Transition politique : Le rôle de l’armée en question

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La question du rôle de l’institution militaire revient de plus en plus et se pose avec acuité ces derniers jours. L’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP) – qui a affirmé maintes fois son refus de sortir du processus constitutionnel qui ne cadre pourtant pas avec les revendications des Algériens, lesquels refusent que la transition soit menée par des figures qui symbolisent le règne de l’ex-président Abdelaziz Bouteflika – se retrouve face à l’écueil de l’article 102 de la Constitution, qui a donné la solution au départ de l’ancien locataire d’El Mouradia, mais empêche d’avancer vers une sortie de crise, telle que réclamée par le mouvement populaire. L’Algérie est aujourd’hui à la croisée des chemins.

Certaines voix s’élèvent déjà pour demander à négocier avec l’institution militaire. Avant-hier, le sociologue Nacer Djabi avait dit expressément sur les ondes de la Chaîne 3 de la Radio nationale que le hirak refuse de dialoguer avec des gens illégitimes, comme Abdelkader Bensalah, chef d’Etat par intérim, et Noureddine Bedoui, Premier ministre. Selon lui, «il faut dialoguer avec ceux qui détiennent le pouvoir, il faut négocier avec l’état-major».

Le sociologue, qui ne croit pas à l’organisation de l’élection présidentielle le 4 juillet, demande à «la retarder à la fin de l’automne prochain». Avant lui, le président de Jil El Jadid, Soufiane Djilali, avait abordé la question dans l’émission «Invité de la rédaction» de la même chaîne de radio. «Tout le monde sait que le pouvoir a été transféré de la présidence de la République vers l’état-major de l’armée.

Tout le monde sait que pour des raisons historiques, l’armée reste un acteur essentiel et surtout dans les modes de crise. Il faut donc travailler avec le réel et non sous couverture, avec des fuites et des positions toujours embrouillées», tranche Soufiane Djilali, pour qui «le chef de l’Etat est aujourd’hui dans l’incapacité d’agir».

Sans aucun doute, la clé de sortie de crise est entre les mains de l’armée. Pour lui, «les conditions ne sont pas réunies pour qu’il y ait élection le 4 juillet». «Si, considère-t-il, le pouvoir maintient cette élection, cela veut dire qu’il a un candidat caché qu’il va nous faire apparaître et nous imposer au nom du respect de la Constitution. Cela aggravera la crise de légitimité et de confiance.»

Contacté hier par El Watan, l’ancien chef de gouvernement, Ahmed Benbitour, ne partage pas la demande de négociation directe avec l’armée. «S’il y a des négociations, c’est entre le mouvement et ce que j’appelle le système de pouvoir», a indiqué l’ancien chef de gouvernement, avant d’évoquer «peut-être des négociations purement techniques pour aller vers une période de transition d’au minimum 8 mois». Ahmed Benbitour voit par contre l’urgence d’aller vers une solution pour lancer ce qu’il qualifie de «plan de sauvegarde de la patrie».

Le président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), Mohcine Belabbas, n’est pas lui aussi partisan de la négociation directe avec l’armée. «Nous avons notre feuille de route qui définit la place de l’armée dans la transition.» Pour Mohcine Belabbas, la solution est pourtant très simple, il faut seulement de la volonté politique. «Qu’est-ce qui empêche Abdelkader Bensalah et Noureddine Bedoui de démissionner ?» s’interroge le président du RCD, qui nous renvoie vers la proposition de son parti lequel préconise la mise en place d’une «haute instance de transition».

«l’armée ne doit pas être l’ordonnateur de la sortie de crise»

«En plus d’incarner la fonction présidentielle, elle aura à engager des pourparlers avec les représentants des partis politiques, des syndicats autonomes et des personnalités pour convaincre et construire des compromis en vue de l’implication de tous dans ce processus de transition.» «Cette haute instance initie et supervise, selon le RCD, le processus de la transition de l’armée vers une institution étatique relevant du gouvernement civil, à l’instar de toutes les autres institutions.»

Le président de Talaie El Hourriyet, Ali Benflis, lui, a une autre vision du rôle que doit jouer l’ANP dans la crise que vit le pays. Préconisant la sortie du piège de la solution constitutionnelle, l’ancien chef de gouvernement estime, dans une tribune publiée à la mi-avril dernier, que «seule l’institution militaire peut aider à parvenir à cette solution, comme l’exige son devoir patriotique et le sens élevé qu’elle a des responsabilités nationales».

«Il n’est pas attendu de nos forces armées qu’elles soient l’ordonnateur de la sortie de crise, mais qu’elles remplissent un devoir de facilitation, d’accompagnement, de garantie et de protection de la solution de la crise.»

C’est à quelques nuances près, ce qu’ont proposé, dans une contribution conjointe publiée au lendemain de la grande marche du 22 février, le sociologue Houari Addi et le militant pour la démocratie Djamel Zenati. «Dans ce contexte d’une extrême tension, écrivaient-ils, l’institution militaire est fortement interpellée.» «Elle se trouve devant un choix historique. L’intérêt stratégique du pays lui commande de se mettre du côté de la population et au service de la solution.

Elle doit jouer le rôle de facilitateur et de garant de la transition démocratique. L’ordre ancien est fini. Vouloir le maintenir ou le ressusciter autrement serait désastreux», prévenaient-ils.

La question sur le rôle que doit jouer l’institution militaire est au centre d’un important débat qui se déroule au moment où le pays se retrouve dans l’obligation de dépasser la crise politique qui le secoue.

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