incarnant le pouvoir étatique − en l’occurrence en Algérie actuellement le chef d’état-major de l’armée − appelle les manifestants à se doter de représentants, pourquoi s’en offusquer ? Dans cette proposition, soupçonner un piège, cette hypothèse – certes compréhensible – suffit-elle pour  dénier au mouvement populaire l’exigence de se doter de représentants ? Evoquer la crainte, légitime, que d’éventuels représentants du mouvement populaire, une fois élus, soient récupérés sinon physiquement éliminés (par des agents du pouvoir étatique ou, ne l’oublions pas, par des éléments appartenant à des officines étrangères impérialo-sionistes), cette crainte suffit-elle, là encore, pour que le mouvement populaire renonce à se doter de représentants ?

Certes, tous les risques existent. Mais toute confrontation sociale conséquente ne peut pas en faire l’économie. Ce qu’il faut, c’est, d’une part, satisfaire la nécessité stratégique de se doter de représentants, et, d’autre part, prendre toutes les précautions et toutes les mesures possibles afin que ces représentants accomplissent leur mandat de manière satisfaisante.

Disons le clairement, quoiqu’il s’agisse encore d’une autre banalité toute élémentaire, quand pas d’une lapalissade : tout mouvement social ne peut pas se développer et s’affirmer efficacement sans disposer de structuration, de laquelle émanent démocratiquement une direction et une représentation autonomes. C’est là affirmer simplement ce que l’histoire humaine enseigne, quelques soient l’époque et la nation.

Plus vite un mouvement social se dote de manière de cette organisation, puis d’une direction et d’une représentation, mieux cela vaut.

A ce sujet, certains estiment qu’il faut laisser, donner au mouvement social le temps de faire mûrir ces exigences. Dans ce cas, il ne faut jamais oublier que précisément, dans les circonstances de bouillonnement d’un mouvement social, le temps est l’un des éléments-clé fondamentaux du mouvement social. Des deux adversaires en présence, – le pouvoir étatique d’une part, et le mouvement social de l’autre -, celui qui maîtrisera le mieux le facteur temps l’emportera. Il en est de la confrontation sociale exactement comme dans la confrontation militaire.

Cependant, il faut faire vite lentement. Vite, parce que cela permet de disposer du plus de moyens possibles et d’anticiper sur les actions de l’adversaire ; lentement, parce qu’il s’agit de concrétiser les objectifs en estimant convenablement tous les éléments qui entrent en jeu. A ce sujet, rappelons une des règles de guerre (sociale ou militaire) : connaître suffisamment l’adversaire et connaître suffisamment soi-même, donc évaluer convenablement les aspects où chacun des deux est fort et faible.

Quels que soient les motifs invoqués, un mouvement social qui ne dispose pas d’une organisation, d’une direction et de représentants autonomes, ce mouvement démontre son impuissance et se condamne à l’échec ! Encore une fois, toute l’histoire humaine le démontre. C’est là une loi dans le domaine social, qu’on le veuille ou pas. La nier, c’est soit ignorer l’histoire sociale et ses enseignements, soit tromper le peuple afin de l’empêcher de se doter des indispensables leviers lui permettant de concrétiser ses revendications, et donc récupérer son mouvement au bénéfice des membres de l’«élite» autoproclamée salvatrice.

Difficultés

Bien entendu, se doter d’une auto-organisation de laquelle sortiront une direction et une représentation n’est et n’a jamais été facile, dans aucun mouvement populaire du monde. Car les opinions et les positions sont différentes, quand pas opposées, mais se tolèrent parce que dirigées toutes contre un adversaire commun. Cependant, à supposer de réussir à éliminer ou neutraliser l’adversaire − «Dégagez tous !» −, les objectifs de ce qu’il convient de construire divergent et même peuvent s’opposer. Dans certains cas historiques, ils ont même débouché sur des guerres sanglantes : Russie entre Mencheviks et Bolcheviks, Chine entre communistes et nationalistes, Espagne entre libertaires et staliniens, Algérie entre FLN et MNA, etc.

De ces faits, certains tirent argument que le mouvement social éclaterait s’il décide de se doter d’une direction et d’une représentation. L’objection est que sans ces deux éléments, le mouvement ne dépassera jamais la phase de la protestation publique. Tout au plus, comme on le constate actuellement en Algérie, – c’est le cas partout ailleurs dans le monde -, des soit disant «personnalités» de la soit disant «élite» ou «société civile», liées ou non au système oligarchique, se proposeront comme solution salvatrice. Or, ces «personnalités» ne l’ont jamais été. Tout au plus (cela fut dit dans la première partie) en cas de réussite de leur prétention, elles édifient une nouvelle caste oligarchique, plus «démocratique» parce qu’elle concède au peuple des miettes refusées par l’oligarchie précédente. C’est le prix à payer pour conquérir le pouvoir, quitte, par la suite, une fois l’oligarchie devenue puissante, à supprimer les concessions consenties par la conjoncture.

Or −  voici encore une autre banalité élémentaire −, un peuple ne peut être sauvé que par lui-même. Et il ne peut le concrétiser qu’en sachant se doter de ce que le fonctionnement social lui impose : une organisation autonome, une direction et une représentation.

Adaptation

Reste au mouvement social de chercher et de découvrir les conditions concrètes lui permettant de trouver la méthode la plus efficace, la plus rapide et la plus démocratique pour se doter des éléments organisationnels lui permettant de concrétiser ses revendications légitimes.

Certains ont proposé que dans chaque commune, chaque daïra, chaque wilaya, les manifestants se choisissent des représentants, sous mandat impératif, dotés d’un plan d’action précis, puis, que cette assemblée d’élus, à son tour, se choisit par élection identique un groupe de représentants aptes à rencontrer ceux étatiques pour les négociations à tenir. Ce genre d’initiative requiert une auto-organisation, du local jusqu’au national, donc des débats, et pour les réaliser, il faut des lieux, du temps et des citoyens disponibles. Il faut que les paroles se concrétisent en structure organisationnelle, et que cette dernière ne se transforme pas en bureaucratie stérile ou contre les intérêts des mandataires populaires.

Inutile de proposer des schémas : si le peuple en vient à la conscience de la nécessité de s’auto-organiser, il saura comment s’organiser. A ce sujet, les expériences internationales et algériennes (autogestion après l’indépendance et comités de village du mouvement populaire de 2001) sont des pistes (non des recettes) dont il faut s’inspirer. En adoptant comme règle : partir du local spécifique et traditionnel en ayant comme horizon l’expérience humaine mondiale.

Peuple auto-sauveur

En affirmant la confiance dans les capacités populaires non seulement à manifester publiquement, mais à s’auto-organiser, il n’y a pas à s’étonner que toutes les «personnalités» de toutes les «élites» ricaneront en parlant de «démagogie», d’»utopie», d’»anarchisme» et autres joyeusetés. Ces «personnalités» l’avaient déjà fait du temps pas lointain ou le peuple algérien était traité, par elles-mêmes, de «tube digestif», d’ «aliéné et obsédé sexuel et/ou religieux», de «résignés méritant leur sort» et autres étiquettes infamantes. Faut-il s’étonner que des «libéraux» traitent ainsi les peuples, quand même les marxistes orthodoxes ont toujours nié aux peuples une capacité auto-organisatrice, le traitant tout au plus d’«économisme» (Lénine), autre manière de l’accuser de ne penser qu’à son «tube digestif». Bien entendu, ce type d’accusation légitimait le fait de s’auto-délivrer le beau rôle d’«avant-garde consciente et… scientifique», avec les résultats désastreux qu’on connaît : le totalitarisme des goulags (faut-il préciser qu’il commença au temps où Lénine et Trotski étaient au pouvoir ?).

Pourtant, à plusieurs époques et dans plusieurs pays, à commencer par la merveilleuse révolte des esclaves qui s’étaient choisis Spartacus comme représentant, le peuple (alors, celui des esclaves) a démontré ses capacités auto-organisationnelles. Faut-il rappeler que c’est la trahison et non une stratégie déficiente qui causa la défaite de l’armée des esclaves conduite par Spartacus ? Les échecs des mouvements populaires radicaux ont tous eu comme causes une carence en termes d’organisation, de direction et de représentants. En témoignent toutes les personnes qui avaient participé directement à ces mouvements.

La question

Bien que de précédentes contributions ont exposé des motifs d’une absence de représentation autonome de l’intifadha populaire actuelle reste, néanmoins, à se poser encore la question : pourquoi les manifestants algériens actuels continuent, après une quinzaine de vendredis de présence dans les rues, de demander au détenteur du pouvoir actuel d’opérer le changement radical qu’ils réclament, tout en lui exigeant «Dégage !», au lieu de se mettre, ces manifestants, à construire de manière libre, égalitaire et solidaire leur propre structure d’où émaneront démocratiquement une direction et des représentants tout aussi démocratiques, en mesure d’entreprendre les négociations nécessaires.

Reste à savoir ce que le mot «démocratie» signifie. Ce sera l’objet de la prochaine contribution.

K. N.

(*) Voir http://kadour-naimi.over-blog.com/preview/13c7464fd49b29b686ea340b314845…

 

Source : algeriepatriotique

2 Commentaires

  1. Il faut savoir que Oujda est une province algérienne. Habitée depuis toujours par des algériens elle a connu son développement grâce à cette communauté qui a investi et qui s’est investi. d’ailleurs ce n’est qu’à l’indépendance qu’une partie de la population est rentré en Algérie tout en gardant dans le cœur leur ville à tout jamais en espérant qu’un jour elle redevienne algérienne.

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