Contribution – De notre devoir de nous détourner de la tentation autoritariste

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Par Nouara Bouzidi – Dans nos courtes vies, l’expérience humaine la plus difficile à mener est la lutte contre nos illusions personnelles – et collectives. Comment devons-nous procéder pour ne pas échouer ? Comment devons-nous procéder pour ne pas nous perdre ? Comment devons-nous procéder devant les défis qui attendent l’Algérie ?

Pour garder le cap sur la destination à atteindre – à savoir que le peuple algérien soit heureux de vivre dans son pays et qu’il ne soit plus dépossédé des richesses de son sous-sol par des prédateurs algériens et étrangers –, seule une vue claire nous permettra de nous guider. Mais, pour disposer de cette clairvoyance, seule l’acception de la réalité – de ce que sont les Algériens en tant que peuple et de ce dont ils ont besoin – nous permettra de nous doter de ce sésame, certes rêche, mais jamais trompeur : la lucidité.

Les illusions sont attrayantes de prime abord, évidemment, mais elles sont comme les mirages du désert : elles nous attirent irrésistiblement, puis nous abandonnent à nous-mêmes, sans même une consolation pour nous avoir aussi bien dupé. Elles nous renvoient, de face, notre volontaire aveuglement. Elles nous renvoient la vanité de notre insensée obstination. Impasse ! Nous restons alors seuls, dans les errances de nos illusions, sans que nous n’ayons pu panser nos blessures. Nous aimerions tant retourner en arrière et, devant cette impossibilité, nous restons alors sous la sidération des ruines de nos faillites personnelles et collectives – les années noires du terrorisme ayant frappé l’Algérie pendant une décennie entière sont les ruines de cette faillite collective. Car s’il est une denrée existentielle, indispensable, non renouvelable et qui ne nous attendra jamais de surcroît, c’est bien le temps qui passe.

Nous avons tous entendu, au moins une fois, un parent, un proche, nous avertir de ce risque de ne pas savoir tenir compte du temps qui passe, de ses dons discrets mais réels. Nous avons tous entendu, un jour, cet avertissement de prendre garde à la sentence la plus cruelle du temps qui passe, cette sentence qui nous renvoie abruptement à notre aveuglement et à nos fausses routes, à l’heure de nos impuissances : «Il est trop tard». L’heure a sonné et… trop tard.

On ne peut s’empêcher de penser que, trop souvent, les interdictions autoritaristes sont des aveux de courte vue. L’autoritarisme est une ignorance qui, hélas, s’entête à refuser d’admettre que l’avenir ne se domine jamais, mais se chevauche. Dominer l’autre est la seconde erreur humaine la plus fréquente, la plus arrogante, la plus vaine et… la moins efficace sur le long terme. Il suffirait simplement que la justesse soit présente et effective, que la justice soit évidente et existante. L’obéissance est un acte libre de la conscience humaine – qui se vit toujours quand la justesse et la justice sont des réalités et non des expressions vidées de leur sens réel.

Nos Anciens contaient le monde – et ses tracas – avec des allégories : «Qui a déjà monté un cheval jamais dressé sait que l’étalon ne se laisse jamais dompter par les coups et la peur, il fait avec l’intelligence ou avec la bêtise de celui qui le monte. Le cavalier arrogant ne cherche qu’à se faire plaisir : il mire sa prétendue gloire dans le regard apeuré du cheval. Pour bien monter un cheval, c’est d’acceptation qu’il faut faire usage, si notre souhait est de tirer bénéfice de la force puissante du cheval et de lui offrir ce que nous savons mieux faire que lui : le guider. Le guider, oui, mais avec sa force. En échange, le cheval nous offre la puissance de son énergie. Ce n’est pas chose anodine, dans les temps de grand danger, car cela peut nous sauver la vie, grâce en soit rendue au Seigneur des hommes.»

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Diriger n’est pas dominer, mais conduire

Oui, l’autoritarisme est le fait de ceux qui ne savent pas convaincre avec des arguments d’intelligence, de sagesse et de mesure : l’autoritarisme est le fait de ceux qui aiment se regarder dans un miroir et s’entendre louer sans fin. L’autoritarisme, teinté de flagornerie, des années Bouteflika, nous a offert un spectacle de démissions forcées, d’évictions et de limogeages où – par le fait de «Son Excellence» et de ses barons – des carrières brillantes d’Algériens ont été brisées, des hommes de qualité exclus des affaires du pays, des patriotes ostracisés et où de nouveaux comportements mièvres, obséquieux, rampants et soumis sont devenus contagieux. Pas chez tous, Dieu soit loué ! Insultante «règle du milieu» où, pour exister dans cet univers de troc de la dignité, il fallait mendier la protection de «Son Excellence», puis de son cadre – le tout sur le dos des institutions publiques de l’Etat algérien… et de ses finances.

Or, s’il est un don que doivent disposer les vrais chefs – s’ils veulent être acceptés, respectés, estimés et donc reconnus comme tel –, c’est bien de patriotisme constatable et non bruyamment proclamé, de vision, de mesure, de sagesse et d’intelligence dont ils doivent faire preuve. Au service de l’Algérie et de son peuple – et non pour leur compte personnel, au sens propre et au sens figuré.

Ce dont l’Algérie et son peuple ont besoin, c’est d’une vraie Autorité. Une Autorité politique irréprochable, avec des représentants d’Etat dignes de confiance, attentifs à leur peuple, loyaux envers leur nation, intègres et surtout incorruptibles. L’autoritarisme n’a rien apporté – partout où il s’est exercé dans l’histoire humaine – si ce n’est son lot de peurs, de coercitions, de méfiance, d’exils…, pour aboutir à son autodestruction, tôt ou tard. L’histoire doit toujours être méditée – qu’il s’agisse de notre propre histoire ou de celle des autres nations. Pourtant, les hommes continuent, sans fin, en toute cécité et en tout oubli, de commettre les mêmes erreurs. Il faut avouer que le «pouvoir» opère un charme si obsédant, si captivant, si enivrant, si entêtant que tous ceux qui souhaiteraient n’y mettre que le petit doigt en oublient, trop vite, qu’ils se feront entièrement dévorer. Fatalement. Trop tard.

Diriger n’est pas séduire, mais conduire

Tout ceci pour nous dire que la décision politique ne doit plus être le fait d’un homme seul, ni de ses courtisans, sur tout le peuple algérien, mais cela doit être le fait d’un collège de plusieurs hommes et femmes, reconnus de tous quant à leur probité, compétents, patriotes, qui ne craignent pas de se contredire pour éviter au devenir de l’Algérie la démesure des décisions de l’homme solitaire, envoûté par le pouvoir, les richesses et l’illusion de l’éternité. D’ailleurs, nous le savons tous, cela correspond plus à notre identité collective : penser ensemble, à contre-voie, en se contredisant avec force si cela est nécessaire, avant de poser une décision pour l’intérêt de tous.

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Nous n’avons besoin ni d’un roi, ni d’un président monarque, ni d’une cour de ploutocrates. Cela est foncièrement étranger à notre identité. Nous sommes foncièrement – notre histoire le démontre pour qui veut prendre la peine de la consulter – un peuple soucieux de liberté, de respect et de dignité. Le peuple algérien vient de nous sortir de notre lassitude, de notre désespoir de voir le destin de notre pays nous échapper encore une fois. Tout peuple a besoin de chefs respectés et toute nation a besoin d’Autorité vraie. Notre peuple mérite des chefs de grande responsabilité qui puissent comprendre ce moment historique et permettre à ce désir de vie nationale, si puissamment scandé sans interruption depuis dix-neuf semaines, de concrétiser les espoirs d’un futur fécond pour tous les Algériens.

La situation politique que nous vivons est simplement une crise. Non pas au sens de la dernière intervention sibylline de la Présidence française – qui a normalement de quoi s’occuper dans ses propres affaires internes, l’Algérie ayant ses hommes pour se charger des siennes propres. Loin d’être une impasse, la situation que nous vivons est une crise, vraie, au sens étymologique du mot grec «krisis», ou quand la douleur et/ou la difficulté sont, en fait, une opportunité à saisir pour opérer les changements nécessaires et pouvoir ainsi se donner les moyens de chevaucher la course de l’histoire. Chevaucher l’histoire, c’est être acteur et responsable de son destin.

Ce que nous vivons depuis le retrait du portrait géant de M. Bouteflika à Kenchela, le 16 février dernier, est une opportunité inouïe pour unir les Algériens, plus que jamais. Ceux qui conduisent une nation sont et resteront les seuls responsables, au regard précisément de leurs responsabilités politiques, à savoir faire d’un événement soit une impasse, soit une opportunité. Leurs prochaines décisions engageront le destin national : à eux de savoir saisir ce moment pour garder l’Algérie unie et pour protéger l’affection et l’estime que le peuple algérien porte à son armée nationale. Plus le temps passe et plus des officines diverses, évidemment malintentionnées, tenteront de dévier la trajectoire de la demande populaire légitime – pour l’avènement d’un Etat de droit mature – en une critique contre l’armée algérienne. Ce qui serait la plus inconséquente des erreurs pour notre pays, l’armée algérienne étant l’institution nationale la plus solide de notre pays. Elle est aussi la plus loyale.

L’intelligence, la sagesse et le sens de la mesure agiront de telle sorte que cet événement unique – où des millions d’Algériens manifestent, depuis plus de quatre mois de mobilisation populaire responsable, citoyenne et positive – devienne une opportunité : savoir chevaucher la course de l’histoire pour la cause de l’Algérie.

N. B.

Source : algeriepatriotique

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